Motocultor 2022 - Jour 2

le Vendredi 19 Août 2022, Saint Nolff

Le réveil est difficile ce matin, et les quelques heures grappillées au sommeil seront bien légères pour tenir cette première vraie journée marathon…      



Sorcières

J’émerge en douceur et, vaille que vaille, je me retrouve d’attaque pour voir les premiers concerts de la journée, judicieusement programmés à 12h45, ce qui laisse théoriquement le temps aux festivaliers d’être opérationnels… Pourtant, l’affluence ne sera pas bien importante pour la prestation de Sorcières, à laquelle j’assiste un peu par hasard puisque, avouons-le, je n‘avais jamais entendu parler du groupe auparavant. Finalement, les quelques metalheads « matinaux » timidement regroupés devant la Dickinscène attisent ma curiosité, et je me retrouve bien vite parmi eux à l’orée du bois, envouté par les sombres incantations du combo lillois… Quelle découverte ! Moi qui aime le black metal sensible et arraché, je suis servi, et voilà une excellente surprise pour bien commencer cette deuxième journée.

Les six jouent un black forestier écorché et à fleur de peau aux nombreux passages atmosphériques poignants appuyés par les plaintes du violon, alternant parties folkloriques légères et dansantes et cavalcades rythmiques plus enlevées pour un rendu très épique qui rappelle des groupes comme Heol Telwen, Sale Freux, Belenos ou Aorlhac.

L’ensemble reste cependant majoritairement lancinant et mélancolique, avec un chant très arraché, Pierre-Alain Stigand semblant réellement possédé par les esprits de la forêt et crachant sa souffrance et sa nostalgie avec une conviction qui nous vrille le cœur. Le combo jouera quasiment l’intégralité de son premier full length, Empoisonné, soit un ensemble de compos épiques et inspirées à la fois mélodiques et intenses  servies par une prestation simple, efficace et sans artifice qui, malgré quelques petits pains techniques et sonores, ne manquera pas de séduire le public.

Voilà un groupe de black, un de plus, dont la France peut être fière. Cocorico !

 

 

Sublime Cadaveric Decomposition

Vous le saviez-vous qu’il n’y avait rien de plus fun qu’un concert de gore grind ? C’est que sous leurs artworks sanguinolents et leurs lyrics abominables, ces colosses chevelus bourrus cachent souvent de grands enfants, et c’est ce que l’on a pu apprécier cet après-midi lors du concert de SCD, groupe de grind parisien ultra violent, technique et imparable.
Oscillant entre passages extrêmement brutaux et parties plus groovy que l’on retrouve habituellement dans la scène slam ou porngrind, les Parisiens lâchent 50 minutes de brutal death/grind sans concession qui achèvera de réveiller les quelques festivaliers encore un peu endormis : en effet, le public s’en donne à cœur joie, entre parties de rugby géantes dans la fosse avec un ballon de plage gonflable, paquitos basques à même le sol boueux et défilé de slammeurs tous plus originaux les uns que les autres (on distinguera entre autres un Père Noël, une licorne, et un pogoteur à poils sous sa jupe rose, visiblement ravi d’exhiber ses parties intimes…).. Entre le groove énorme des premiers albums et le côté résolument death de Raping Angels in Hells, les quatre livrent un show équilibré, intense et particulièrement dynamique sans temps morts et dans la bonne humeur. Gruik gruik !    

 

 

Seth (FRA)

Même scène mais sacré changement d’ambiance pour le prochain concert : c’est Seth qui va initier la première messe noire du festival. On déplorera bien sûr que cette cérémonie occulte ne se déroule pas la nuit, les ténèbres seyant bien plus au black metal des Français, mais en tout état de cause, la horde soigne ses préparatifs pour que le blasphème se déroule selon les règles de l’art noir : chandeliers allumés, dagues sacrificielles, une statuette de la Vierge ainsi qu’un crâne humain, le tout religieusement disposé devant l’image de fond de Notre Dame de Paris en flammes, tout semble prêt pour le blasphème. Le maître de cérémonie entre sur l’autel, encapuchonné et enveloppé dans une longue cape noire, suivi des autres musiciens qui se mettent en place, et le show commence, faisant la part belle aux morceaux du dernier très bon album (La Morsure du Christ, Métal Noir, Hymne au Vampire (Acte III)) qui passent très bien l’épreuve de la scène. Le son est excellent, mettant idéalement en avant les riffs à la fois mélodiques et tranchants du groupe, la batterie n’étant pas trop mise en avant et les claviers englobant finement l’ensemble, et Saint Vincent est très en voix, passant facilement d’un chant très écorché typiquement black à des vocalises plus graves et sentencieuses. Les musiciens semblent possédés, comme subjugués par l’extase impie que leur prestation libère, et ces 50 minutes lient les anciennes Blessures de l’âme aux Morsures contemporaines avec une cohérence et une osmose totales, la preuve que l’art sataniste du combo est intemporel.

L’acmé sera atteinte sur Le Triomphe de Lucifer, lorsqu’une jeune et belle succube viendra communier sur scène avec le Grand Prêtre qui lui arrachera brutalement sa tunique, la laissant à moitié nue devant un parterre de fidèles lobotomisés. Saint Vincent versera alors un calice de sang sur sa poitrine palpitante, achevant d’initier la novice à la voie de Satan, et celle-ci s’emparera alors de la statuette de la Vierge qu’elle commencera à frotter contre son corps d’une manière suggestive…

Un excellent concert, noir et envoûtant, qui aura conquis le public.

 

 

The Great Old Ones

C’est encore un peu étourdi que je quitte le set de Seth (ho ho !) pour regagner ma tente afin de prendre un peu de repos bien mérité et d’écrire mes premières impressions sur les concerts que je viens de vivre. Ceci dit, la musique de la Mustage m’attire, je me rapproche, et oh surprise ! je constate que TBC qui était initialement programmé a été remplacé par… The Great Old Ones !

Grand amateur de la musique du groupe sur album, je décide de rester assister à leur show et je me rapproche le plus possible de la scène pour profiter au maximum de l’expérience.

Quelle déception ! Certes, les musiciens se donnent à fond et délivrent un show sans artifice, brut et massif, mais le passage sur scène laisse complètement de côté les ambiances immersives si noires et profondes propres au groupe. On est assommé par un immense mur de percussions et de saturation -  le son de batterie est bien trop fort, et, d’une manière générale, pas facile d’avoir un son clair quand on joue à trois grattes, du coup, on distingue mal les mélodies vénéneuses de la guitare soliste – et le tout est extrêmement violent et compact, sonnant finalement presque plus death que black dans le rendu. Encore une fois, The Great Old Ones n’aura pas à rougir de sa prestation, très intense et honnête, mais ce parti pris de privilégier l’aspect brut et percutant de leur musique si atmosphérique ne m’aura clairement pas convaincu. Dommage !

 

 

Dark Angel (USA)

Petit temps de repos à la tente donc, et retour sur la Mustage pour voir une bonne partie du show de Dark Angel, combo mythique de thrash de Los Angeles. Les Américains sont visiblement contents d’être là, et Ron Rinehart, très communicatif, harangue régulièrement la foule, entamant un vrai dialogue avec le public. Le bougre est énergique en diable et ses vocaux rauques et scandés tiennent encore la route, même si, il faut bien le dire, il est complètement à l’ouest sur ses quelques hurlements suraigus qui frisent parfois le ridicule. De même, le riffing est en partie bouffé par le son de caisse claire d’un Gene Hoglan presque toujours dans le rouge – visiblement les morceaux les plus intenses et rapides ont été choisis pour composer la setlist, dont une bonne partie du mythique Darkness Descends - mais on s'en fout ! Les 4 nous délivrent un thrash sans fioriture et à fond les ballons avec un sentiment d’urgence palpable presque punk et une énergie communicative, les guitaristes s'en donnent à coeur joie - Laura Christine, épouse d'Holgan qui remplace Durkin n'aura franchement pas à rougir de sa prestation ! - et le public adhère. Au final un show honorable, intense et ravageur sans prise de tête.

Thrash Them all !       

 

 

Noctem

J’avoue que j’étais curieux de voir ce que pouvait donner un live de Noctem, groupe de black death espagnol que je trouve excellent sur album. En ce qui me concerne, ce concert aura été largement à la hauteur de mes attentes, les quatre retranscrivant parfaitement sur scène leur musique très rapide et intense.

Beleth, comme possédé par le malin, est proprement effrayant et a une présence scénique incroyable, avec ses corpse paints et ses lentilles blanches ne laissant apparaître qu’une minuscule pupille noire vampirique. Le bougre hurle, grogne et éructe, il finit même par se verser un verre de sang sur le visage, transcendant des titres qui, malgré leur exigence technique et rythmique sont parfaitement exécutés par le reste des musiciens qui jouent comme si leur vie en dépendait. Entre harmoniques black mélodique sur fonds de blasts supersoniques et breaks plus lourds et headbangants, les Espagnols montrent qu’ils ne sont pas là pour rigoler et livrent un show très intense qui incarne à merveille l’esprit du black metal.

Décidément, avec Seth, l’étendard mortifère du metal noir aura été porté bien haut aujourd’hui…

 

 

Kreator

Bon, y a pas à dire, Kreator botte des culs : les papys allemands ont définitivement montré qu’ils étaient les patrons et ont facilement conquis une foule entièrement acquise à leur cause.

Enormes ampli à leur nom, poupées géantes de cadavres pendus ou transpercés en hommage à leur dernier album, Hate Über Alles, c’est un fait, avant même de monter sur scène, il semblerait que les Teutons aient décidé de mettre les petits plats dans les grands. Le son sera aux petits oignons tout le long de la performance, servant admirablement les guitares acérées de la paire Yli-Sirniö/Petrozza. Le set se concentrera surtout sur les deux derniers albums (Hate Über Alles, Satan Is Real, 666 World Divided, Strongest of the Strongs) et force est de constater que ces tubes, plus mélodiques, et faisant la part belle aux soli chiadés de Sami, passent très bien le cap de la scène, idéalement servis par ce son à la fois puissant, net et limpide.

Le quatuor livrera un concert nerveux, carré, et irrésistiblement efficace, avec un Mille très en voix et un Frédéric Leclercq qui demandera malicieusement au public du Motoc de faire mieux que celui du Hellfest, avant d’annoncer un Hate Über Alles d’anthologie sur lequel les canons cracheront une épaisse fumée lors des refrains scandés ainsi qu’une pluie de confettis rouges qui se déversera sur une fosse en ébullition. Le show se clôturera sur l‘invincible Pleasure to Kill, et son averse de cotillons rouge sang, qui tombent d’un ciel chargé de la poussière des pogos.

Un grand concert, merci Kreator !

 

Suffocation (USA)

Pour finir la soirée, quoi de tel qu’une dernière dose de violence avec les dieux du death brutal, Suffocation ?
Les Américains seront à la hauteur de leur réputation en interprétant un concert monstrueux, affolant de précision et de brutalité. Le son de la basse est délectable, Derek Boyer viole son instrument avec un plaisir visible, et semble s’être fait greffer une tarentule à la place de la main, les soli de Terrance Hobbs sont incroyables de technicité et de fluidité, paraissant faciles tellement ils sont exécutés sereinement, tandis que le guttural de Ricky Myers est proprement effrayant – même si on l’entendra bien moins les 15 dernières minutes, problème technique ou chanteur qui fatigue ? Perso, j’opterais plutôt pour la première option… - et on se demande comment il est possible de jouer une musique à la fois aussi technique, complexe et destructrice.

Circles pits en continu sur lesquels le public se massacre sous une pluie de blasts, gros ralentissements lourdissimes et brise-nuque où chacun se dévisse les cervicales, Suffocation livrera un set incroyable d’intensité centré principalement sur ses vieux classiques (Effigy of the Forgotten et Pierced from Within, quel bonheur !)  durant lequel les valeureux survivants de ce vendredi jetteront leurs dernières forces dans la bataille.


En un mot, suffocant !

 

 

Il est maintenant l’heure de regagner sa tente, tout courbaturé, les jambes en feu, la nuque en vrac, mais heureux, avec un sourire béat sur le visage. Après une première journée de metal extrême plus que satisfaisante il est désormais temps d’aller dormir un peu pour essayer d’être à peu près opérationnel pour la journée de samedi qui s’annonce elle aussi sacrément chargée !


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