Avec un Black
Metal plein de conviction assez proche du style cru norvégien,
Svartsyn est un vieux de la vieille de la scène suédoise qui a traversé deux décennies dans un relatif anonymat, portant haut l’étendard Black
Metal dès 1991 (d’abord sous le nom de
Chalice).
Loin d’abdiquer,
Timeless Reign montrait en 2007 l’entité de Ornias plus forte que jamais, si bien que le one man band obtenait une signature chez les polonais d’
Agonia Records, ayant (ou ayant eu) notamment dans ses rangs
Urgehal,
Impiety,
Armagedda ou
Temple Of Baal. Sixième album de
Svartsyn,
Wrath Upon the Earth (2011) est une excellente surprise et prend une orientation quelque peu différente.
L’intro rituelle pose de suite une ambiance occulte, collant au mieux à la bonne pochette de Chadwick St John, sur laquelle un sorcier vaudou enragé brandit hardiment un cœur qu’il vient d’arracher au couteau à son propriétaire d’origine. Après une mise en bouche alléchante, Wrath of
Leviathan impressionne d’entrée :
Svartsyn a en effet accéléré la cadence, leur Black d’obédience Darkthronienne est désormais truffé des blast-beat du dénommé Baruch, officiant chez les belges de Satyrus. La voix de Ornian est également moins criarde qu’auparavant, les hurlements de haine se sont transformés en déclamations misanthropiques inéluctables. Côté basse, celle-ci est plus présente qu’auparavant, apportant de l’épaisseur à la musique et donnant un aspect apocalyptique à cette galette. Quant à la production c’est du bio, sans fioritures et pas gonflée pour un sou, l’enregistrement de la batterie est fait à l’ancienne avec des micros, pas de triggers ici.
Svartsyn se situe à la croisée des chemins : on y trouve ce côté brutal typiquement suédois, l’ambiance sale norvégienne, et aussi cette touche simultanément violente et malsaine qui rappelle parfois
Antaeus. Sans aller jusqu’à dire que le groupe de Ornias donne également dans le Death
Metal, on sent toutefois un talent pour pondre des plans percutants, donnant une dimension supplémentaire aux compositions, le riffing de My
Mountain à 4 : 35 est là pour le prouver. Deathsworned est un titre très intéressant pour appréhender
Wrath Upon the Earth : il démarre sur les chapeaux de roues, puis distille des ambiances noires avec sample, clavier (à très petite dose) et guitares planantes, c’est sans doute bien là le génie de Ornias : réussir à synthétiser deux éléments si antinomiques en apparence. Que ce soit sur les passages mid tempo où rapides, aucune faiblesse n’est à déplorer,
Pyramids of Deathlight alterne d’ailleurs les deux de belle façon. He Who Knows s’impose en apocalypse finale, pilonnant d’entrée à l’artillerie lourde pour préparer le terrain, puis écrasant l’auditeur grâce à des riffs insidieux, et enfin crachant de nouveau la mitraille en rafale sur la vermine humaine jusqu’à l’annihilation complète.
Après
Timeless Reign qui constituait l’apogée de
Svartsyn dans le style Trve en quelque sorte, Ornias a su se démarquer judicieusement sur
Wrath Upon the Earth, proposant un disque plus belliqueux, tout en gardant les caractéristiques crasseuses et développant les facettes malsaines et brutales de la chose. La durée parfaite de 36 minutes suffit à satisfaire l’assistance tout en évitant une lassitude pointant parfois le bout de son nez dans ce genre de sorties.
Svartsyn a pondu là un disque Black
Metal de caractère, prouvant une fois de plus la force de la scène suédoise, 20 ans après peut-être que le jour de la reconnaissance a sonné pour Ornias, ce qui en toute franchise serait largement mérité.
BG
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