Lorsque l'on s'intéresse au metal, on est très vite amené à se pencher vers la scène allemande, qui est généralement la scène européenne que l'on peut le plus facilement opposer à l'omnipotence originelle de la scène anglo-saxonne, américaine et anglaise, lorsque l'on découvre le genre. D'une part parce qu'elle est très puissante bénéficiant d'une forte exposition avec un public énorme (suffit de voir le nombre de dates que font en Allemagne les tournées européennes) et des labels de premier ordre, et d'autre part parce qu'on retrouve des groupes du plus haut niveau dans à peu prés tous les styles avec une homogénéité absolue. Une connaissance m'avait dit un jour sur le ton de la plaisanterie et avec un certain esprit provocateur que les allemands ont des top groupes de metal par paquet de douze sans avoir jamais rien inventé en terme de style...
Sans vouloir forcer jusqu'à ce point, il faut avouer que hormis quelques exceptions où ils furent précurseurs (et notamment la scène power mélodique dans le sillage des
Blind Guardian,
Helloween ou
Gamma Ray), il faut bien avouer que nos amis d'
Outre-Rhin ont le chic pour sortir des groupes de premier ordre dans un style, quelques années après le groupe précurseur, et ce, avec une régularité métronomique (Donnez moi un
Metallica, un
Megadeth et je vous sors un Sodom et un
Destruction, donnez moi un
Ministry, plop, voilà
KMFDM, faites germer un
Skyclad et regardez apparaître Subway to Sally...)
En terme de black metal, le phénomène est par contre nettement moins marqué, avec malgré une kyrielle de groupes intéressants, une difficulté à s'imposer comme groupe référence au moins au niveau du grand public, et ce malgré la « percée » récente de groupes modernistes comme
Secrets of the Sun ou
Der Weg Einer Freiheit, dont certains esprits chagrins pourraient même dénier le droit à la classification comme black metal. Dans des registres plus « classiques » et sans préjuger par cela de leur valeur, les
Moonblood,
Lunar Aurora,
Helrunar,
Imperium Dekadenz,
Endstille,
Darkestrah,
Darkened Nocturn Slaughtercult,
Bethlehem,
Negator,
Katharsis ou
Anti pour ne citer qu'eux ne peuvent pas être considéré comme des top groupes de la scène, au moins comparés à leurs voisins scandinaves. Fait intéressant : le projet black metal allemand le plus connu et emblématique demeure le très controversé
Nargaroth, groupe qui fait tout sauf l'unanimité dans le milieu...
Les ci-nommés Ekstasis ne sont clairement pas encore à rentrer dans cette catégorie, puisqu'ils débutent tout juste et qu'il s'agit de leur premier album autoproduit, d'une durée proche de celle des productions d'antan (ou des EP, grogneraient certains) puisque durant une petite demi-heure pour cinq titres, rassemble sous l'énigmatique titre « Wirklichkeitsraster » que l'on peut grossièrement traduire par « la trame de la réalité » (à ne pas confondre avec « le tram de la réalité » qui est un album de
Helltrain) => je suis déjà sorti...
Musicalement, l'ensemble est comme on pouvait se l'imaginer au vu du nom et de l'artwork plutôt évolutif, on est tout sauf devant du black orthodoxe... mais on n'est pas non plus sur du black metal moderne du genre croisé avec du post-hardcore comme il y en a de plus en plus, on naviguera plus sur des rivages qui pourront rappeler les premières productions de
Dornenreich, ou encore leurs cousins de
Weird Fate, avec toute une composante plus dépressive que ces deux derniers.
Globalement, ça se présente quand même sous la forme d'un premier album autoproduit, la production aurait pu être lissée, on regrettera notamment une batterie artificielle sans ornements et des guitares qui auraient gagné à être plus punchy.
Malgré cela, plusieurs éléments viendront nous rasséréner, d'une part la composition des titres, ces cinq morceaux ont leur identité propre avec des esprits dominants assez marqués, c'est le cas par exemple de « Farbenblind » qui dispose d'une ligne acoustique qui fait énormément penser à
Lifelover, plus vrai que nature, le coté maladif présent y compris dans les paroles du groupe qui traitent majoritairement de pathologies psychiatriques avec néanmoins des attaques un peu plus acerbes que ce que faisaient le groupe du regretté B..., là où « Gedankenort » est plus lourd tout en restant assez lent avec une touche black doom-dark doom à la
Bethlehem ou
Forgotten Tomb, avec un effet « fête foraine » assez bien conçu sur la seconde partie.
Il n’empêche que sur ces cinq titres, on est trop rarement vraiment emporté par ce qui nous est offert, par ce qu'il faut dire, c'est que pratiquer un black un peu moderne, fouillé voir progressif, ce n'est plus ni rare ni forcément osé, et c'est probablement là que le bât blesse un peu, c'est qu' Ekstasis ne parvient pas à exhaler quelque chose d'autre que générique, et on a parfois un peu l'impression d'avoir une récitation de codes du style mainte fois entendus...
Aussi, il faut savoir prendre cet album pour ce qu'il est à savoir la première production d'un combo plutôt jeune et qui doit pouvoir s'améliorer. Il faut forcément que les idées maturent et que le groupe trouve sa marque de fabrique. Certains éléments montrent un potentiel qui peut se révéler, mais la réussite future demeure assez aléatoire, puisque dans le style, les groupes intéressants pullulent et il faut plus que cela pour se démarquer vraiment.
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