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Biographie : Kittie

Quelques repères : malgré un nom synonyme de chaton, les membres de Kittie ne sont pas de petites minettes, elles ne se trémoussent pas à moitié nues dans le hall de leur lycée, et elles n'ont aucune intention de recourir à la chirurgie esthétique pour faire grimper leurs ventes de disques.

“Monter sur scène et chanter comme Britney Spears ‘Hit me baby, one more time !', c'est pas mon truc. On est plus matures que ça”, déclare Morgan, porte-parole du groupe. De fait : le quatuor canadien présente sa musique avec la franchise brutale qui colore leur quotidien. Au niveau du son, c'est dur. Mais le monde qui les entoure est dur, lui aussi - et Kittie n\'éprouve aucun besoin de l'édulcorer.

“Si le public vient en s'attendant à voir les Spice Girls, tant pis pour lui... Les gens doivent s'habituer à ce que leur quotidien change chaque jour, comme ça, ils n'iront pas se tuer - ou tuer les autres - parce que leur petit copain ou leur petite copine s'est tiré” ajoute Mercedes, la sœur de Morgan. Percussionniste, elle assure avec la bassiste Talena la rythmique béton du groupe. Fallon accompagne Morgan à la guitare. Les quatre filles sont encore au lycée, mais elles ont une conscience de leur environnement plus aiguë que la plupart des adultes.

Morgan explique : “Les gens étant ce qu'ils sont, ils penseront que des chansons comme Spit, Suck et Choke parlent de promiscuité, de mecs. Mais il faut creuser un peu plus profond et rentrer dans les textes pour comprendre d'où vient notre inspiration. Do You Think I'm a Whore?, par exemple, parle de ma propre vision de moi-même et de la façon dont les autres peuvent me percevoir. Parfois, je me dis que les gens ne comprennent pas ce que nous faisons et d'où nous venons. Nous sommes des filles dans un business de mecs...”

Mercedes intervient : “On y va toujours à fond, et beaucoup de gens ne s'y attendent pas. C'est pour ça que Spit (Cracher) est ma chanson préférée de tous les temps. Les gens s'attendent à ce qu'on soit nulles, mais une fois sur scène, on les tue. Pendant une seconde ils bronchent pas, et puis ils restent bouche-bée et la queue basse.”

Rebondissant sur le titre cité, Morgan ajoute, heureuse de voir que Kittie peut prendre les cyniques en défaut : “Ceux qui nous jugent sans nous écouter ? J'ai envie de leur cracher à la figure”. Fallon, qui a écrit Choke (Etouffer/étrangler) en réaction à une trahison sentimentale, s'amuse : “Beaucoup de mecs n'ont absolument aucune envie de voir un groupe de gamines jouer dans leur cour musicale. Ma chanson parle de ceux qui te disent qu'ils t'adorent et qui te mettent sur un piédestal. Tu te sens sur un nuage et paf ! ils changent de visage et te disent d'aller te faire foutre ailleurs. “L'ambiance musicale de Choke est aussi dure que son sujet. Du pilonnage brutal death metal, elle passe à un martèlement retenu, mordant et sarcastique, au mépris cinglant. Brackish part sur un tempo plus frénétique : un backbeat techno et des guitares fascinantes servent de toile de fond à un texte parlé qui se transforme en explosion vocale passionnée.

Cette passion distingue Kittie de ses collègues plus âgés dans le métier. Avec son mélange d'idées politiquement incorrectes, de discours brut, et de textes qui vont bien plus loin que les titres ne le laissent supposer, Kittie est bien loin du train-train commercial prêt-à-jeter habituel des angoisses adolescentes et des mélodies pop à l'emballage standard.

Paperdoll : sous ce titre des plus anodins, la chanson délivre un des plus agréables messages du groupe. Ecoutons Morgan : “Nous voulons détruire cette vision des femmes-poupées gonflables, répandue chez beaucoup d'hommes. Nous voulons la balayer, parce qu'on vaut mieux que ça”.

Pas mal pour un groupe né de la rencontre de Mercedes et de Fallon pendant un cours de sport, et qui commença par des reprises de Nirvana et de Silverchair avec Morgan. Depuis cette époque, Mercedes dit qu'elle a grandi “d'au moins 15 cm”, et Fallon n'ambitionne plus d'être la prochaine Mariah Carey : “J'ai rencontré la musique cool” dit-elle. Elles ont dépassé le simple : “Hé, si on jouait ensemble !” adolescent pour peaufiner une image bien à elles et faire tourner les têtes sur leur passage, grâce à un look qui fait part égale et belle au glamour, au gothique et au métal.

“Tout simplement, on en a eu marre de ressembler à tout le monde. Pas question d'avoir l'air sale, mais on ne voulait pas non plus rentrer dans le moule. On voulait faire quelque chose de spécial”, explique Fallon. Morgan estime que le résultat de l'opération est à mi-chemin entre le glamour-gothique et le metal-paillettes. “On essaie de faire notre truc et d'ouvrir des voies. Tout ça se fait naturellement, on n'essaie pas d'avoir absolument un son comme ci ou comme ça... C'est notre son à nous.”

Et pour ça : merci, les filles. Imaginez un monde où le modèle à suivre serait Britney Spears ?

Mercedes met les choses au point : “Attend ! On n'a rien dit de méchant sur elle, nous ! On ne la débine pas, on la respecte... Mais… on ne veut pas lui ressembler !” Morgan opine : “Nous comparer à elle, c'est comparer le blanc et le noir... Nous, on reste métal !”