Commençons par les faits. La scène metal symphonique est mal en point ; des dizaines de nouveaux groupes tentent leur chance chaque année, mais la plupart ne réussissent qu'à recopier les recettes de leurs brillants ainés. Les aînés, eux, ont posé les bases du metal symphonique dans sa version la moins extrême il y a plus de dix ans, et sont toujours dans la course.
Nightwish,
Within Temptation,
Epica : tous ont réussi leur dernier album en date. Mais les groupes de seconde zone peinent énormément à se faire remarquer, beaucoup succombant aux sirènes de la composition facile inspirée par ceux qui ont réussi. Dans toute cette pagaille, comment faisons-nous pour nous y retrouver ?
Seventh Sin se situe clairement au milieu de cette masse de groupes jouant exactement le même style, découlant principalement d'
Epica.
Seventh Sin joue effectivement sur l'alternance chant growlé / chant clair (rarement lyrique cependant), tout en proposant un metal symphonique épique. Ce
When Reality Ends montre donc des inspirations assumées et facilement identifiables. Cet album n'a ainsi quasiment rien d'original, mais ce sont toujours des petits détails, quelques trouvailles, qui rehaussent la qualité, et font passer un plutôt bon moment. C'est un disque à écouter sans se prendre la tête sous peine d'être rapidement déçu.
La pochette est agréable à l'œil, même si encore une fois il y a rien de franchement éblouissant. Elle est à l'image du disque, réalisée avec sérieux, mais manquant d'âme et de personnalité. L'opus s'ouvre avec un
Hysteria assez pale, dévoilant d'un coup toutes les faiblesses de l'album par une composition très convenue, sans aucune folie à part sa sympathique introduction. Le refrain est agréable, mais l'instrumentation derrière est particulièrement fade. Quant aux orchestrations qui valent au groupe l'appellation d'origine contrôlée "metal symphonique", elles proviennent d'un clavier peu créatif. L'utilisation d'un clavier en guise d'orchestre est acceptable quand on connait le prix d'un orchestre, mais le jeu pourrait être beaucoup plus riche et varié qu'ici.
Le problème de cet album, c'est qu'un paquet de morceaux sont dans le même cas, exécutés proprement, mais sans âme. C'est agréable à la première écoute, mais on s'ennuie ferme dès les tentatives suivantes. La faute à un manque flagrant d'originalité voire de puissance, qui ne sont pas non plus aidés par une production assez faible. Si celle-ci restitue un son correct pour le chant et le piano (claviers), guitares et batterie manquent singulièrement de peps, et la basse se fait quasiment inaudible. Tout ceci viendra mettre à mal de timides tentatives de se démarquer ou tout au moins produire des morceaux plaisants sur plusieurs écoutes.
Parmi les titres les plus remarquables on retiendra un sympathique The Choice, plutôt anecdotique dans son instrumentation, mais véritablement emmené par de très bonnes lignes de chant, où la vocaliste dévoile tout son potentiel.
Silent Tears est exactement dans le même cas, avec une composition assez bateau (hormis les très belles mélodies au piano) mais un très bon chant.
Like a Blazing
Flame se fait lui plus épique, presque guerrier avec ce rythme rapide soutenu par un clavier donnant toute sa profondeur à la musique. Les lignes de chant sont plus directes et l'effet est immédiat : ça passe tout seul et on en redemande. Bitter
Taste of
Victory aide de même à relever le niveau, avec un heavy symphonique racé et entraînant, malgré une introduction perturbante. Le refrain est très bon, et encore une fois brille grâce à une bonne collaboration entre chant et clavier.
En parlant du clavier, on sait que celui-ci peut jouer aussi bien des orchestrations symphoniques bien pompeuses que du clavier tout simple, ce qui donne des sonorités un peu électro. Et bien sur ce disque, c'est majoritairement lorsque le clavier joue réellement un son de clavier que les compositions sont les plus réussies, et le tout penche dangereusement vers le conformisme quand le claviériste se réfugie derrière son orchestre de synthèse.
Parlons aussi du chant growlé, pendant qu'on y est.
Seventh Sin sur ce plan-là reprend donc une idée d'
Epica à la base, et qui a ensuite été réutilisée parfois de très belle manière (Diabulus in Musica, le premier) ; pourquoi pas eux ? se dit-on alors.
Pas eux, parce que côté composition ça ne colle simplement pas. Lorsque Mark Janssen pousse ses hurlements bestiaux, les instruments suivent pour proposer quelque chose de beaucoup plus puissant et percutant, et le tout passe très bien. Ici ce n'est pas le cas, et les grognements font tout simplement tâche.
Et on en arrive donc aux morceaux vraiment moins bons, qui remplissent le reste du disque. Le fond du fond est sûrement atteint par Just an Ordinary Day, ballade minimaliste aux paroles ridicules, à peine sauvée par une vocaliste correcte. On pourrait croire à un bon morceau en écoutant l'intro entraînante de The Screams, mais la coupure subite durant le premier couplet donne juste un sentiment de pitié. Effectivement, c'est pitoyable, surtout quand on écoute la suite : mais quelle idée saugrenue de superposer un chant lyrique et du growl ?! Bref, je vais pas faire le descriptif de chaque mauvais morceau, je pense qu'avec ce paragraphe vous saurez à quoi vous en tenir.
Le bilan est donc pas terrible. L'album a de gros points faibles, notamment une production inadaptée, mais surtout des compositions qui manquent cruellement de prise de risque. Ce
When Reality Ends est néanmoins sauvé par certains morceaux efficaces et entraînants, ainsi que par une chanteuse se débrouillant assez bien, tant en technique qu'en feeling. De gros progrès seront donc à réaliser pour de futurs albums, et
Seventh Sin laisse apercevoir un petit potentiel au milieu de toutes les erreurs de jeunesse.
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