Sans même parler de la musique,
Suncrown est un groupe pour le moins original. Le combo se targue, à juste titre, de compter parmi ses membres pas moins de six nationalités (États-Unis, Brésil, Ukraine, Pays-Bas, Turquie, et Norvège) pour huit musiciens. Le groupe international, créé par le duo Darren Crisp (l'américain) et Oleg Biblyi (l'ukrainien), avait sorti son premier album en novembre
2012 ; et, même si le succès n'était pas encore là, les avis étaient en grande majorité favorables. À peine un an plus tard, malgré quelques problèmes dans le line-up (départ du virtuose brésilien Gustavo Bonfá), ils sont de retour en ce début d'année 2014. On ne peut qu'admirer une fois de plus la volonté dont le combo fait preuve pour surpasser l'obstacle naturel qu'est la distance. Cependant, il faut dire qu'au niveau de l'enregistrement, de la production, et du mixage, les choses sont facilitées, puisque le chanteur du groupe possède ses propres studios et labels.
En
2012,
Suncrown sortait
Follow Your Dream, un disque de metal symphonique ambitieux, inspiré et original, aux mélodies entraînantes, et on avait du mal à comparer leur musique avec celle d'autres groupes du même genre. Mes reproches sur cet album reposaient sur une chanteuse et un flûtiste bien trop discrets, ainsi qu'une production parfois incohérente avec la musique jouée. La plupart de ces défauts sont aujourd'hui corrigés, avec une maestria impressionnante.
Onze titres au compteur, dont deux reprises ; l'une connue –
Gates of
Babylon, de
Rainbow, en 1983 – l'autre moins –
Primordial Call, d'Infernorama, en 2005. Infernorama était le groupe du guitariste Manny van Oosten, décédé en 2011, et oncle du batteur Tim Zuidberg. Deux autres morceaux,
Push et Just Like You, sont des anciennes compositions de Darren Crisp, lorsqu'il chantait avec un autre groupe, Age of Liberty.
Dès le premier titre, The Beginning Is
Near, les progrès effectués par le groupe se font remarquer. Les éléments symphoniques sont d'excellente facture, et la voix de Darren, beaucoup moins hésitante, y colle à merveille. Les lignes de chant sont généralement plus travaillées, ce qui donne directement une mélodie plus sérieuse, emplie de gravité, qui faisait défaut sur l'opus précédent. Du côté de la guitare aussi la différence entre les deux disques est grande. Gustavo Bonfá était capable de soli démentiels à une vitesse incroyable, et son successeur Syndre Flo Myskja n'a apparemment pas les mêmes capacités. Celui-ci se rattrape néanmoins avec des soli mélodiques et touchants, peut-être mieux contrôlés aussi. Les autres titres sont, à quelques exceptions près, dans la lignée de The Beginning Is
Near, puissants, souvent en mid-tempo, avec une forte dose de symphonie et de chœurs.
Grandfather's Song est, en toute subjectivité, mon morceau préféré. Ce dernier démarre par une petite partie narrée par trois voix différentes, ce qui peut évoquer le magnifique Song of Myself de
Nightwish. La brésilienne Juliana Furlani prend ensuite le relais, et on ne peut que mesurer l'ampleur du progrès accompli. Elle se pose enfin en véritable chanteuse lyrique, et Darren partage enfin équitablement son micro avec elle.
Viennent ensuite les autres compositions puissantes et symphoniques auxquelles
Suncrown nous avait habitué, comme par exemple le très épique Open the
Winds, le surpuissant Who Are You, ou encore le très beau You Are Not Alone. Ces trois morceaux, en plus d'être d'excellente qualité, ont chacun en leur milieu des passages instrumentaux absolument fantastiques. Car ce nouvel album aura révélé un membre du groupe pourtant déjà présent sur le premier album, le flûtiste Ugur Kerem Cemiloglu, lui aussi véritable virtuose. Il n'y a qu'à écouter ses soli sur les trois titres sus-cités pour s'en convaincre. De plus, particulièrement sur le titre éponyme et Sometimes This
Life, la flûte introduit dans la musique de
Suncrown quelque sonorités arabisantes du meilleur goût.
On retrouve au centre de l'album,
Victory Inside You, un petit intermède instrumental bien symphonique, la spécialité d'Oleg Biblyi, le principal compositeur et claviériste. C'est sympathique, légèrement expérimental, mais pas du tout prise de tête. Ce titre constitue une agréable pause au milieu de tous ces morceaux surpuissants ; c'est tout de même un détail qui a son importance dans l'évaluation de l'album.
Malheureusement, même si la musique proposée par
Suncrown reste en général de haut niveau, il arrive que le disque ait quelques faiblesses, lors de passages un ton en-dessous du reste. L'exemple le plus flagrant est la ballade Just Like You, qui, malgré les invités et la très bonne performance du piano, sonne quand même un peu mou et mièvre. La reprise d'Infernorama, qui a au moins le mérite de nous faire découvrir un nouveau groupe, est agréable de manière générale, avec une Juliana Furlani impressionnante, mais souffre de sa longueur, et ennuie un peu lors de la succession de refrains finaux. Pour en finir avec les petits défauts, on notera le début de Sometimes This
Life, avec des lignes de chant qui tombent à plat après une introduction grandiose.
La galette se termine donc sur le magnifique
Gates of
Babylon, de
Rainbow. On retrouve avec plaisir l'atmosphère chaleureuse et arabisante si douce de la chanson originale, et les voix de Darren et Juliana remplacent presque celle de Ronnie James
Dio.
Suncrown est un groupe qui marquera les esprits, j'en suis intimement convaincu, car les membres ont en leur mains toutes les cartes nécessaires pour être enfin reconnus. On partait de base d'un bon niveau, et le progrès est cette fois considérable. S'éloignant toujours plus de la scène très fermée du metal symphonique traditionnel, le groupe international
Suncrown est en train de se créer véritablement son propre univers à explorer à sa guise. La marge de manœuvre pour nous surprendre n'en est que plus grande.
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