« Effleurer lentement une musique flamboyante, perdre pied et se laisser guider aveuglément dans les confins d’une psyché complexifiée »
L’ombre recluse d’un auditoire conquis est ainsi difficile à conquérir, à sublimer, à épouser. S’il peut sembler tellement accessible à certains ouailles de concevoir une aura musicale attrayante, l’exercice de création est pourtant subtil et rude. Efforts après efforts, l’objet se dessine, devient malléable et se métamorphose en une fresque délicieuse et convoitée, une sorte de Jackson Pollock poétique. De superbes couleurs flamboyantes se superposant sur un écrin de qualité prouvent, en conséquence, la valeur et la fiabilité de l’ « écriture ».
Empyrios fait partie de ces géniteurs de concepts éveillés. Pourtant, au départ il ne s’agissait que d’un vulgaire projet de Simone Mulanori, guitariste virtuose des promoteurs d’aubades
DGM. Le premier effort, datant de 2007, annonçait une formation progressive dans l’âme, tout en consolidant une base piochant dans un metal protéiforme (power, melodeath, industriel et j’en passe). Malgré tout, le propos paraissait balbutiant, presque terni par des compositions un poil faiblardes. La claque fut donc gigantesque lorsque le monolithe «
The Glorious Sickness » apparut en 2008. Le single « The Eve Arose » se dotait d’une rythmique à toute épreuve. Pour finir, le reste de ce monument sonore se contentait ni plus ni moins d'aligner dignement des morceaux de bravoure («
Empire » et son ambiance pharamineuse, « The New
Dawn »), pour le bonheur de puristes consciencieux de choses bien faites.
Alors prétendre que ce nouveau recueil des italiens était attendu au tournant relève d’une désinvolture à faire rougir le plus prudent des chercheurs de paillettes.
Zion allait-il finir par confirmer l’incroyable potentiel de la formation transalpine ?
Imparable, tel est le terme approprié après une écoute globale et relativement fine de ce
Zion. Oui,
Empyrios a confirmé ; mieux, il a retranscrit ici une œuvre incroyablement juste et sincère dans le fond. De surcroît, le mur sonore est encore plus impressionnant et semble être pour le coup infranchissable au milieu de guitares outrageusement brutales. Car tout est fignolé, millimétré, calculé jusqu'à la dernière seconde. Cela en devient même effrayant et particulièrement déroutant il faut bien l’avouer.
Sans langue de bois aucune, si vous pouviez paraître septiques face à cet éloge éloquent, il ne vous faudra guère plus que l’écoute du premier morceau « Nescience] » pour vous convaincre rapidement du bien fondé des allégations de votre chasseur de talents cornu. Le croisement improbable entre un
Meshuggah groovy et un refrain aérien mémorisable proche de
Symphony X est pleinement consommé. Et au dessus de ce hit en puissance se greffe quelques boucles électros du plus bel effet. Il n’en faut gère plus pour se rendre compte de l’efficacité du chant clair haut perché de Silvio Mancini. Le vecteur émotion si caractéristique des vocaux fait toujours mouche et contrebalance parfaitement avec les growls puissants de Simone Bertozzi (« Reverie » et son clavier cosmique proche d’un Demanufacture).
On ne saurait continuer notre étalage de bons points sans parler des solis de hautes volées de Simone Mulanori. Moins démonstratifs que chez
DGM mais tout aussi créatifs, ces derniers parsèment agréablement l’œuvre, gagnant en intensité et en assurance (« Domino », « Unplugged »). Bizarrement, et pour finir,
Zion se montre encore plus moderne que son prédécesseur grâce à l’utilisation de moult samples et autres combinaisons électroniques voir futuristes. Le summum étant atteint sur « Masters » et son final emprunté à ce mouvement tant décrié incarné par ce Dubstep. Un parti pris risqué mais intéressant.
Moderne, groovy, aérien, mélodieux, extrême… Les italiens n’ont mis aucunes limites à leurs folies pour exprimer leur talent si personnel et le condensé dans une gemme aux contours ciselés. Fans de
Strapping Young Lad, Nevermore ou encore
Meshuggah,
Empyrios n’est donc pas un simple groupe de metal progressif dit « classique ». Il cumule le meilleur des groupes précités pour composer une musique chaleureuse et puissante. Bien plus qu’une simple curiosité, nous avons affaire là à un véritable must have.
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