Vous pensiez découvrir un nouveau venu sur la scène
Hard rock… eh bien j’attends vos foudres, mais, à ma décharge, il n’y a aucun intitulé « Fuzz Rock » dans la fiche de présentation des groupes. J’ai donc rangé Bite The
Bullet dans la catégorie
Hard Rock… certains crieront au scandale d’autres au sacrilège car la musique pratiquée par Bite The
Bullet n’a rien, mais alors rien en commun avec ce style. Ce Bite The
Bullet ne marque pas non plus la reformation du trio de
Hard Fm qui sévissait sous le même nom dans les 80’S et qui était d’ailleurs issu de la même localité…
Target n’a donc pas fini de nous étonner avec ses nouvelles recrues… après le revival du Heavy typé 80’s, celui du
Doom influencé par les 70’S et bien voici, toujours plus original, celui du rock psychédélique des années 70. La plupart d’entre vous n’était pas nés, ni même en projet pourtant de nombreuses formations connaissent un succès grandissant auprès des générations actuelles en ré-exploitant le filon de la nostalgie. Dans un contexte actuel assez morose, et comme « c’était mieux avant », il est toujours bon de dérider les foules en leur balançant des mélodies légendaires qui sont venues enchanter ces époques d’insouciance et de bonheur. Malheureusement, ce n’est pas en nous projetant quarante ans en arrière qu’on ira de l’avant… Et alors que les boites Françaises ressortent leurs vieilles gloires au cours d’exhibitions interminables et rébarbatives, gloires vivant avec cette étrange sensation que les places du tour bus se vident de jour en jour au profit des celles vacantes des cimetières, les danois, eux, font peut être du vieux, mais avec du sang neuf, en proposant de véritables compositions.
Les musiciens de Bite The
Bullet, à en juger par leur look, semblent plus que de simples nostalgiques de cette époque. Leur engouement est tel qu’on pourrait se demander nos hommes ne se seraient pas échappés de cette époque mythique.
Formé en
2012, le premier album du power trio avait fait sensation, et leur avait permis de se produire pour quelques dates en Allemagne et en Autriche, pays toujours friands de nouvelles sensations.
D'un point de vue musical, vous deviez vous en douter, le combo est autant influencé par la scène rock psychédélique des 70’s, que par la scène pop rock du début des 80’S. mais, ce que le groupe dit affectionner tout particulièrement, c'est la scène la scène Blues, pierre angulaire de ce second album «
Wheels », revendiquant des influences allant de Hawlin’
Wolf, légende black des 60’s, jusqu’au très actuel et décalé Dan Auerbach. Il en résulte un album fidèle à la tradition, exposant des sentiments emprunts de désespoir et les mêlant à une musique vivante et rythmée.
Paw Ericksen voulait des compositions aguicheuses, suffisamment groovy pour hypnotiser les foules féminines (dont il n’a pas précisé l’âge…) et capable d’éviter une lassitude pour l’auditeur. Les bases étaient posées, il fallait maintenant faire aboutir ce projet … et ce fut de manière très rapide. Par un incroyable tour de force, «
Wheels » a été écrit, enregistré et mixé en à peine 12 jours… Véritable talent ou vaste fumisterie ? Musiciens prétentieux, ou réellement doués ? La créativité sera-t-elle au rendez-vous ?
Après avoir retiré le skeud de son magnifique écrin, c’est dans la joie et dans la bonne humeur que nous découvrons«
Desire » qui s’avère finalement assez barbant. Le titre jouit pourtant d’un son exemplaire, d’un talent de composition indéniable, mais peut être trop mid-tempo et trop éloigné des bases rugueuses du blues rock, nos petites oreilles étant habituées à des sons plus crus et modernes… Peut être nous faudra-t-il plusieurs écoutes pour osez pénétrer dans ce monde très particulier ? Les compositions «
Road to
Redemption », « Something New » (à la limite du plagiat), «
Evil Is Here » et le très largement dispensable « You
Will Be Mine », possèdent, eux aussi, cette qualité et cette marque de fabrique, mais se montrent bien tristounettes en termes de créativité…
Nous serions presque la limite de la monotonie si d'autres titres ne tireraient pas leur épingle du jeu grâce au dynamisme de leur interprétation. Créatifs et justes, bien que très largement inspiré par ses aînés, le sympathique « Uniform » et l’exaltant et meilleur titre de l’album à mon sens « What I’m Doing Here » prouvant qu’il existe encore des utilisateurs de la fameuse Talk Box en ce bas monde, viennent illuminer ce skeud d'une aura et d'une fougue semblable à celle que l'on trouvait il y a près de quarante ans.
Bien que le groupe revendique des influences bluesy, le rock n’est pas en reste. L’introduction de « Go For A Ride » ne vous rappelle-t-elle pas certains plans qu’utilisaient les Doors ? Sur d’autres, on fera immédiatement le rapprochement avec Derek
And The Dominoes, en moins rock mais avec des mélodies similaires au testament instrumental laissé par le génial Clapton. « To The Seaside » poussera même le vice de ressusciter des plans pop typiques de la période 70’S/80’S. Bien qu’Hendrix semble aussi avoir laissé une marque indélébile dans le processus de composition de ce «
Wheels », on ne trouvera que très peu de solos. Nos musiciens, multi instrumentistes et accomplis, ne semblent pas avoir besoin d’étaler leur talent de manière démonstrative.
De toute façon, les ingrédients sont réunis, de manière parfaitement équilibrée, pour vous projeter dans cette époque comme si vous étiez. Maintenant à vous de voir si vous acceptez de porter les platform boots et les chemises à jabot…
La maîtrise musicale de ce trio atypique, n'est pas critiquable, certains prendront même une claque par le réalisme exemplaire des compositions. Le jeu de basse en laissera probablement plus d’un songeur, tout comme cette magnifique voix qui semble être un compromis entre Matt Bellamy et Justin Hawkins quand ce dernier ne monte pas dans les sur-aigus.
Une dernière petite anecdote ? Les bruits courent que notre Lemmy international en aurait déjà piqué un exemplaire… Mais Lemmy reste Lemmy et vous ne bénéficierez pas des même passes droits dans votre boucherie préférée. Une écoute attentive avant l’achat paraît indispensable car nous sommes loin des rivages agressifs hard Rock. Il faut donc être sûr de pouvoir accéder à cet univers psychédélique particulier sinon vous risquez de vous ennuyer ferme !!!
Suranné mais frais, spontané mais néanmoins très mature, accessible musicalement mais faisant preuve d‘une maîtrise hors paire, paroles désespérées sur une musique dynamique et sympathique… un album unique et pleins de contradictions réservé tout de même à un auditeur averti.
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