Medieval metal ou Mittelalter metal ? On ne sait trop lequel choisir quand on sait que le folk metal dit « Médiéval » est l’apanage des allemands. Né en Allemagne de l’Est par des groupes précurseurs comme «
Corvus Corax » et « Subway to Sally », qui se sont principalement influencés des travaux d’« Ougenweide » ou des britanniques de «
Skyclad », ce sous-genre se caractérise aujourd’hui toujours autant par son implantation dans les terres germaniques. On voit ainsi foisonner nombre de formations moyenâgeuses utilisant instruments traditionnels et langue de Goethe, tout cela dans une ambiance de foire typique à cette musique. «
Vogelfrey » est lui originaire de la ville de Hambourg. Digne héritière d’«
In Extremo » cette jeune bande n’avait pas marqué les esprits avec son premier long volume, «
Wiegenfest ». Un album qui montrait pourtant les qualités techniques et de composition de la formation, et qui privilégiait déjà d’une signature chez
Trollzorn Records, une institution de seconds couteaux du folk/pagan. Le disciple «
Vogelfrey » n’aime pas jouer les rôles de subalternes et compte bien rivaliser avec ses maîtres. «
Zwölf Schritte zum Strick » sera son chef d’œuvre de compagnon.
Après la prise d’élan dans le petit récital introductif, nous voilà plongés en pleine foire sur le virevoltant « 6 Vaganten », alliant technique, puissance et fête. La mélodie du violon parvient à suivre les violentes secousses imposées par le rythme et un chant particulièrement vif. On ne tombe nullement dans la parodie d’un «
Jaldaboath » ou le mauvais goût d’un «
Attonitus ». Toutes effusions de liesse font l’objet d’une remarquable maîtrise des membres. Dans ces grands moments de partage et de convivialité offerts par l’album, on notera l’estimable « Schuld Ist Nur der Met », qui promet de faire un malheur en concert. En effet, en plus de quelques airs de mandoline dans un pur esprit campagnard, le groupe fait monter la sauce et l’adrénaline. Les impulsions du morceau sont des invitations à sauter et à se défouler. C’est tantôt la foire, tantôt le cirque, notamment si on prend le cas de l’amusant « Der Tusch ». La troupe assume pleinement son rôle de saltimbanques passant du violon typé tzigane, à des airs patauds imitant la marche d’un éléphant. Ce défilé de pachydermes sera mis en parallèle avec une reprise de « La Marche Turque » de Mozart. Une telle parade mêlant excentricité et exotisme aura bien mérité quelques applaudissements du public.
Le folk médiéval de «
Vogelfrey » n’hésite pas à s’associer avec d’autres types de musiques, colorant ainsi à chaque fois un peu plus ce tableau printanier. La symphonie s’invitera donc sur l’ambigüe « Düsterpflicht ». Ambiguë, car rien n’y est à proprement stable. Le titre est majoritairement emmené par la froideur et le raffinement du violon, qui prend là une place primordiale. Néanmoins quelques passages fous s’y incrustent. Ce serait là quelques gribouillis de couleurs sur le tableau noir dressé. «
Tod und das Mädchen » est tout aussi riche en émotions et inclus également un peu de symphonie.
Seul le chant semblerait ici dominer ses sentiments. Les instruments eux ne se plient aucunement à cette réserve et s’emportent dans de grandes envolées, ballotant une chose fragile au loin, au gré d’une force naturelle. Ce n’est plus la nature qui est cette fois à l’œuvre sur «
Freitod ». Froid, énigmatique, le titre agresse par ses incursions industrielles et le ton carnassier du chant. Nous serons gagnés par des frissonnements identiques sur le tout aussi inquiétant « Flamme Bin Ich Sicherlich ». Au milieu de ces pénombres de mystère se dresse pourtant un refrain baigné de lueurs avec en figure de proue un chœur guerrier commun aux formations de viking metal.
Du symphonique, de l’industriel, mais aussi du power metal à l’occasion. Ne nous trompons pas « Lindwurm Massaker » n’est pas un titre de «
Gamma Ray », le groupe aura semble-t-il copié le style de Kai Hansen, du riffing jusqu’à la tonalité vocale du chanteur/guitariste.
Seul le refrain oserait tout de même un certain retour au folk metal. « Galgenvogel » serait lui à répertorier dans les inclassables. Dans un premier temps subjugués par une entame ska, le groupe nous embarque ensuite dans un repaire enchanteur, clinquant de toute part. Nous parvenons même à y dénicher quelques riffs empruntés à «
Helloween » au beau milieu de cette caverne d’Ali Baba et plus précisément sur quelques secondes du refrain.
L’album n’aura pas été complet sans ballade. Nous en avons deux superbes pour le coup. Difficile de faire impasse sur la candeur et la délicatesse de « Sommer ». Une chanson au coin du feu, acoustique et d’une rare tristesse. Moins feutré et recroquevillé, « Lebenslehre », dans un tempo à trois temps, nous enchante par son humanité, entre tendresse et intrusions d’ivrognes. Le chant principal dans un rôle de narrateur conte en toute quiétude, tel un étranger découvrant avec un large sourire les amours de rue et les joyeuses beuveries d’une ville paisible qu’il ne tardera pas à quitter.
Une fabuleuse création en douze étapes. Beaucoup pourraient prendre l’exemple de «
Vogelfrey ». Sans orgueil, dans la quasi-totale discrétion, ils parviennent à sortir un opus de folk metal à la fois réjouissant, original et technique. Une œuvre complète qui donne une légitimité à la formation pour se dresser parmi les plus sérieuses du moment.
Pas de répit, pas de saut à faire entre les pistes, le disque en son entier se découvre avec gourmandise. Vous n’avez pas le moral, votre belle amie vous a quitté, venez boire une chopine en écoutant «
Zwölf Schritte zum Strick ». « Und so taumel ich zwischen meinen Begierden ein Leben Paradies ».
17/20
C'est pas ce qu'il y a de plus comparable ^^
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