J’aime cette scène grecque, car dès le début elle a su se différencier de ses cousines nordiques de part ce côté mélodique / Heavy
Metal, particularité qui reste imprégnée dans la plupart des groupes impliqués du pays, mais en 2023 je l’apprécie plus que jamais car elle n’a jamais été copiée, caricaturée ou pire : annexée par les hispters et autres mouvements nouvelle génération qui enlaidissent tout ce qu’ils touchent. Trop UG, trop particulière, trop personnelle, pas assez clinquante pour que la masse populaire jette son dévolu dessus, elle a su préserver son intégrité malgré un
Rotting Christ dont la notoriété a largement dépassé les frontières du Black
Metal.
Concernant The
Magus (qui n’est autre que le nouveau pseudonyme de Georges Zarachopoulos plus connu sous celui de
Magus Wampyr Daoloth dans les années 90), le combo a vu le jour lorsque Georges visiblement très marqué par le décès de son ancien compère Baron
Blood, a mis fin à
Necromantia après un ultime album hommage To the
Depths We
Descend... (2021). Il a donc ramené dans ses valises le stakhanoviste batteur Giannis Votsis avec lequel il a déjà joué dans
Thou Art Lord, Yoth Iria et
Necromantia, ainsi qu’une autre vieille connaissance : le guitariste Vasilis Zobolas dit El, ce petit monde s’est mis au travail immédiatement afin d’écrire ce premier album
Βυσσοδομώντας (
Vissodomontas 2023) sorti par l’intermédiaire de The
Circle Music.
Dans une scène Black
Metal grecque extrêmement fournie et active, il est conseillé de ne pas se foirer ou proposer du réchauffé, mais rassurons-nous : les musiciens de The
Magus ne sont pas des perdreaux de l’année.
This is My Church nous met dans l’ambiance avec une intro narrative déclamatoire occulte, avant The Fail of Man débutant on ne peut plus classiquement avec un premier riff mélodique qui pourrait figurer sur un disque de
Thou Art Lord, Yoth Iria ou Katavasia, mais les chœurs à 1:17 (et de retour à 2:38) apportent un démenti à ceux qui pensaient avoir à faire à un groupe se contentant de répéter ses gammes. Le clavier très
Necromantia à 1:00 sur
Lux Tenebrarum: The Illuminating Darkness vient rappeler les origines du fondateur, The
Magus se partage d’ailleurs entre une certaine continuité, et un chemin plus personnel : des riffs saccadés, ainsi que des claviers étranges qui rappellent notamment
Arcturus.
Sur le morceau titre
Βυσσοδομώντας surprise : ça vire littéralement aux dissonances et aux expérimentations façon
Dodheimsgard époque Supervilain
Outcast, le tout mixé à la sauce grecque pour un résultat étonnamment cohérent. Idolatrous Discord s’avère plus direct avec des guitares presque Black / Death et le chant hargneux de Georges comme s'il avait 20 ans.
Ama
Lilith s’impose comme une pièce centrale maitresse où chœurs masculins côtoient chant féminin opératique et compositions oscillantes entre l’agressif et le ritualiste, tandis que The Peacock
King est plus traditionnel niveau guitares mais impose la force immersive de ses mélodies et des chants opéras mixtes. Le titre final Give the
Devil His Due: The Story se veut dans la lignée des morceaux longs de
Necromantia tel l’inévitable The
Warlock, l’intro basse / piano rappelle davantage le Jazz µ/ Rock’n’Roll que le Black
Metal. Le chant façon Nick Cave est également interloquant, mais progressivement la violence Black
Metal ressurgit et à 4:45 on commence à se retrouver en territoire familier, The
Magus s’était certainement donné pour mission de sortir les auditeurs de leur zone de confort sur cet ultime long titre, il va sans dire que le but est atteint en ce qui me concerne.
Surprenant tout le monde, ceux qui s’attendaient à un Yoth Iria bis comme ceux qui pariaient sur une stricte suite de
Necromantia, Georges Zacharopoulos fait entrer son entité The
Magus par la porte royale. Les solos de El sont mélodieux et fluides, les arrangements sont superbes (ceux des chants clairs / chœurs ont été gérés par Christos Antoniou de Septic
Flesh /
Chaostar), les compositions sont aux petits oignons, la production également, le batteur est d’une dextérité et d’une polyvalence sans faille, le concept est fouillé tant visuellement et musicalement, et encore plus important : l’ensemble sonne à la fois authentique, racé et unique, ce qui devient rarissime depuis une quinzaine d’années. Il est donc évident que dans un océan de copieurs plus ou moins talentueux et de Black
Metal hipster de chialeuses,
Βυσσοδομώντας sort indubitablement du lot en 2023.
PS : Parlons un instant support musical, je suis vous le savez un adepte du format CD, pratique et peu onéreux, il est parfait pour les collectionneurs boulimiques comme pour les acheteurs aux moyens limités, mais la version gatefold double 33 tours est vraiment un objet remarquable, car vous le savez aussi : les collectionneurs sont souvent faibles et irresponsables.
BG
Le berceau de notre civilisation résiste alors, tant mieux, que ça continue !
Voilà qui donne envie de se pencher dessus. J'en était resté au dernier album en date de Macabre Omen qui est une tuerie, au side project de Sakis qui est un genre de sous-Rotting Christ qui sans être mauvais ne m'a pas plus transcendé.
Merci pour la chronique.
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