Le label Nothingness Records nous a dorénavant habitué à la sortie (et à l’écoute principalement) d’objets musicaux non identifiés. Des « choses » sorties dont on ne sait où, mais qui récoltent au sein d’un public averti une attraction en somme toute significative (Nether, Profound as a thousand nights,
Methadrone, en partie
Nadja et ainsi de suite).
TenHornedBeast fait partie de ceux-là. Notons que l’unique membre du groupe, Christopher Walton était déjà instigateur sur le projet dark-ambiant Endura.
Cependant Tenhornedbeast est à mille lieux de cela. Mieux vaut-il se pencher sur un groupe tel que
Until Death Overtakes Me, bien que cela me semble à la réflexion peu approprié. Tour à tour ambiant-drone ou drone-doom ou les deux en même temps.
TenHornedBeast lance six titres crépusculaires et instrumentaux imposant une atmosphère suffocante. D’une structure en dent-de-scie alternant titres mi-long (entre cinq et huit minutes) et morceaux à la durée plus conséquente (un bon quart d’heure),
TenHornedBeast navigue consciencieusement au travers de titres minimalistes et à la fois d’une puissance atmosphérique sépulcrale. On a vite l’impression à l’écoute de ce disque de sombrer sous terre, au fin fond d’un enfer mythologique comme peut le faire suggérer la pochette. Sans aucune utilisation d’artifices indus ou électronique, le groupe assène une certaine crudité à ces compositions uniquement construites à base de saturations de guitares et autres bourdonnements nuisibles et crispants (outres quelques passages d’une batterie on ne peut plus minimale) semblants se répercuter en échos mortuaires à tel point que l’on a l’impression d’entendre la plainte du vent…
Magistralement malsain et poignant du début à la fin, «
Woe to you, Ô
Earth and Sea » ne fait pas l’écueil d’une répétition hasardeuse qui pourrait nuire au projet mais joue la carte d’une déconstruction en règle des bases de structure pour privilégier l’atmosphère qui découle de sons aussi simples que morbides. Et plus on écoute ce disque, plus on pénètre dans une ambiance sans lendemain qu’on ressent avec crainte et inquiétude. Sans utiliser le côté planant de
Funerary Dirge ou la mélodie de
Nadja,
TenHornedBeast conduit à une simplicité qui glace l’échine ne laissant aucune place à une quelconque expressivité ce qui explique sa froideur et sa rectitude sonore misérabiliste.
Nécessitant plusieurs écoutes pour se confronter à cet étalage personnel de nuisance minimaliste sous tendant une intensité spectrale et funeste, «
Woe to you, Ô
Earth and Sea » est aussi particulièrement difficile à dénicher (111 copies, bonne chance) que profondément jubilatoire à gamberger.
Plus que conseillé aux amateurs de drone-doom à la
Bunkur,
Until Death Overtakes Me ou
Torture Wheel (à moins qu’ils ne soient déjà en leurs possessions, arf),
TenHornedBeast se fait le chantre d’un drone-doom-ambaint surréaliste.
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