Tardigrada est une nouvelle formation suisse allemande de black metal atmosphérique. Fondé en 2010 en tant que one man band par
Kryptos, il s'est vite reconverti en groupe à part entière avec l'arrivée de H.A.T.T. à la batterie et de Threnos à la seconde guitare. A première vue,
Tardigrada se distingue de la masse en choisissant comme thème la défense du suisse-allemand et des autres langues locales que la mondialisation met en danger plutôt que
Satan et les sacrifices humains. Soit, un choix hasardeux, mais qui a le mérite d'intriguer. Dans cette optique, les paroles de deux des trois vrais titres de cette démo ont été rédigés en schwyzerdütsch. Rassurez-vous, cris déchirés et production adéquate obligent, on ne discerne heureusement pas cet idiome barbare.
La production, venons-en, car Dieu sait (ou
Satan sait) si c'est un paramètre important dans l'élaboration d'une atmosphère, il suffit de voir à quel point le troisième opus de
Darkspace fait jaser dans le milieu. Ici, assez classique, plus propre qu'un Paysage d'Hiver et plus confuse qu'un
Forest Silence, la production met surtout en avant les nappes de guitares embrumées, et ça tombe bien parce que c'est justement ces dernières qui esquissent les mélodies pleines de mélancolie. La voix a son petit effet, émulant un spectre de glâce perdu dans le blizzard, et sa légère mise en retrait lui évite le ridicule tout en donnant de la crédibilité au désespoir qu'elle évoque.
Des références? Immédiatement le nom de Paysage d'Hiver vient à l'esprit, et pas seulement à cause des occasionnelles apparitions d'un violon pour mystifier les riffs. Des différences entre
Tardigrada et le leader de la scène black ambient, il y en a.
Tardigrada privilégie des structures de morceaux plus conventionnelles, n'osant peut-être pas encore développer une ambiance sur dix-sept minutes de blast-beats nuageux comme le fait Wintherr, et c'est pourquoi on aura tendance à classer cet album plutôt dans le genre depressive/suicidal que dans le black ambient, même s'il reste convaincant dans les atmosphères qu'il évoque. A mi-chemin entre Paysage d'Hiver et les grands noms de la scène suicidal comme
Nyktalgia, Make A Change ...
Kill Yourself (avec qui ils vont jouer en fin d'année à Zurich), voire même les Islandais de
Dysthymia,
Monarque ou
Weird Fate en moins violent.
Originalité, pas tant. Ca sonne comme un pot-pourri de ce qui se fait de bien dans la scène atmospherico-depressivo-ambient, aéré de quelques interludes acoustiques de fort bon goût. Mais faute d'innover, place à l'efficacité, et les gaillards ont saisi la recette, et la servent avec maîtrise sur trois titres solides d'une intro un peu dispensable. Alors que le prochain opus de Paysage d'Hiver se fait attendre, il semblerait que la Suisse se soit enfin doté de son petit combo suicidal pour égayer nos soirées d'hiver.
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