Depuis plus de deux décennies déjà, nombreux sont les collectifs metal italiens à chant féminin à avoir battu le pavé, avec plus ou moins de bonheur, sous l'égide de projets à l'inspiration féconde pour certains, témoignant d'une pointe d'originalité pour une poignée d'entre eux. C'est dans cette seconde catégorie que se classerait précisément une verte sarabande ritale, ayant opté pour un kaléidoscope de courants d'influence pour confectionner son empreinte stylistique et apposer son sceau. Dans ce dessein,
Evil Reality, jeune quintet milanais fondé en 2016, s'est nourri de diverses influences, pêchées çà et là dans l'industriel, le death, le gothique et le symphonique, pour concocter un metal alternatif peu couru, infiltrant, crocheté d'insoupçonnées expérimentations. Ainsi,
Sorrow (chant),
Envy (guitare et chant), Shame (basse),
Shy (claviers) et Aloof (batterie), dans les mois qui suivirent la création du combo, ont misé tous leurs espoirs dans cet introductif EP 5 titres, auto-production proprette, octroyant 22 petites minutes d'un message musical tantôt intrigant, frondeur, voire saillant, tantôt ténébreux et glaçant.
On découvre ainsi un album à la rythmique souvent mordante, où les styles investis s'entremêlent, avec une dominante gothique à orientation variable.
D'une part, l'offensif et lugubre «
Will to
Power » est un up tempo dark gothique à la sauce
Draconian, avec une touche de
Tristania eu égard aux harmoniques investies. Ce faisant, il nous assène des tirs en rafales de riffs bien trempés, parallèlement à des attaques en règle de screams relayées par de célestes envolées lyriques d'une jeune déesse encore chrysalide. Dans cette tourmente quasi apocalyptique, forte en contrastes oratoires, le sang du pavillon alors endolori se glace, celui-ci ne résistant que malaisément aux incessantes, crispantes et ondulatoires rampes synthétiques, conférant à l'ensemble un climat de torpeur difficile à endiguer.
D'autre part, la patte death se cristallise sur certains passages, leur conférant une ambiance éminemment trouble, mortifère, voire létale. Dans ce sillage, le gorgonesque « Excluded » nous plonge dans un bain acide où abondent d'étranges et baveuses créatures. De façon inattendue, ce titre death gothique aux accents indus inondé de tourbe sur les couplets, laisse entrevoir un fugace et délectable refrain, enjolivé par les patines veloutées de la jeune interprète. Soudain, un tapping martelant vient relever d'un cran la dynamique d'un brûlot pourtant promis à de crépusculaires espaces d'expression. Tumultueux, tortueux et engloutissant, « Losers'
Kingdom », pour sa part, est une piste doom/death gothique aux relents industriels, non sans rappeler
One Without, s'employant à nous heurter sans ménagement tout en nous intimant de suivre la troupe dans ses délires. La folle embardée, dictée par un riffing échevelé adossé à une rythmique enfiévrée, ne s'interrompt qu'en de rares instants. Mais l'oasis se noiera bien vite sous les assauts répétés des vents meurtriers du brûlant désert. Les amateurs de cette coalition de styles y trouveront assurément leur compte...
Par ailleurs, nos compères ont opté pour une conjugaison de styles que tout oppose, mais qui, cette fois, se complètent harmonieusement. Dans ce sillage, des riffs épais accolés à de saisissants gimmicks à la lead guitare inondent le sanguin « Frail », titre metal symphonique gothique à la pointe death. A mi-chemin entre
Amberian Dawn et
Draconian, on frissonne sous le joug d'un duo mixte bien habité. Sous de faux-airs d'
Heidi Parviainen (
Dark Sarah), les limpides volutes de la sirène tiennent la dragée haute à son comparse de screamer, dont la présence sur cet effort ne s'avérait pas des plus indispensables, notamment sur un couplet au demeurant engageant. On appréciera ainsi davantage la soyeuse lumière mélodique dispensée sur un refrain immersif entonné en voix de poitrine, avec aplomb et justesse, par la soprano.
Lorsque le combo transalpin se frotte aux moments intimistes, il semble particulièrement à son aise, parvenant assez prestement au déclenchement inconditionnel de nos émotions. Ainsi, une féerique ronde de saveurs vient nous lécher le tympan à l'instar de «
Bittersweet Lullaby », tendre et légère ballade pop-metal à la fine mélodicité que pourraient bien lui envier
Epica ou
Within Temptation, parmi d'autres illustres maîtres inspirateurs. Dans cet espace feutré aux arrangements discrets mais efficients, la petite sirène, au regard de ses délicates et graciles notes envoyées en voix de tête, déploie des trésors d'ingéniosité pour nous rallier à sa cause. On comprend que les moments tamisés constituent pour nos acolytes une arme de séduction massive, propice à l'aliénation inconditionnelle de nos âmes. Chapeau bas.
A l'issue de notre tour du propriétaire, force est de constater que l'effort d'unification des tendances s'avère plutôt concluant, le groupe ayant su faire cohabiter, à sa manière, des styles que tout pouvait opposer. Cependant, et c'est là que le bât blesse, les placements de nos vocalistes ne sont pas exempts d'irrégularités et les screams pas toujours à propos, même si leur fusion en soi n'est pas à remettre en cause. De plus, un poil de diversité supplémentaire eu égard aux exercices de style n'aurait pas nui à un ensemble encore pris dans son jus. Un format plus conséquent aurait sans doute permis de cerner plus précisément un potentiel qui ici s'esquisse par touches et qui ne saurait être sujet à caution, mais qui, en l'état, demeure en proie à l'inachèvement. Bref, arguons que nos cinq acolytes ne sont qu'à leurs balbutiements ; ils ont donc bien le temps de nous démontrer toute l'étendue de leur talent et surtout d'affiner le trait. Suite au prochain épisode...
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