Le samedi 7 mars, c’était la 3eme édition du Bucharest Deathfest, festival death metal encore relativement confidentiel qui réunit chaque année une dizaine de combos death/grind locaux comme internationaux. Cette année, l’affiche était vraiment alléchante, avec des noms comme Vulvectomy, General Grinder ou les vétérans autrichiens de Disharmonic Orchestra. Le festival étant organisé à quelques kilomètres à peine de chez moi à l’excellent Quantic Club, je n’avais aucune excuse pour manquer cette soirée de débauche placée sous le signe des décibels, de l’hémoglobine, de la putréfaction, de la sueur et du houblon.
Vomit Erection
J’arrive au Quantic à 16h42, soit 10 bonnes minutes après le début du show de Walk Alone qui avait la lourde tâche d’ouvrir les hostilités. Le groupe moldave évolue dans un metal alternatif teinté de hardcore mêlant le groove de Pantera, le côté direct d’un Cro Mags et la lourdeur riffesque d’un Obituary. Les musiciens n’avaient que 25 petites minutes pour faire leurs preuves, et j’ai malheureusement raté la moitié de leur set, mais le peu que j’en ai entendu m’a plutôt convaincu, dans un style moderne résolument urbain à la fois groovy, puissant, efficace et mélodique, qui aura bien convaincu les quelques jeunes exhibant crânement leurs plus beaux Karaté Kicks dans un pit encore clairsemé. Une entrée en matière sympathique, à défaut d’être inoubliable.
Bon, quand un groupe se nomme Vomit Erection, autant vous dire qu’on a une petite idée du style musical du groupe, surtout quand le chanteur monte sur scène avec un t-shirt de Pathologist particulièrement ragoûtant. Et pour le coup, les Bulgares nous ont servi exactement ce qu’on attendait d’eux, à savoir un goregrind brutal et jouissif, alternant blasts hystériques et parties lourdes, grasses et groovy dans la grande tradition du style. Le chanteur, buvant la palinca à même sa petite bouteille en plastique (eau de vie roumaine particulièrement goûtue, hips !) avait l’air bien entamé mais a tenu la barre, entre grognements death, hurlements déchirés et bons pig squeals des familles, et le bougre avait l’air sympathique, annonçant calmement un morceau en ces termes : « The next one is about killing babies ». Un set sans aucune originalité mais très efficace, séduisant aisément un public qui a enchainé les circles pits dans a joie et la bonne humeur et a même demandé un rappel. Gruiiiiiik !
Putred
Place à Putred, groupe local qui évolue dans un death old school mid tempo aux relents d’Obituary appréciables. La sauce prend bien sur les premiers morceaux, le riffing gras et lourd faisant son petit effet et poussant au headbang, et le growl gras du hurleur épaississant l’ambiance mais malheureusement, la musique se fait vite répétitive, manquant cruellement de relief et de temp forts, et c’est en vain qu’on attend l’accélération qui viendra relancer la machine. Quoi qu’il en soit, le public a l’air conquis, les musiciens jouant à domicile, même si de mon côté, je reste un peu sur ma faim. Saluons tout de même une prestation honnête et professionnelle d’un jeune groupe qui a encore le temps de mûrir pour exploiter pleinement son potentiel.
Incineration (GRC)
Avec les Grecs d’Incineration, on monte d’un sacré cran. Le power trio nous sert un brutal death à la rapidité affolante, et aux morceaux courts et destructeurs dans la lignée de Spawn of Possession ! Les musiciens affichent une dextérité impressionnante, avec une fois n’est pas coutume, un bassiste bien mis en avant, ça tricote sévère sur les cordes, avec des riffs très complexes suivies de parties écrasantes à la Lividity qui nous dévissent les cervicales, bref, du grand art ! En 30 petites minutes à peine, la messe – noire ! - est dite avec une prestation impeccable et c’est pour moi une très belle découverte. Amen !
Guts
Retour au death old school avec, Guts, combo de death old school qui sonne un peu comme une version améliorée de Putred : plus varié rythmiquement, plus rapide et plus puissant, en un mot plus percutant. Les Finlandais ont livré un show certes sans aucune originalité mais imparable et sans faille, sorte d’alliage en béton armé entre l’efficacité d’un Bolt Thrower et le groove sombre et poisseux du swedeath des 90’s, le live décuplant la puissance des compos de leur très bon Nightmare Fuel de 2025 pour en faire de véritables rouleaux compresseurs. Une bonne tarte dans la tronche, que l’on encaisse avec le sourire.
Toxaemia
On enchaîne avec Toxaemia, et si on est toujours dans un style swedeath, on assite à une déclinaison du style moins centrée sur le groove et les mid tempos, plus agressive et plus rapide, avec un dynamisme bien senti, en un mot plus moderne, émaillée de quelques passages furieux à la limite du grind (le de clôture, destructeur !). Durant 40 minutes, les Suédois vont tout donner, emmenés par un frontman charismatique et particulièrement en jambes qui harangue la foule, livrant une performance intense qui fait autant plaisir à voir qu’à entendre et réinjectant un peu de sang neuf à un style qui tourne parfois en rond et a vite tendance à s’essouffler. Skål !
Vulvectomy
Dire que les Italiens de Vulvectomy étaient attendus est un doux euphémisme, et autant vous dire tout de suite qu’ils n’ont pas déçu ! Après plus de 10 ans de silence radio – leur opus précédent datant tout de même de 2013 -, les 4 de Bari semblaient impatients de défendre leur petit dernier sur scène, le bien nommé Aberrant Vaginal Gestation, et ça s’est vu ! Pour leur premier concert sur le sol roumain, Vulvectomy a tout défoncé, imposant une grosse présence scénique, et livrant un show à la fois puissant, groovy, sauvage et destructeur parfaitement millimétré avec un son au poil, le tout dans une ambiance décontractée. Les musiciens s’en sont donné à cœur joie pour le plus grand bonheur du public, affichant une maîtrise insolente de leurs instruments (putain, quel batteur !), et on les sentait heureux d’être là. Une branlée monumentale assénée avec le sourire, que demander de plus ?
General Surgery
Après six groupes à se faire laminer les oreilles et la tronche dans le pit, certains auraient sûrement bien besoin d’une chirurgie générale. Et ça tombe bien, nos quatre chirurgiens préférés investissent la scène dans leurs blouses blanches maculées de sang. Le combo de Stockholm n’est plus à présenter, et malgré une discographie peu fournie, ce sont des vétérans et véritables piliers de la scène death grind, probablement l’un des groupes les plus dignes de transmettre l’héritage des vieux Carcass avec les tarés d’Exhumed. C’est donc sans surprise qu’on subit un équarrissage en règle pendant presque une heure, mais l’abattoir suédois est professionnel et utilise des outils de pointe, livrant un set très carré, avec un son très propre, bien loin de la bouillie sonore de bon nombre de groupes de la scène, érigeant la boucherie en un art presque subtil. Le groupe est très mobile, mené par un Destormo particulièrement dynamique et communicatif, et dégueule un set puissant et énergique à souhait tout simplement imparable, dommage que le public soit un peu rincé après avoir enchaîné autant de coups de boutoir. Un concert monstrueux, qui mettra tout le monde d’accord.
Disharmonic Orchestra
Après cette prestation redoutable, il aurait été ambitieux de tenter de jouer la surenchère dans la brutalité, et c’est donc judicieusement que Disharmonic Orchestra viendra clore la soirée sur une note plus expérimentale et progressive. Les Autrichiens savent balancer la sauce quand il faut, gardant une base résolument agressive et death metal, mais ils se distinguent par une ouverture musicale assez appréciable, bardant leur musique d’influences jazz et indus, évoluant dans une sorte de metal polyrythmique avant l’heure, qui n’est pas sans rappeler Coroner voire Meshuggah sur certains passages. Une fois n’est pas coutume, la basse joue ici un grand rôle, et le batteur, excellent, tout en contretemps et en cassures rythmiques, installé sur le devant de la scène afin que les spectateurs puisent mieux profiter du spectacle qu’il offre, porte littéralement des compos d’une belle musicalité, intéressantes à plus d ‘un titre. Un beau concert, peut-être moins intense que les deux précédents, mais qui a le mérite de nous présenter une autre facette de cette musique qui nous réunis ce soir, j’ai nommé le death metal !
Après ce neuvième et dernier concert et une ultime bière, il est grand temps de rentrer regagner mes pénates, avec un t-shirt Vulvectomy et un hoodie Incineration sous le bras. Le bilan de ces presque 9h de metal est extrêmement positif, avec une organisation optimale et une super ambiance, que du bonheur ! Merci aux groupes pour leur prestation, merci au public pour son enthousiasme et son énergie, merci à Axa Valaha Productions pour l’organisation très professionnelle de ce festival de passionnés, merci au Quantic d’héberger ce genre d’évènements et d’offrir un son toujours de qualité… et rendez-vous l’année prochaine !




/pics/a305_1.jpg)





Merci pour ce live-report concernant des groupes dont on a rarement l'occasion d'entendre parler...
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire