Aujourd’hui constitué de 26 lettres ayant pour but de représenter les différents phonèmes des langues d’Europe occidentale locales ou délocalisées, l’alphabet romain fut conceptualisé sous le règne de
Charlemagne au VIIIème siècle après J-C par le savant et religieux anglais Alcuin dans un souci logique et compréhensible d’unification des différentes formes d’écriture d’alors. Base de l’expression, de la rédaction et plus largement de la communication entre les hommes, l’alphabet contemporain s’articule autour d’un ordre défini et irréfutable de lettres que tout un chacun a le plaisir d’apprendre avec plus ou moins de difficultés dans le cadre du savoir dispensé par l’Education Nationale en école élémentaire. S’il lui fallait ne retenir que trois lettres parmi les 26 que compte l’alphabet romain tirant soit dit en passant son origine étymologique des deux premières lettres de l’alphabet grec alpha et bêta, le fanatique de hard rock US pourrait à juste titre ne jeter son dévolu que sur les ultimes et précieuses
XYZ.
XYZ (prononcez « Ex Ouaille Zi » pour avoir un minimum de dégaine verbale) voit la lumière du jour au cours de l’année 1986 à
Los Angeles au travers de la rencontre via une petite amie commune du vocaliste originaire de La Courneuve (93) Thierry « Terry » Ilous et du bassiste Patt Fontaine, deux musiciens français expatriés sous le soleil de West Hollywood ayant baptisé leur combo des trois dernières lettres de l’alphabet en référence au bac «
XYZ » vide d’un record store de West Hollywood visité peu avant la formation du groupe, lettres qui seraient également selon le Mythe les initiales de l’expression « Xamine Your Zip » soit « Regarde ta braguette (est ouverte) » dans la langue de
David Lee Roth. Rejoint dans la foulée par le guitariste Bobby Pieper et le batteur Joey Pafumi et s’assurant rapidement une solide réputation locale sur les planches des clubs rock débauchés du Sunset Strip,
XYZ dégotte un deal initial avec
Atlantic Records qui se traduit par l’enregistrement d’un full length qui ne verra le jour qu’en autoproduction en 2005 sous l’appellation «
Rainy Days ». Téméraire et plus que jamais renforcé par cette désillusion,
XYZ voit les départs de Pieper et de Pafumi remplacés poste pour poste par les dénommés Marc Richard Diglio et Paul Monroe avant de signer le deal de la seconde chance avec
Enigma Records. Produit par le mythique
Don Dokken en personne, l’album éponyme «
XYZ » apparait dans le bac
XYZ de tout record store qui se respecte le 17 octobre 1989.
Outre le fait qu’il s’agisse d’un hair band californien de l’âge d’or du style irretrouvable, sacré et ayant accessoirement donné ses lettres de noblesses aux brushings décolorés, futals en Spandex compresse-couilles ou jeans moulants délavés et autres foulards multicolores portés avec style et attitude à la ceinture sans parler des bottes de cowboys chainés et de l’indispensable trousse à maquillage ;
XYZ constitue un groupe qui fascine au plus haut point notamment de par l’histoire personnelle de son frontman franco-espagnol Terry Ilous qui à l’instar d’un
Mike Tramp du légendaire
White Lion connait à juste titre les tenants et aboutissants du rêve américain. Imaginez-vous ne serait-ce qu’une seule seconde quitter votre vieille Europe pour rejoindre le Nouveau
Continent sans le sou et y devenir un acteur bad ass et stylé du rock n’ roll dream absolu, celui de connaitre sans aucune limite la gloire, le succès et les joies superficielles d’un lifestyle « sex, drugs & rock n’ roll » orthodoxe ne serait-ce que le temps d’une overnight sensation. Bien assez cependant pour marquer indélébilement et éternellement la Légende de son immuable patronyme. «
XYZ » apparait fièrement à la face du monde au travers de l’enthousiaste et introductive « Maggy » qui traitant dans son texte d’une groupie peu farouche pose les bases d’un hard rock puissant et racé ne négligeant pas un aspect relativement mélodique et groovy conférant au tout une efficacité propre que l’on sait reconnaitre aux grands albums. Enregistré sous la houlette de
Don Dokken dans trois différents studios du greater
Los Angeles que sont les Total Access Recording Studios, J.E. Sound Productions et autres Sound City Studios ; le premier opus d’
XYZ est marqué par un gros son à même de révéler optimalement et sans forcer le potentiel qualitatif de ses dix compositions et ce malgré qu’Ilous ait toujours regretté que l’ex compère de
George Lynch ait produit le disque d’une manière un peu trop light à son goût comme si il eut voulu en faire selon son propos un successeur inavoué de « Back for the
Attack ». Comment pourrait-on croire de toute façon les déclarations d’un mec ayant osé collaborer et offrir un titre de sa création personnelle à l’affreuse, corpulente et on ne peut plus nauséabonde Cindy Sander dans le cadre de l’émission de télé poubelle excrémentielle « Les Anges de la Téléréalité » sur la chaîne sous culturelle NRJ12 ?
Vision d’horreur et envie de gerber à part, «
XYZ » n’est autre qu’un concentré d’hymnes énergiques et substantiels ayant le trop rare mérite de faire mouche dès les premiers riffs et roulements de tambour comme l’illustrent les très bons «
Inside Out » et son solo signé Diglio que n’aurait pas renié un certain Vito Bratta dans le style et l’exécution, « Take What You Can » et son rythme effréné, le classieux « Tied Up » sans parler de l’excellent et super énergique « Nice Day To
Die » qui au-delà de mettre en valeur les qualités instrumentales indéniables des musicos Patt Fontaine, Marc Richard Diglio et Paul Monroe constituent des petites bombes de hard rock sauce US bien senties sur lesquels le compatriote Terry Ilous ne cessera jamais de gratifier l’auditeur d’une prestation vocale assez impressionnante pour ne pas dire de très haut vol et rappelant indéniablement l’anthologique
David Coverdale ci et là dans le timbre. Disque réussi ne pouvant rimer qu’avec variété et ouverture, il convient de souligner la délicieuse pluridimensionnalité de «
XYZ » qui bien que faisant globalement et avec succès dans l’art vénérable d’un rock dur ultra efficace et groovy n’ayant rien à envier à celui des ténors du genre de la seconde moitié des 80’s, offre néanmoins un espace vital à des sentiments passionnés et des sonorités plus légères pour la plus grande satisfaction de l’âme de lover transi qui sommeille en chacun de nous malgré au choix l’alcool, la drogue, les années de taule ou les trois en même temps dans le pire des cas. Effectivement, comment ne pas se surprendre à sortir le grand jeu avec madame sur la sublime et inattendue « What Keeps Me Loving You », éclatante complainte de crooner aux accents soul hyper originaux seyant tout à fait l’esprit de la galette malgré les apparences, ou se laisser porter par le somptueux mid tempo bluesy et sensuel transpirant à grosses gouttes du superbe et grave « Follow the
Night ». Bien évidemment et comment aurait-il pu en être autrement avouons-le, le premier très bon album de
XYZ comporte sa paire de ballades mielleuses, ces chansons niaises et stéréotypées parlant d’amour et/ou de désespoir mais qui inexplicablement, sont comme par magie presque toujours garantes d’une beauté pure et d’émotions fortes à même de vous hérisser les poils pubiens les plus réticents.
Plus sérieusement, agenouillons-nous religieusement sur la brillante «
Souvenirs », hallucinante ode à la nostalgie imprégnant fatidiquement la réminiscence des bons moments de vie perdus à jamais. Dans un style moins flamboyant mais tout aussi touchant, relevons la belle et simple « After the
Rain » clôturant avec brio un premier album éponyme des plus remarquables.
Doué d’une production éminente et chargé quasi intégralement de titres plus efficaces les uns que les autres bien qu’évoluant parfois dans des registres variés mais habilement complémentaires, le premier opus du plus français des groupes de hard US constitue un disque de très bonne facture ne pouvant que remporter l’aval de tout amateur de rock décibellisé possédant un minimum d’estime de soi pour lequel les qualités musicales intrinsèques sont indissociables de la classe rock n’ roll au sens premier du terme. Ayant atteint honorablement la 99ème place du Billboard 200 en son temps de gloire éphémère et illustrant le talent incontestable d’écriture et d’interprétation de ses trois auteurs que sont les géniaux Patt Fontaine, Marc Richard Diglio et Terry Ilous, «
XYZ » mérite aujourd’hui d’être dépoussiéré au plus vite et joué à plein volume les fenêtres de votre domicile grandes ouvertes afin de faire savoir à vos voisins que les légendes et le hard rock authentique sont immortels et transcendantaux.
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