Graphic Nature a vu le jour dans le comté de Kent en Angleterre. Le groupe doit son nom à une chanson de
Deftones du même nom qui est issue de leur septième album Koi No Yokan. Au-delà d’une grande admiration pour la formation de shoegaze, le quintet doit surtout sa principale influence au nu metal, un style avec lequel ses membres ont grandi. Ce penchant, le collectif le met rapidement en place avec leur première démo « Grit ». Avec une production peu soignée, un son glauque, un riffing assez élémentaire et une hargne vocale palpable, nos Anglais ont exposé un formidable hommage à leurs idoles. La rusticité de la mélodie, le rythme plutôt languissant et le chant hurlé de la composition ont également laissé transparaître un souffle punk et hardcore pour constituer un neo metalcore déconcertant.
Depuis, le combo anglais poursuit son introspection du neo metal et du metalcore. Lors de la pandémie mondiale, le vocaliste Harvey Freeman s’est largement inspiré de cette période dans son ébauche lyrique, sur ses propres expériences, sur son isolement et des impacts sur sa santé mentale. Peu de temps après, le combo sera repéré par la maison de disques italienne
Rude Records, une signature qui leur permettra une réédition de tous leurs singles.
Il aura fallu par la suite s’armer d’un peu de patience pour revoir nos artistes, d’abord par le biais d’un EP New
Skin en 2022 puis, l’année suivante, par leur premier album
A Mind Waiting to Die. La formation fera forte impression avec un disque explosif, un sens de l’agression parachevé par un esprit contemporain et des combinaisons de drum and bass/breakcore.
Who Are You When No One Is Watching?, second opus des Anglais, doit désormais confirmer cette belle endurance.
Cette véhémence, Graphic Nature va en un tour de main l’interpréter au moyen de composantes bien huilées. Bien entendu, l’atmosphère glaçante et l’hostilité au sein des mélodies sont toujours manifestes mais le groupe parvient à les amplifier grâce à quelques suggestions industrielles retentissantes. L’impact est notable dès le second morceau Locked In où les éléments électroniques ainsi que les percussions engendrent davantage d’intensité et d’animosité. Les riffs sont grinçants et leur massiveté atteindront leur paroxysme lors d’un breakdown oppressant. Le quintet anglais n’en oublie pas son fil conducteur à travers des platines qui symbolisent pleinement le hip-hop et le nu metal de
Limp Bizkit ou de Slipknot.
Tout comme son prédécesseur, ce second méfait s’autorise quelques interludes électroniques et rythmes syncopés empruntés directement à la drum and bass. C’est le cas notamment d’un session24. que l’on pourrait aisément comparer à un Session de
Linkin Park des temps modernes. Si leurs noms sont très similaires, leurs caractéristiques le sont tout autant à l’égard d’un instrumental qui se module, se simplifie, s’enrichit, s’élève, s’étouffe, se déforme et s’inverse tout en préservant les mêmes contretemps. Le style s’exprime également par petits éclats dans plusieurs compositions, voire par des extraits plus conséquents comme sur l’étonnant breakdown de Fractured qui livre un des moments forts de l’album par son originalité et son imprévisibilité.
Le tableau, malgré une durée plutôt conséquente, parvient à être plus digeste grâce à des instants électroniques plus atmosphériques. Ces secondes de tranquillité sont surtout d’actualité sur les derniers morceaux et When
No One Is Watching est sans nul doute la meilleure illustration de ces points d’accalmie. En milieu de titre, on retrouve de la drum and bass cette fois-ci éthéré, presque céleste et accompagné d’une voix chuchotée, qui inspire une forme de confiance, de sûreté.
Cette compassion et cette sensibilité sont aussi perceptibles sur le final For You cette fois-ci dans un cadre acoustique que l’on pourrait assimiler à
Kill You de
Korn. Si un défaut pourrait être retenu contre le groupe anglais et plus précisément contre son vocaliste, celui-ci proviendrait sans grandes hésitations d’un chant clair et émotionnel peu en vue, un attrait mélodique pourtant au cœur du neo metal et du metalcore moderne. On espère donc revoir notre formation dans cette optique de douleur et de déséquilibre mental.
Who Are You When No One Is Watching? renforce un peu plus le statut d’outsider de Graphic Nature via ses influences électroniques audacieuses ainsi que par ses redoutables textures industrielles. Le quintet anglais continue de creuser son sillon dans le paysage du neo metalcore par une identité sonore affirmée qui oscille entre agressivité brute et nuances vaporeuses. Bien que l’on désire à l’avenir un usage plus prononcé du chant clair, le collectif démontre une capacité rare à marier la brutalité et l’introspection avec une profondeur émotionnelle palpable. L’avenir de notre petite troupe s’annonce captivant, entre chaos sonore et explorations cathartiques.
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