L'histoire de
Gammacide commence en 1986 alors que le groupe
Warlock se disloque. Sur cette base, Rick Perry, guitariste, et Eric Roy, bassiste qui quittera le groupe juste avant la sortie de ce premier album, forment un nouveau groupe avec la ferme volonté d'unifier leurs diverses influences old-school avec la scène underground naissante. La bande ne tournera d'ailleurs pas pour autant le dos à son passé, le disque contenant les titres "Gutter
Rats" et "Walking Plague" , originaires de l'époque
Warlock.
Durant l'été 1989, après avoir intégré en son sein un second guitariste du nom de Scott Shelby, les texans entrent en studio chez Sound Logic pour leur premier full-length. L'opus s'appellera "
Victims of Science" et sortira chez
Wild Rags Records, avec une pochette et un titre reflétant fidèlement le thème central des errements scientifiques, notamment atomiques, revenus ô combien dans l'air du temps. Comme pour
Nuclear Assault,
Annihilator (souvenez-vous du titre "Reduced To
Ash") et bien d'autres, le délire sur l'éventualité d'une catastrophe nucléaire s'est révélée presque prémonitoire.
Autant être clair de suite: rares sont les albums capables de soutenir la comparaison en termes de puissance avec les grands classiques slayeriens ou le fabuleux "
Darkness Descends" de
Dark Angel sans sortir du domaine du thrash. Néanmoins, même s'il est bien incapable de refléter la même aura que ces éternels, "
Victims of Science" a néanmoins le mérite de jouer dans la même cour: rageur, puissant, intransigeant et sans compromis.
Les vocaux agressifs rajoute à cela une couche de crasse, mélange de sueur, de goudron et d'huile de vidange. Bref, on a bien affaire à du thrash à la sauce US, pimenté façon texane, on ne peut pas s'y tromper.
Un véritable mur implacable de thrash s'abat sur l'auditeur et jamais cette force de frappe ne connaitra de baisse de régime significative. Paradoxalement, cette perpétuelle intransigeance lui donnerait presque une certaine linéarité pour quiconque l'écouterait avec légèreté. Pour preuve, mis à part "
Shock Treatment et son entêtante mélodie, aucun morceau ne se détache réellement du lot et l'œuvre est à considérer dans son ensemble. Cependant, l'oreille averti saura apprécier l'originalité, les évolutions constantes, et surtout l'incroyable florilège de riffs surpuissants bien mis en valeur par une basse lourde et présente.
A l'instar de "
Darkness Descends", l'album est court, à peine plus d'une demi-heure. Heureusement car comme son grand-frère spirituel, l'écoute est éprouvante et trop de longueur le rendrait indigeste et balourd. Son côté éphémère accentue cette impression de claque dont aucun répit musical ne nous permettra de nous en remettre avant la fin.
La touche hardcore est indéniable. Cette folle intensité, dans laquelle se déclenche l'avalanche de riffs, prend à la gorge d'entrée de jeu mais son aspect quelque peu désordonné, les fûts se faisant martelés parfois plus dans un souci frénétique que rythmique, peut aisément disperser l'auditeur. C'est pourquoi les séquences purement rythmiques comme elles peuvent intervenir dans "Fossilized", par exemple, sont les bienvenues afin de recadrer l'attention.
A vrai dire, si on considère le brutal thrash comme un genre à part entière, cet unique album de
Gammacide y trouve allègrement sa place, rivalisant de virulence avec l'ensemble des groupes de thrash/death ou black/thrash, pouvant même briguer une place de précurseur.
Dans cette logique pourrait-on le comparer à Recipients of Death ou encore les canadiens d'Aggression, autres challengers à ce titre, mais ils diffèrent au niveau de la qualité de production beaucoup plus propre et travaillée chez
Gammacide, ce qui aussi lui retire par ailleurs l'authenticité de la scène underground.
"
Victims of Science" est de ces albums qui rappellent que le thrash a été il fut un temps le style le plus extrême et témoignent de cette folle épopée où les limites de la violence dans le style restaient encore à définir. Rien que pour l'effarante intensité qui y est déployé en son sein, ce disque laisse rarement indifférent.
Un très bon album à ranger, aux cotés des tout aussi excellents "Corrupt Minds" (1988) d'Acrophet et "Annihilation Of Civilization (1989) d'Evildead, dans la catégorie "Thrash Metal dopé au Hardcore".
la touche hardcore me semble toutefois un peu hors de propos, tout au plus une touche crossover peut se faire ressentir, mais vraiment de loin, le propos restant furieusement thrash.
En tous cas un album digne du meilleur d'un Evil Dead (comme cité ci-dessus), avec des titres réussis et diablement bien ficelés. Mention à la doublette "Endangered Species"/"Fossilized" qui ouvre l'album.
Un bon 16/20
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