Zero

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Nom du groupe Misery Loves Co.
Nom de l'album Zero
Type Album
Date de parution 29 Novembre 2019
Style MusicalMetal Industriel
Membres possèdant cet album1

Tracklist

1.
 Suburban Breakdown
 05:16
2.
 A Little Something
 04:12
3.
 Dead Streets
 05:29
4.
 Only Happy When It Rains
 04:54
5.
 Fell in Love
 05:02
6.
 The Waiting Room
 06:03
7.
 Would You?
 05:16
8.
 Zero
 04:38
9.
 One of Those Days
 04:02
10.
 Way Back Home
 07:27

Durée totale : 52:19


Chronique @ JeanEdernDesecrator

14 Décembre 2019

Un comeback inattendu et un album abouti

Ça y est, pas de doute, le metal industriel est de retour ! Enfin, je crois. Le genre avait fait une hype assez courte au début des années 90, avec l'explosion de Ministry, Nine Inch Nails, Godflesh, Fear Factory puis Rammstein. Le soufflé est retombé comme il avait monté avec l'arrivée du Neo Metal, et seuls les groupes sus-cités ont perduré cahin-caha, avec de longues périodes d'hibernation.
De cette vague metal indus, les seconds couteaux s'étaient montrés presque aussi talentueux que les ténors , on citera Pitch Shifter, Meathook Seed, Peace Love and Pitbulls, Filter, O.L.D. et... Misery Loves Co.

Après les très bons derniers LP récemment sortis de Rammstein, Ministry et Voivod, le vent semble tourner à nouveau vers le metal rouillé et les cheminées crachant des fumées chimiques.

Pour tout dire, j'ai décidé de sauter sur l'occasion pour me reconvertir dans la fabrique artisanale de samples industriels bio, en cycle court. Avec un micro ultra-sensible récupéré dans les ruines d'un studio d'enregistrement des années 80, je capte les râles du metal torturé par le quotidien. Perçage d'abat-jour, couinement de rat écrabouillé dans une tapette à souris, crissement d'une rape sur une carotte, ou les gros coups de boutoir de Choupinosaure, mon rhinocéros de jardin, contre la clôture métallique au passage d'un chat, tout est bon.
Ensuite, un peu de compression par-ci, de distortion par là, un gros coup de pitch, je massacre l'équalisation, et paf, voila un sample pouvant être racheté à prix d'or par les nombreux groupes de metal industriel débutants qui ne manqueront pas d'éclore.
Et parfois la chance me gâte : figurez-vous que pas plus tard qu'hier, un porte container brésilien battant pavillon maltais affrété par un armateur austro-néerlandais s'est approché un peu trop près des côtes au relief déchiré de la petite île où j'habite. Ni une ni deux, je sors sous la pluie avec mon micro, et c'est la moisson miraculeuse. Les tôles de métal déchirées comme du beurre par les rochers de granit, les cris de tour de babel des matelots, les sirènes d'alarme, et bruits de pales d'hélicos des secours impuissants… Ca fera un pack spécial à 599€, et ça partira comme des petits pains !

Mais je digresse, revenons à Misery Loves Co.

Misery Loves Co. Donc, était atypique : originaires d'Upsalla, ces suédois ne faisaient pas de death metal. Le duo formé en 1993 par le chanteur Patrik Wirén et le multi-instrumentiste Orjan Örkloo (guitare, basse, programmations), était un projet studio, n'avait pas de batteur à ses débuts, et bidouillait boîte à rythmes et samples sur ses premiers enregistrements. En tournée, MLC s'adjoignait deux ou trois musiciens pour jouer live ; un renfort qui n'est pas de trop quand on ouvre pour Machine Head ou Slayer...

Le groupe s'était suffisamment fait remarquer pour signer sur Earache, mythique label pouponnière de Godflesh, Napalm Death, et Carcass, et avait en avait convaincu plus d'un avec son metal industriel à la croisée de Ministry et Nine Inch Nails.

Pour être honnête, leurs deux premiers albums valaient surtout pour une poignée de titres purement géniaux au milieu d'une majorité de compositions plus moyennes. J'avoue avoir estropié copieusement leurs premiers LP pour me faire ma petite compilation perso. Il n'empêche que sur leur premier LP éponyme sorti en 1995, le morceau "My Mind Stills Speak" est pour moi la quintessence du metal industriel : une rythmique d'une froideur de scalpel, des samples d'usine à cadavres, un riff de guitare monstrueusement méchant, un chant tour à tour hurlé, écorché et mélodique qui prenait aux tripes.
Durant leur carrière, la progression musicale s'est faite en direction d'un rock sombre et torturé sur l'album "Your Vision Was Never Mine to Share", où j'avais l'impression que Misery Loves Co. s'était un peu perdu. Le groupe s'est séparé après ce troisième LP, en 2000, en quasi burn-out après huit années d'activité intense.

Durant ce très très long break, Patrik Wirén a notamment monté le projet Alpha Safari avec Uffe Cederlund, le batteur d'Entombed, pendant que Örjan a démarré une carrière de producteur, et participé à quelques projets musicaux.

Si le duo Misery Loves Co. a composé à nouveau de manière informelle dès 2005, le groupe ne s'est réuni qu'en 2016 pour donner quelques concerts. C'est d'ailleurs la formation live qui s'est retrouvée en studio pour mettre en boite ce nouveau disque, qui s'est doucement construit, sans vraiment de projet de carrière.

Patrik Wirén et Örjan Örnkloo ont été rejoints par Michael Hahne (Guitar, basse) qui a pris part au processus de composition pour former l'actuel line-up officiel de MLC. En renfort pour l'enregistrement, ce sont leurs fidèles soldats de tournée Jörgen Sandström (Entombed, Grave) et le batteur Jesper Skarin (VAK, The Field) qui s'y collent.
Ce dernier a montré une implication certaine sur les sessions d'enregistrement de ce quatrième disque, et il a aussi participé à l'élaboration des samples faits maison, en triturant gongs, archets, où en faisant des roulements de batterie... au fond d'un parking, pourquoi s'emmerder avec un rack d'effets, je vous le demande.


C'est une pochette énigmatique, ombre et lumière, qui accueille le rêveur égaré, représentant une porte de rideaux écarlates, qu'on croirait sortis de la série Twin Peaks de David Lynch.

Dans ce monde onirique et oppressant, on est tenu par la main en suivant la superbe voix si reconnaissable de Patrik Wirén. C'est un fil d'Ariane, tantôt clair à la Trent Reznor, parfois tendu en utilisant la saturation naturelle de sa tessiture vocale, et par moments foutrement barbelé en hurlements déchirés .

Les ambiances sont variées. Inquiétante sur "Dead Streets" ou des arpèges de trois notes désespérées ricochent dans un écho sans retour. D'une noirceur de canon de flingue tant les paroles font mouche sur "Fell in Love" ( " I fell in love in a car crash" quelle belle idée...). Mélancolique en fin de d'opus, rock lumineux où pointe l'espoir, les émotions se succèdent.
"The Waiting Room" , secouée par une rythmique tribale de zoulus cyberpunk, est un des sommets de cet album, une chanson lancinante qui illustrerait bien la pochette du disque.

Cependant, le métal fondu coule aussi dans les oreilles, comme sur le premier titre "Surburban Breakdown", gros kiff-sa-race qui débute avec un riff rèche à la Prong, et se déploie avec un refrain imparable qui se grave au chalumeau dans le cerveau. Ou encore le titre "Zero", répétitif façon Ministry, et un peu partout avec des bonnes poussées de guitares velues.

La musique de Misery Loves Co. est à mi-chemin entre un rock torturé et le metal de leurs débuts. La coloration rock est donc très présente, et trouve son apogée avec la très bonne reprise de Garbage "Only Happy when it Rains", assez fidèle à l'original, mais musclée de partout. Cette influence aurait pu paraître saugrenue, mais elle se retrouve aussi dans les morceaux les plus mélodiques ("Would you", "Way Back Home") et dans l'adjonction de choeurs féminins ("A Little Something").

L'intensité baisse malheureusement sur la toute fin de l'opus, avec un "One of These Days" désabusé qui rappelle un Poison The Well des mauvais jours (on a vu pire) et termine avec "Way Back Home" qui renoue avec les atermoiements du troisième album.

Mixé par Roberto Laghi (In Flames, Entombed AD), masterisé par Magnus Lindberg (Cult of Luna, Russian Circles, Alcest, Entombed), "Zero" a un son à la fois lourd, ample et puissant. Mention spéciale aux sons de guitare, chauds, expressifs et presque organiques pour de l'indus. La basse est bien mise en valeur, d'autant plus qu'elle fait tout le taf sur certains titres ("Would You", "Way Back Home "). La batterie est très droite et garde l'ambiguïté d'un rythme mi-homme mi machine.
La touche indus est bien là, omniprésente mais discrète, avec des samples et des sons d'instruments triturés, toujours à propos, qui donnent une ambiance claustrophobe de bon aloi à ce disque.

L'album "Zero" est une franche réussite, et je n'en espérais pas tant de ce groupe pour lequel j'ai une affection du siècle dernier. C'est aussi leur album le plus abouti, sans rien à jeter aux orties. J'ai roucoulé comme un vieux matou, en retrouvant le frisson délectable de l'adrénaline que me procuraient leurs meilleurs crus des années 90.

En écoutant "Only Happy When it Rains", je contemple le cul… euh… du bateau qui dépasse à 45° des flots déchainés, et ses cales déversent une marée marron de pâte à tartinée à l'huile de palme, qui donnera la courante aux mouettes de la cote bretonne jusqu'en 2030.

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Game_system - 06 Janvier 2020:

Merci pour cette chronique bien fourni, je ne connaisais ce groupe que de nom. N'étant pas un grand fan de metal indus mise à part une poignée de formations, je vais jeter une oreille sur ce groupe par curiosité. La reprise Garbage c'est littéralement Nine Inch Nails en un peu plus lourd.

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