C'est en République Tchèque que le metal symphonique s'impose cette fois, à l'instar de cette jeune formation initialisée par la soprano et parolière Alicia Lewis et le compositeur
Samael Jones. Ainsi, le duo nous offre ici son premier EP auto-produit à l'heure où, depuis quelques temps déjà,
Xandria,
Epica,
Sirenia et autres
Amberian Dawn ou
Within Temptation déroulent leurs arpèges, font hurler leurs guitares, vrombir leurs basses et secouer leurs doubles-caisses sur la scène metal symphonique internationale. Loin de se décourager, le combo entre dans l'arène avec pour seules armes ses sept titres étalés sur plus d'une demi-heure d'un metal symphonique teinté d'une touche folk, à cheval entre
Lyriel et Clannad.
Nous découvrons alors un album riche en harmonies, techniquement au point, sur le plan instrumental comme sur le plan vocal. Quelques approximations concernant le mixage apparaissent toutefois, les parties vocales prenant parfois le pas sur l'orchestration. Mais, la qualité de l'enregistrement tout comme celle des enchaînements permettent de relativiser cette carence. Les arrangements apparaissent également d'assez bonne facture et renseignent sur la densité du travail accompli en studio. Du coup, on suit le fil de cet opus sans encombres.
Le combo a opté pour un jeu de contrastes à plusieurs facettes sur son EP, que ce soit par les ambiances, les rythmiques, les durées, les types de morceaux ou encore les textes. L'inspiration aidant, les paroles ont été peaufinées et les compositions recherchées et minutieusement sculptées, même si l'ensemble ne se démarque pas de la concurrence par une réelle touche d'originalité. Mais, les armes de séduction qu'il déploie ne manquent pas à l'appel.
C'est au cœur de l'opus que nous parviennent les plus marquantes ondulations sireniennes. Ainsi, sur la fresque «
Litany Lost to the Sea », à la manière de Loreena Mc Kennit, la belle semble émerger du fond des océans, laissant transparaître un filet de voix confondant empreint de lumineuses et profondes impulsions pour nous attirer vers elle. Les arrangements ne sont pas en reste, nous permettant de la suivre pas à pas. Aussi, des notes violoneuses appellent de leurs vœux une guitare fluide, quelques larmes d'un émouvant piano et une rythmique aérienne, cette dernière se plaisant à varier ses tempos. Cet entraînant morceau offre aussi de subtiles modulations de tonalité et un environnement instrumental enveloppant, sans oublier un impressionnant corps vocal se diluant de bout en bout de la toile. On remarque aussi deux breaks, l'un repris par quelques belles impulsions vocales atmosphériques, le second, accroché par des inflexions plus puissantes. Bref, pendant huit minutes, on est, comme en apesanteur, suspendu aux angéliques séries de notes distillées.
Le combo a, par ailleurs, veillé à nous octroyer des titres taillés pour les charts, mais dans des ambiances différentes. Ainsi, quelques arpèges au piano et des nappes synthétiques nous accueillent sur « Petrichor », titre typiquement metal symphonique, en mid-tempo, avec des riffs crochus. Une lead guitare nous conduit sereinement vers des couplets nuancés dans ses tonalités et surtout à de lumineux refrains, addictifs à souhait. On ressent l'empreinte de
Lyriel sur le plan harmonique, avec une touche de Blackmore's
Night, sur le jeu de guitare. De son côté, la limpidité du timbre de la déesse se situe à la croisée des chemins entre Loreena et Isgaard. Un break au piano se fait happer par une reprise vocale sulfureuse suivi d'un joli solo de guitare. La rythmique se fait de plus en plus émoustillante et les dernières envolées de l'interprète sont aptes à véritablement toucher la fibre émotionnelle de l'auditeur.
Par contraste, le bien-nommé « Interlude II » nous offre quelques accords au synthé, laisse glisser quelques cordes d'une guitare acoustique en slide et perler quelques gammes au piano, avant de s'interrompre prématurément. Et ce, comme pour mieux nous préparer à la magie de l'instant qui va suivre.
C'est par une ballade immersive dans une ambiance folk que la traversée se poursuit. L'outro « The Mermaid Pool » caresse nos pavillons du joli son d'une guitare acoustique, de celui d'une sensible flûte, suivis de stimulantes notes à la mandoline synthétique. On se situerait alors entre l'univers roots d'
Elane et l'empreinte folk de Clannad. Les couplets se font évanescents et les refrains quasiment hypnotiques, la voix angélique de la sirène, mêlée d'un brin de puissance, n'étant pas étrangère à cet état de fait. Quelques choeurs s'infiltrent dans cette ligne vocale éminemment mélodieuse, contribuant à témoigner d'une belle profondeur de champ acoustique. Le tout évolue sur une rythmique d'une souplesse féline et progressive, avant que le morceau ne s'achève en douceur, par une guitare/voix romantique. Les finitions sont donc au rendez-vous sur cet opus. Ainsi, c'est d'une autre manière que le combo a su capturer nos âmes.
Mais, le groupe a encore des arguments pour nous rallier à sa cause. Pour cela, il a su densifier sa rythmique, acérer ses riffs, sans y perdre en mélodicité. Ainsi, la roborative entame «
Epitaph » se veut invitante, dynamique mais sans débordements agressifs, avec ses riffs arrondis et une belle lumière harmonique. Sous couvert d'une atmosphère éthérée et suave, les couplets aériens alternent avec des refrains mélodieux, agréablement servis par les sensuelles et cristallines ondulations de la diva, auxquelles se superposent en douceur des choeurs chatoyants. Le mixage a d'ailleurs contribué à les mettre en exergue. Par ailleurs, un break opportun laisse s'échapper une reprise vocale finement sculptée. Enfin, un solo de guitare vient parachever ce tableau haut en couleurs. C'est dans cette veine que s'infiltre son voisin «
Hurricane & Harbour ». On oscillerait entre l'univers instrumental de
Lyriel et quelques vocalises dans la lignée d'
Arven. Ici, l'éveil du serpent synthétique nous conduit à une dense rythmique qu'étreignent des riffs griffus. Les distillations vocales nous transportent au firmament, avec un intéressant effet d'écho et l'appui de choeurs. Ainsi, la richesse des harmonies a pour corollaire de truculents refrains, rendant dès lors l'atmosphère envoûtante. Ce sont quelques perles de pluie au piano qui ferment sereinement la marche, celui-ci poursuivant son chemin sur « Interlude I ». Ce bref instant instrumental, où se font jour également quelques énigmatiques sonorités synthétiques, assure la liaison avec la fresque sus-citée.
On ressort de l'écoute de cet album enchanté à la fois par le propos musical et le bouquet vocal à l'oeuvre. Rien ne semble pouvoir perturber le plaisir éprouvé par ces somptueux instants d'un metal symphonique éminemment mélodique, à la touche gothique et folk. On aurait aimé prolonger la durée d'écoute par l'octroi d'autres titres encore. On aurait aussi souhaité des interludes moins menus et une touche d'originalité supplémentaire. Quelques petits défauts de production se perçoivent par moments mais n'altèrent que peu cette demi-heure de pure jouissance auditive.
On conseillera cette œuvre aux amateurs de metal symphonique mélodique à tendance folk ou gothique à chant féminin. L'accessibilité des titres aidant, un auditorat élargi devrait également être touché par la sincérité de ce message musical. Efficace, mélodieux, techniquement au point, relativement bien produit, ce propos devrait, en effet, répondre à de nombreuses attentes.
Sans avoir encore suffisamment d'arguments à son actif pour faire trembler ses pairs, le groupe devrait évoluer parallèlement et rapidement pour s'imposer à son tour. Il caresse le projet de poursuivre l'aventure, avec probablement un album full length en ligne de mire. Nul doute qu'il viendra alors taquiner ses plus illustres concurrents sur leurs terres. Du moins, on ne peut que le leur souhaiter...
Même si je suis toujours à la traine avec le Metal Symphonique, j'aime découvrir les groupes chroniqué en ses pages.
Merci pour le papier ericb4!
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