Le Latin comme tout le monde le sait est une langue morte. Toutefois, il existe encore de nos jours certaines personnes qui continuent à cultiver cette langue d’un autre temps. Parmi ces personnes, on retrouve les frenchies d’Adastrae (terme latin signifiant « vers les étoiles » si mes souvenirs de collège sont bons) qui décident d’utiliser la locution latine
Vice Versa pour nommer leur premier EP. Le groupe a été fondé en 2010 à
Paris et est composé de quatre membres dont Nico le chanteur et guitariste rythmique, François le lead guitariste, Jeff le bassiste et Théo le batteur. Avec un nom et un titre latin, on aurait pu espérer d’Adastrae des textes dans la langue de Cicéron, mais que nenni. L’opus s’articule plutôt autour de trois chansons (si on fait abstraction de l’intro et l’outro) dont deux chantées en Anglais et une (cocorico) dans la langue de Molière. Bref après une très jolie pochette en accord avec le titre de l’EP, passons au meilleur : la musique !
Les choses sérieuses commencent avec l’introduction "Last Unction". En tout cas, cette première piste se veut intense et ambiancée débutant sur un tonnerre grondant puis ponctuée par quelques accords de guitares subtiles et une batterie (au jeu militaire) fantomatique qui contribuent à ajouter une atmosphère inquiétante et sombre. On embraye ensuite sur "The
Fall" qui permet désormais à l’auditeur de mieux référencer le style du groupe. En effet, Adastrae semble officier dans le
Death Mélodique avec une touche Metalcore. Les influences du groupe sont parfois notables comme ce côté martial à la
Ex Deo lors des premières secondes de "The
Fall", mais elles sont pour la majeure partie bien digérée dans la composition. Sans m’attarder sur des énumérations hasardeuses, disons que l’on retrouve du
Arch Enemy (au niveau du riffing), du Metalcore US style
Unearth (sur les breakdowns et quelques leads) ainsi que du
Lamb Of God (lors des parties plus Groove).
La production, bien qu’elle paraisse un peu faiblarde (il manque sans doute un peu de netteté au son), reste assez correct et permet à chaque musicien de se démarquer clairement. La basse, par exemple, est parfaitement audible via ce côté percutant. Le batteur, quant à lui, nous sert un jeu calibré mais particulièrement puissant sur les breakdowns. De plus, Théo arrive à nous surprendre en faisant des démonstrations brèves (mais mémorables) de technicité comme sur "The
Fall" (vers 4 min 50) ou encore au début de "
Vice Versa". Côté chant, on peut dire que Nico maîtrise bien son sujet. Le bonhomme a suffisamment de coffre pour nous envoyer des growls d’une force et d’une profondeur admirables. Pour diversifier la ligne vocale, il emploie également des screams gras qui permettent à son timbre de ne jamais tomber dans la linéarité et ajouter ce sentiment d‘urgence.
Enfin, c’est au niveau du riffing qu’il y a le plus de choses à dire. En effet comment ne pas passer à côté de cette charmante panoplie de riffs entre grosses saccades purement rythmiques à vous briser la nuque et leads mélodiques de haute voltige. Par exemple sur la chanson-titre, le groupe va mettre les petits plats dans les grands et nous servir un riffing ambiancé dégageant une atmosphère sombre et lugubre à l'instar des paroles que Nico vocifère avec ardeur. Au contraire sur "
Vendetta", la musique se veut plus mélodique et plus entraînante. Les démonstrations techniques sont nombreuses de la part du guitariste leads comme en témoignent les soli très démonstratifs qui arborent les trois chansons. Le seul reproche que je pourrais faire à son sujet, c’est que certains plans mélodiques se répètent souvent lors d’une seule chanson et cela peut devenir lassant. Pour finir, l’EP se termine en douceur sur une outro instrumentale dont la douce mélodie touchera les âmes mélancoliques.
En conclusion,
Vice Versa est un EP agréable et subtil. Et malgré le fait que les chansons soient assez longues (plus de 5 minutes), les morceaux s'enchaînent avec une fluidité et une cohérence qui force au respect, si bien qu’on se retrouve au final à en redemander. L’opus à l’image de son titre représente un équilibre admirable entre mélodie et agressivité : aucun des deux n’a le dessus sur l’autre et au lieu de se faire concurrence, il s’assemble pour créer un ensemble harmonieux. Le talent de composition et la technique sont là, il ne reste plus qu’à confirmer ce bon potentiel sur un album…
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