Il faut croire qu'
Appearance Of Nothing cherche le bâton pour se faire battre : dans le métier depuis le début des années 90, les musiciens auront attendu 2008 pour enfin sortir leur premier album … Certains diront qu'ils sont lents, d'autres qu'ils sont suisses : dans les 2 cas, la vérité n'est pas loin... Les membres sont certainement conscients de tout ce temps perdu car «
Wasted Time » est le nom de baptême que porte cette offrande. Alors, tout vient à point à qui sait attendre ?
La scène suisse est bien plus variée que son plateau de fromage : loin du thrash distillé par
Coroner, du métal plutôt classique de Charring
Cross ou encore du hard FM de
Gotthard, AON œuvre dans le progressif, suivant de loin les traditionnels
Dream Theater,
Vanden Plas ou autre
Darkwater mais tout en conservant une certaine personnalité, basée sur quelques variations plutôt intéressantes.
Bien évidement, comme il est de coutume dans ce milieu, les compositions sortent du cadre traditionnel couplet/refrain et proposent des architectures complexes s'appuyant sur de nombreux breaks. Pourtant, un seul long titre (« The science of light »), constitué de 3 parties, dure au delà des 14 minutes. Les autres possèdent des durées plus classiques s’étendant de 2 à 7 minutes. L’avantage, c’est que l’écoute en est facilitée et un auditeur peu expérimenté dans le monde du progressive sera moins perdu : pas d'envolée « bizarroïdes » qui partent on ne sait où sans trop savoir pourquoi ni comment… Un manque certain pour une population, mais beaucoup moins de parties ennuyeuses pour d'autres.
Si les musiciens sont franchement expérimentés, il ne faut pas s'attendre non plus à des démonstrations made in Joe Petrucci. AON pratique plus le progressif « pour les nuls », pour reprendre l'appellation de la collection de bouquins bien connue. Les aficionados de morceaux ultra complexes et supra techniques s'ennuieront très certainement à l'écoute de «
Waysted time », hormis sur « The science of light ». Par contre ceux qui aiment bien les changements incessants et les relents classiques du progressif (piano/claviers accompagnés de grosses rythmiques saccadées) mais qui s'ennuient durant les envolées musicales sans fin, seront comblés (même sur « The science of light », qui, malgré tout, reste très accessible).
De plus, AON, se distingue par ses influences annexes au style pratiqué : le refrain de « Man in the mirror » semble tout droit sorti d'un album de
Lillian Axe ; certains passages rappellent plus que fortement des classiques de
Savatage, époque «
Streets » où John
Oliva prêtait sa voix au combo (« The gambler », «
Waysted time », « The last song »). Mais la chose la plus remarquable reste les parties vocales : Omar Cuna (bassiste) et Patrick Gerber (guitariste) se partage le micro, un ayant une voix claire et calme, l'autre plus soutenue, granuleuse, un peu dans le style d'
Oliva justement. Ce mélange « ange et démon » très mélodieux agrémentant des parties musicales soutenues pour la plupart, donnent un résultat très intéressant, un poil original qui vaut vraiment l'écoute.
«
Waysted time » permet donc d'affirmer qu'
Appearance Of Nothing est un groupe très prometteur au potentiel garanti. Les plus acharnés s'ennuieront sans doute un peu, mais les autres risquent de découvrir une autre facette du style grâce au talent des 2 chanteurs qui arrive à apporter un petit quec'chose de nouveau. A découvrir au plus vite !
pas du tout homogéne
mais avec parfois, du sublime
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire