Obscene Extreme Festival 2018

the Donnerstag , Trutnov (République Tchèque)

Départ en pleine nuit pour plus de 1000 bornes direction la Mecque du bruit et du grind, là ou doivent se rassembler la fine fleur des oreilles brisées, j’ai nommé l’Obscene Extreme Festival qui à l’occasion de son 20ème anniversaire, nous propose une affiche bien alléchante ! Passons rapidement sur l’interminable trajet, les autoroutes bondées, la bouffe immonde, les cortèges de camions et les kilomètres de travaux et arrivons directement à Trutnov. Jolie petite ville plutôt typique, elle semble pourtant s’être vidée de ses habitants pour accueillir la faune habituelle des festivaliers « fortunés » (bah oui, ceux qui logent à l’hôtel), les autres devant se contenter d’un cloaque portant très avantageusement le nom de camping ! Journée 1 (mercredi 18 juillet) Nous arrivons sur le site vers 17h et première surprise, une double file de plusieurs centaines de mètres nous attend avant de rentrer dans l’enceinte. L’organisation est visiblement débordée et les consignes contradictoires n’aident pas. Une fois à l’intérieur, l’endroit se révèle plutôt agréable : une seule scène placée au centre d’une sorte d’amphithéâtre  naturel et boisé, ce qui permet non seulement au son d’être très correct (ce qui s’avèrera assez vrai tout au long du festival) mais aussi de bénéficier d’une vue imprenable sur les concerts et ce, qu’elle que soit la place que vous occupez. De plus, des bancs sont disposés autour de la fosse, choix judicieux lorsqu’on approche des 50 balais et qu’on redoute de devoir rester debout 10 heures d’affilée ! Autre surprise une fois les portes passées, le nombre incroyable de punks à chiens (paraît qu’il faut dire crust, mais ça ressemble quand même beaucoup à des clodos !) qui squattent un peu partout dans les travées du festival. Ils passeront la totalité du festival à se rouler dans la boue ou la poussière, à aligner pétards et ligne de speed ou à faire la manche pour une bière ... bref, et sans jugement aucun, je ne m’attendais pas vraiment à ça ! Après les inévitables arrêts tickets et boisson, on s’installe une bière à la main pour notre premier concert. Devant un public bien fourni, Isacaarium balance un grind teinté de black assez énervé et plutôt bien foutu. Les slammeurs s’en donnent à cœur joie, ce qui sera le cas durant tout le festival, les sorteurs placés sur les côtés de la scène se montrant plus que compréhensifs et assez débonnaires. Place à Malignant Tumour. Visiblement fort attendu, les cowboys tchèques débarquent en toute décontraction pour une petite heure de death’n’roll qui sent le Entombed et le Motorhead à plein nez. Le son est excellent, les musicos aussi, la sueur coule autant que la bière pour un excellent concert se terminant par un hommage à Curby, l’initiateur du festival, lors duquel le groupe lui offre un gros gâteau d’anniversaire, 20 ans du festival oblige. A peine le temps d’engloutir quelques pintes, voilà Entrails Massacre et son goregrind plutôt basique. Un concert honorable, mais certainement pas mémorable, la musique du groupe ne se distinguant pas vraiment par son originalité. Au tour de Squash Bowels, groupe que j’attendais avec impatience. Le trio entre sur scène sur une intro longue comme un jour sans pain alors que la pluie commence à tomber. Maquillé de blanc et vêtus de veste de labo maculées de sang, les polonais sont desservis par un son moyen, mais leur goregrind touche quand même la cible et on en ressort avec une impression plutôt satisfaite. La journée se termine avec Agathocles. Avec eux, c’est souvent tout ou rien et aujourd’hui ... c’est rien ! Son volontairement brouillon, vocaux inaudibles (on dirait parfois que Jan fait exprès de chanter loin de son micro ... problème de voix ?), les vétérans de la scène grindcore n’assurent pas et, terrassés par une nuit blanche passée au volant, on se barre avant la fin du set. Journée 2 (jeudi 19 juillet) Comme toujours dans les festivals, il est difficile de tout voir, et nous décidons donc de faire l’impasse sur les 4 premiers groupes (Convulsions débutant son set à 10h00 du matin !) pour arriver en forme afin d’assister au show d’Ultra Violence. Pas beaucoup de thrash cette année, mais les italiens vont en porter haut les couleurs. Arrivant sur la musique d’Orange mécanique (bin tiens !), ils livrent un set carré et débordant d’énergie. Leur thrash/crossover maîtrisé secoue la fosse et les circle-pits s’enchaînent. 25 petites minutes, on en aurait bien reprit ! Assurément un des meilleurs shows du festival. Place ensuite à une curiosité. Chepang vient du Nepal et propose un guitariste, deux chanteurs et surtout ... deux batteurs ! Leur grind total est interprété avec une envie de faire mal évidente et fini par convaincre le public présent qui leur réserve une belle ovation. Passons rapidement sur Disfigured Corpse et son death/grind pas original pour un sous et sur Antigod  vu de loin pour cause de bouffe, de vidange et de passage au merchandising. Parlons en d’ailleurs du merchandising. Le logo du festival est décliné sur un nombre de supports incalculable (t-shirts et sweats, mais aussi casquettes, pantalons, sacs à provisions, sous vêtements ...) et aurait de quoi rendre jaloux ce bon Ben Barbaud pourtant pas avare en matière de merch ! Est-ce une bonne chose pour un festival qui se veut anti commercial ? Je vous laisse le soin de vous faire une idée ! Cela dit, autour du site, on trouve aussi un tas de petits labels et distributeurs qui proposent cds, vinyles et t-shirts à des prix bien plus abordables. On trouve également un grand nombre de possibilités de restauration différents. Tout y est végan mais surtout très bon et peu cher. Je n’adhère personnellement pas à ce mode de vie, mais je dois bien reconnaître qu’on a mieux mangé que dans la plupart des festivals. Les choses sérieuses reprennent avec Lich King. Autre représentant de la nouvelle scène thrash, les jeunes américains s’éclatent et explosent le crâne des nombreux mosheurs qui parsèment le pit, jusqu’à une coupure de courant qui perturbe quelque peu leur show. Pas traumatisés pour autant, les musiciens s’amusent avec le public jusqu’à ce que l’électricité revienne. Malgré tout, l’intensité baisse un poil. Dommage car jusque là, les gamins faisaient preuve d’une belle énergie. Vulvodynia investit ensuite la scène pour une grosse dose de brutal slam/death peu original mais assez efficace. Place ensuite à une autre de mes grosses attentes, les espagnols de Gruesome Stuff Relish. Débarquant sur scène totalement détendu, le groupe balance son grind/death carcassien avec un vrai savoir faire. Le set défile ne laissant place à aucun temps mort. Belle prestation ! Au tour de Lobotomia de fouler les planches. Annoncé comme une légende du crust brésilien, je dois bien avouer ne pas les connaître. Bah faudra que je remédie à ça, leur set étant carrément excellent, direct et d’une efficacité redoutable. Le public ne s’y trompe pas, garnissant copieusement une fosse en ébullition. 30 minutes de baston. Ajouté au dernier moment sur l’affiche, les vétérans allemands de Fleshcrawl ne sont pas là pour faire de la figuration. Leur swedeath plus vrai que le vrai s’avère totalement teigneux, méchant et addictif. Encore un excellent concert. Petite pause lors du concert d’Axis Of Despair que nous regardons de loin, ainsi que pour les mexicains d’Acidez, qui rameute tout ce que le festival compte de punks au milieu de la fosse. Retour aux choses sérieuses avec Gruesome. Sur album son death de tradition est vraiment convaincant et sur scène, le groupe ne déçoit pas. Les influences de Chuck Shuldiner sont évidentes (le chanteur lui rendra hommage plusieurs fois) mais la maîtrise des musiciens est suffisante pour éviter le plagiat. 40 minutes de death old school parfaitement exécuté. Vivement le Alcatraz pour les revoir sur un show qu’on espère un poil plus long. Il suffit de voir le nombre de t-shirts à leur effigie pour comprendre que Gutalax est attendu comme le messie. Dès les premières notes, la fosse pleine comme un œuf se déchaîne dans une joyeuse sarabande qui voit des dizaines de bouées gonflables s’envoler dans les airs. La sécurité un peu débordée fait preuve d’une patience d’ange devant les innombrables slammers. C’est bien simple la plupart du temps on n’aperçoit même pas les musiciens. Pour le reste, le trip « grind-scato-rigolo » n’étant pas trop ma tasse de boue (on a quand même l’impression d’entendre 18 fois le même morceau), le concert s’avère sympa mais sans plus. Fini de rire et place au grind death brutal et sanglant d’Exhumed qui investit la scène accompagné de leur mascotte qui balance des litrons de sang frais sur les premiers rangs. Mise en place carrée, excellents musiciens et une virulence qui suinte par tous les pores, un vrai bon concert de death. La tête d’affiche de ce soir c’est Suffocation. Le death technique et brutal des américains à besoin d’une sonorisation correcte, sous peine de devenir vite pénible, et là (mauvaise) surprise, le son se détériore ! Les vocaux biens trop faibles, le son des guitares presque inaudible, ne ressort que la batterie et surtout la grosse caisse assourdissante, noyant le tout dans une bouillie indigne. Après quelques morceaux, nous jetons l’éponge, bien déçu par cette mauvaise blague et nous regagnons nos pénates pour un repos bien mérité. Journée 3 (vendredi 20 juillet) Nous arrivons sur le site juste à temps pour assister à la prestation un peu pénible de Meth Leppard. Entre grind et noise, les deux musiciens (un batteur et un guitariste chanteur) semblent un peu perdu sur cette grande scène et leur concert ne sera pas inoubliable. Un soleil cuisant a désormais fait son apparition, rendant l’air du site quelque peu nauséabond et les efforts des mosheurs et autres pogotteurs plus éreintants encore. Organ Dealer et Expurgo se succèdent, le second proposant une musique un peu plus intéressante, un grind assez direct dans lequel surnagent quelques éléments death de bon aloi. Rien d’extraordinaire, mais agréable à regarder en sirotant une bière. L’arrivée d’Oxidised Razor réveille mes instincts brutaux et les mexicains ne vont pas décevoir. Leur goregrind dégueu et extrême passe tout seul. Bonne pioche ! Après cette belle claque, j’avoue avoir eu un peu de mal à m’intéresser aux groupes qui suivent et avoir passé plus de temps à rechercher un peu d’ombre, de fraicheur et de repos qu’à suivre leurs prestations. Tant pis, il en reste encore assez à suivre et on a plus vingt ans, faut savoir se ménager ! Retour à la musique pour la fin du show de Rectal Smegma qui, hormis le fait de porter le nom le plus poilant du festival, n’offre que peu d’intérêt. Mob 47 investit les planches, présenté comme une légende du punk suédois. Si leur musique est assez répétitive, elle développe cependant une énergie assez communicative. Les crêtes et les blousons cloutés (sérieusement certains ont du avoir mal aux épaules à porter toute cette quincaillerie !) sont de retour pour des pogos vraiment méchants. Au tour de Cripple Bastards de défendre leur os. Le chanteur est une boule de nerf qui semble totalement possédé et qui s’époumone sans retenue sur un grind de facture assez classique. Pas mal mais pas renversant non plus. Quand Rotten Sound arrive sous un immense backdrop aux couleurs de leur dernier album, on sent que la tension va monter d’un cran. Et les suédois répondent à toutes nos espérances en  fracassant des crânes sur leur grind teinté de gros riffs death. Mise en place impeccable, morceaux imparables et musicos au top : une des grosses claques de ce festival. En parlant de claque, celle que Martin van Drunen et ses acolytes s’apprêtent à asséner va rougir les joues de plus d’un festivalier ! Un Van Drunen détendu et qui plaisante avec la foule, mais dès que la musique démarre c’est pas de quartier. Le son est au top, le groupe parfaitement en place et la set liste énorme : « Scorbutic », « Deathhammer, « Last one on earth » ...  les hollandais déroulent pour notre plus grand bonheur, alternant passages doom et accélérations mortelles.. Asphyx est venu, a vu et a vaincu ! Pour moi le meilleur concert de ces 4 jours. Dur dur de passer après une telle tornade, mais ceux qui suivent ne sont pas des débutants : Napalm Death s’annonce. Et les bougres ne sont pas contents ! Barney arpente la scène comme un rhinocéros maladroit tandis que ses collègues ravagent le festival à grands coups de riffs de bucheron et d’accélérations atomiques Un excellent concert, malheureusement trop souvent entrecoupé par les discours politisé du chanteur qui ralentissent la marche, et les trop nombreux slammers qui empêchent d’apercevoir les musiciens. Pour le reste rien à dire, Napalm Death sur scène ça reste du solide. On fait l’impasse sur Wormrot (un scandale comme diraient certains !) mais la fatigue nous gagne et il reste encore une journée à tenir. Journée 4 (samedi 21 juillet) En ce jour de fête nationale belge, un soleil de plomb assomme les festivaliers, et les finlandais de Corpsessed ont bien du mal à les faire réagir. Leur death noir et malsain est pourtant parfaitement en place et leur chanteur totalement possédé (il se fracassera le crâne avec son micro durant le set) ne ménage pas ses efforts, mais rien n’y fait, seuls quelques courageux s’échinent à lancer des circle pits bien trop malingres. Dommage pour le groupe qui délivre pourtant une bonne prestation. Le crust énervé des mexicains de Bio Crisis réveille quelque peu la foule et passe plutôt bien sans être inoubliable pour autant. L’arrivée de Thanatology est assez spectaculaire. Drapés dans de grandes robes rouges, tous les musiciens ont le visage masqué, y compris le chanteur qui  toise la foule en hurlant dans un micro dissimulé sous son masque Musicalement on est dans la lignée du grand Carcass, mais sans le talent d’un Haemorrhage (on y reviendra). Le chanteur s’évertue à réclamer des circle pits en pure perte, le peu de fans dans la fosse semblant un peu anesthésiés. Passons sur le grind répétitf et très moyen de Brucexcampbell et sur la noise bruitiste et un peu chiante de Self Deconstruction. Les groupes se succèdent alors avec, je dois dire, assez peu d’intérêt jusqu’en début de soirée. Alors sur scène arrive Benighted. Les français sont en forme et explosent directement l’assistance avec leur death-grind hyper violent. Les fans retrouvent leur énergie et la fosse se remet à bouillir. Alternant growl des cavernes et hurlements de psychopathe, Julien roule des yeux en haranguant la foule qui tangue de plus belle. Une excellente prestation qui a répondu à toutes mes attentes. Les brésiliens d’Agrotoxico et les finlandais de Rattus (un groupe légendaire d’après les dires d’un vieux punk édenté et complètement bourré rencontré en allant chercher une bière) se succèdent ensuite, provocant la réaction des nombreux punks présents. Tout au long du festival, nous constaterons d’ailleurs un certain clivage du public qui semble ne devoir réagir qu’aux groupes qui le concerne. Les crust entre eux et les deathsters/grinders de même. Bizarre ... Mais il est temps pour la prestation d’un autre groupe que j’attends avec impatience : Haemorrhage. Disciple du grand Carcass (encore un !) les espagnols ont de l’expérience et savent tenir une scène. Couvert de sang, Fernando hurle à s’en faire péter une veine du cul et entrecoupe sa prestation de petites danses grotesques et malsaines du plus bel effet. Derrière lui ça tourne tant en rythmiques imparables qu’en soli balancé par une Ana en infirmière plus psychopathe que jamais. Encore un grand moment ! Grave investit la scène sur une courte intro et balance immédiatement son swedeath rugueux et propice au headbanging. Le groupe est bon, excellent même, mais on a la désagréable impression qu’il joue avec le frein à main. Jamais ils ne parviendront à véritablement déchaîner la foule, ne communiquant avec elle que par bribe. Malgré tout on passe un excellent moment. Après 4 jours de festival, c’est épuisé que nous décidons de faire l’impasse sur General Surgery et un Undergang programmé à 1h20 ! Mais quand on a 14h de route le lendemain c’est un peu trop dur pour nos vieilles artères ! Pour une première, il y a pas mal de positif (même si devoir attendre 20 minutes pour une bière ce n’est pas humain !) et je ne doute pas revenir un jour sur ces terres tchèques afin d’y poursuivre ma quête incessante de bruit. 


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