Il arrive un moment dans la carrière d’un artiste où l’on ne se retrouve plus dans l’identité d’un groupe que l’on a mené pendant plus de deux décennies, où l’envie de renouveau devient une nécessité. Quitter une formation du jour au lendemain, c’est souvent un saut dans l’inconnu, un pari risqué mais aussi une opportunité de se réinventer. C’est exactement ce qui s’est passé pour Alex Varkatzas, ex-chanteur d’
Atreyu, qui n’était plus du tout en phase avec ses anciens partenaires. Après s’être éloigné de son ancien collectif, le vocaliste a décidé de prendre son destin en main et de bâtir un nouveau projet à son image aux côtés du guitariste Gabe Mangold et du batteur Brandon Zackey (
Enterprise Earth).
C’est ainsi qu’est né
Dead Icarus, une échappatoire fondamentale pour son frontman qui voit en ce nouveau dessein une possibilité d’affirmer son étincelle artistique. De même, le musicien ne veut plus s’imposer de limites et souhaite construire des narrations qui lui ressemblent, qui soient fidèles à sa personnalité. Cette aventure a démarré par la publication de trois morceaux en autoproduction avant une signature chez la maison de disques MNRK Heavy (
Bodysnatcher,
Creeping Death, Mouth For
War) et la présentation d’un excellent premier EP
Ad Infernum qui sera malheureusement passé inaperçu. C’est fort d’une revanche pour son avenir que le trio américain sort rapidement son tout premier full-length prénommé
Zealot.
Etiqueté comme disque de metalcore, cette proposition dépasse largement le spectre hardcore et punk puisqu’il incorpore d’autres styles tels le death mélodique, le deathcore ou encore le thrash. C’est là que réside tout le piquant et l’avantage de notre combo, dépasser les frontières, avancer vers l’inattendu et l’extravagant. Dès le titre d’ouverture
The Unconquerable, on perçoit immédiatement l’esprit quelque peu expérimental des musiciens par une structure qui n’est certes pas spécialement étoffée mais qui livre une atmosphère épique par l’omniprésence de ces chœurs majestueux. Cette ambiance grandiloquente se heurte à un climat bien plus funèbre et oppressant lié à deux breakdowns aux riffings graves et incisifs. A l’écoute de ces pannes, le rapprochement avec
Enterprise Earth est une évidence même, une résonance moderne presque djent.
Cet aspect contemporain s’illustre sur des compositions davantage frénétiques, à l’instar de l’étonnant
Bearing Burdens and Saving Skin où l’inspiration thrash est mise à l’honneur, une énorme intensité grâce à une batterie fiévreuse et des riffs survoltés. Les refrains calment le jeu avec une ligne mélodique où cohabitent chant clair et guitares aérées pour un metalcore assez conventionnel. Cependant, le penchant virulent du groupe n’est jamais bien loin, en témoigne ce breakdown grinçant et écrasant, toujours dans un tempérament avant-gardiste. La chanson met également en lumière l’impressionnante palette vocale d’Alex Varkatzas entre growling, screaming et chant clair et laisse même entrevoir quelques belles performances comme ce chant guttural prolongé lors du breakdown qui n’est non sans rappeler une nouvelle référence aux derniers travaux d’
Enterprise Earth.
Les comparaisons avec la formation de deathcore ne s’arrêtent pas là et l’on retrouve à quelques différences près les mêmes erreurs. Nous avons entre autres les inspirations qui s’entassent au sein d’une même composition, ce qui nous fait danser sur plusieurs pieds au point d’en trébucher. Le final
Betrayal Shaped
Daggers est exactement dans ce cas de figure entre ces riffs groovy qui évoquent les rythmiques accrocheuses d’un
Pantera, ces grattes hâtives qui nous replongent dans un thrash fougueux, ces chœurs souverains qui développe une sensation de grandeur et ces solos de guitare qui accentuent cette essence presque héroïque. Malheureusement, à force de vouloir manger dans tous les râteliers, on retiendra surtout une espèce de fourre-tout incompréhensible qui nous laisse sur une fausse note.
De même, la production n’est pas toujours irréprochable, principalement au niveau du chant assez souvent en retrait par rapport à l’instrumental. Cela saute aux oreilles sur un Casting Spells où les magnifiques riffs lumineux et les nombreux solis viennent totalement noyer le chant pur. Ces faiblesses sont néanmoins oubliées par des œuvres titanesques, en témoigne un
Hell Opens Its Mouth avec son style horrifique, son atmosphère intimidante et ses démonstrations guitaristiques.
Avec
Zealot,
Dead Icarus livre un premier album audacieux à la croisée des genres, où le metalcore flirte avec des influences aussi variées que le metal mélodique, le thrash ou le deathcore. Si cette ambition permet au trio américain de se démarquer par une opulence sonore indéniable, elle les entraîne parfois dans un trop-plein d’idées qui nuisent à la cohérence de l’ensemble. Malgré quelques maladresses et une production perfectible, l’opus regorge de moments de bravoure qui témoignent du talent et de l’énergie du collectif.
Zealot est donc un coup d’essai très prometteur, qui, avec un peu plus de maîtrise sur sa direction artistique, pourrait transformer notre groupe en une formation incontournable sur la scène metal/deathcore.
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