La seconde guerre mondiale, ça reste le gros sujet incontournable, qui vient débouler presque dans n’importe quelle conversation. C’est l’événement historique le plus marquant, le plus connu et le plus polluant que l’on ait eu à trouver à ce jour. Le point Godwin guette et menace dans tous nos propos. Et je voudrais dire qu’il y a des moments, où ça devient franchement rasoir. J’ai esquissé une grimace quand je vis que cette fameuse période a fait l’objet d’un double album concept de la part de la petite formation bourguignonne «
Darknation ». Leur premier album «
Merci pour le Mal » revisitait déjà, pêle-mêle, un bon nombre d’épisodes historiques. Leur second opus «
WWII » a, contrairement au précédent, eu le mérite d’apporter plus de cohérence par rapport aux dates historiques. Cela dit, aborder la seconde guerre mondiale sur une version audio metal, sur plus d’une heure et demie, s’annonce être un périple extrêmement risqué. La découverte de l’ouvrage va, comme pressenti, être aussi captivante que de feuilleter un livre d’Histoire de 3ème année de collège.
Comme on s’en serait douté, le groupe reprend chronologiquement les étapes importantes de la seconde guerre mondiale. De l’aveu de la formation, chaque intervention est censée représenter un acteur déterminant pour chaque événement cité. Chacun a, pour ainsi dire, une sorte de rôle à jouer. Cette excellente idée sera malheureusement mal exploitée et devra plier face aux carences nuisibles de certains de nos amis. Le froid et sinistre « The March » laissait présager pourtant du bénéfique. Nous avons là une introduction frémissante, annonciatrice de l’apocalypse à venir. La guitare vient renforcer une tonalité martiale qui nous met bien dans le bain d’une guerre à venir. On s’attend dès lors à du sérieux, à du concret. Rien ne va vraiment se passer comme il faut. Le premier véritable titre de l’album, «
Blitzkrieg » choque quasi immédiatement l’auditeur. Le riffing thrashisant, syncopé, aurait pu être plaisant s’il n’était pas aussi bourratif. La rythmique, c’est le hic numéro un de l’album et d’une grande partie de ses morceaux. On en a une très fade expérience sur le titre « Vel D’Hiv », sujet à une distorsion indigeste.
Sur «
Blitzkrieg » et « Talvisota », quelques bonnes sorties glissées mélodiques rehaussent la valeur du produit. Mais c’est encore bien insuffisant pour dissoudre le son indélicat de la batterie et la linéarité globale, que l’on retient aussi pour de titres comme « Battle of Britain Day », le lourd et monotone « Pearl Harbour » ou même encore « El Alamein », qui se défend pourtant avec un beau chant féminin. Mais les airs arabisants de trois sous, et le ton grave totalement inapproprié pour célébrer le tournant majeur de la guerre en faveur des alliés, finiront de tout achever. Cette impression dépassionnée aura également raison de l’autre cd contenu dans l’opus. Car oui ! «
WWII » contient en tout 23 titres répartis sur deux cds. Un effort aurait pu être fourni pour dissocier musicalement ces deux parties. En fait, pas ou peu de divergences entre elles. C’est toujours en absence de perspectives. « Stalingrad », et plus encore « Husky », offrent un spectacle assez consternant, affectés par des cognements sans grande profondeur, à un heavy thrash moderne pas réellement original, ni très séduisant. Cette compression de riffs, ce jeu massif et poussif, n’ont qu’un intérêt tout ce qu’il y a de plus minime.
Cette brutalité stérile est encore de mise pour « The
Path of Weakness », mais aussi pour « Hiroshima ». Dans le cas de ce dernier, c’est plus le chant de Romain qui ne colle pas vraiment à la rage contenue. Un second chant lui arrive au secours ; pas le growl de Rémi cette fois. Cet avant dernier morceau se révèle bien plus intéressant sur sa seconde partie de piste, avec ses sonorités atmosphériques accompagnées d’une guitare acoustique. «
Darknation » a bien fait d’inclure des éléments non metal. Ils ont été capables d’inclure l’excellent requiem «
Requiem Aeternam » en premier disque, avec incorporation de chœurs, de violon, de piano et de quelques orchestrations. « Only
Ashes Left » s’en approche. Le duo de chants le rend d’ailleurs très touchant. Cela n’atteindra toutefois pas la sensibilité du ravissant «
Never Again » ; sans nul doute le meilleur extrait figurant dans le volume.
Question ballade, « Auschwitz », à l’inverse, devra repasser. Le ton faussement morose et plus certainement affalé, ne contient pas l’émotion souhaitée. Même les quelques pleurs d’enfants lui donnent un aspect beaucoup trop artificiel.
On ne saura trop comment estimer un certain nombre de titres. Nous en avons un bon exemple avec « Bataille de France » ou encore avec «
Division de Fer », délivrant des passages contrastés, au heavy metal sobre et moyennement inspiré. Néanmoins, ces deux titres saisiront davantage pour son chant en français assez réussi. «
Resistance », «
Falling Angels » se montrent entreprenants, mais pas pour autant convaincants. L’alternance entre passages denses et passages fluides n’est pas tiptop. Le groupe ne s’est pas fait prié pour ajouter marches militaires, bribes de discours de Franklin Roosevelt et de Charles De Gaulle. Ça meuble des pistes déjà bien pleines et particulièrement redondantes à l’image d’un « D-Day » ou d’un «
Pegasus Bridge ». « Before the Landing », bien introduit par l’apaisant « Irish
Mood », s’en tire mieux, plus court, mais aussi plus appliqué dans ses secousses. Et on se dit qu’il y avait alors moyen pour «
Darknation » de réaliser des compositions ambitieuses. Du moins techniquement.
Après une première œuvre saluée pour son heavy metal résolu, suintant toutefois la modestie, «
Darknation » s’est cru pousser des ailes et s’est de suite attaqué à une mission hors de leur portée. On retient qu’il est rare de trouver des sorties affichant plus de 20 titres sur un même ouvrage. Même les grosses pointures, les musiciens les plus chevronnés, ne s’y risquent pas, sauf lorsqu’il leur vient l’idée d’un concept génial ou fou. Rien n’interdit de revisiter la seconde guerre mondiale. Des groupes s’y intéressent, parfois avec succès, mais peut-être pas dans la façon très académique présentée par «
Darknation ». C’est un mauvais point en soi, qui pourrait laisser entendre un manque d’imagination et de réalisme chez eux. L’expérience aurait, malgré tout, pu être concluante si l’auditeur avait à retenir une diversité, une richesse musicale de grande qualité. On a beau compter 23 pistes sur ce «
WWII », le disque nous donne un aperçu de pauvreté et de monotonie. Un simple disque aurait été plus agréable. «
Darknation » s’est enorgueilli de vouloir raconter la guerre comme dans les manuels scolaires. La guerre, la sale, la destructrice, la conquérante, la glorieuse, celle qui pulvérise les masses et fournie des opportunités incroyables aux hommes, celle-ci se fait en dehors des rangs de l’école.
11/20
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