Rien n'est moins évident pour une discrète formation finlandaise que de se faire une place sur l'actuelle scène metal symphonique à chant féminin où sévissent déjà quelques illustres pointures locales du genre. Cette année, les
Nightwish,
Dark Sarah,
Amberian Dawn, et autres
Crimson Sun, au regard de leurs goûteuses et généreuses galettes, laissent, en effet, une marge de manœuvre on ne peut plus réduite à leurs pairs. Endolorir les fûts, faire danser les claviers et hurler les cordes, stimuler le grognement de la basse, pour tenter de nous rallier à sa cause fait pourtant partie du programme musical du valeureux quintet venu de Kirkkonumi. Depuis sa création en 2007, sous le joug du guitariste Tero Kalliomäki (
Saattue) et de la chanteuse Ines Lukkanen, évoluant dans l'ombre de ses compatriotes,
Embassy Of Silence poursuit alors sa route, sans complexes, avec l'art et la manière, et doté d'un supplément d'âme transpirant sur chaque pore de cet effort.
Désormais, le groupe affiche une expérience significative de la scène locale doublée d'une inspiration renouvelée, eu égard à ses productions successives depuis ses débuts. Après une discrète démo, «
Wendigo » (2008) et un EP, « Pristine » (2008), le collectif est rapidement monté en gamme avec l'emphatique « Euphorialight » (2010), suivi du pénétrant « Antler Velvet » (
2012), avant de nous offrir un « Verisimilitude », aux saveurs mélodiques immersives et aux charmes oratoires indéfectibles. On a, semble-t-il, gagné en maturité compositionnelle et en épaisseur artistique, à l'instar des trois-quarts d'heure d'un soyeux ruban auditif où se relaient huit pistes metal symphonique atmosphérique aux relents progressif et folk, avec une touche pop/rock mélodique d'excellente facture. En outre, cette production jouit d'une qualité d'enregistrement très soignée, d'un mixage plus qu'honorable et d'un rare souci du détail technique. Les finitions sont également au rendez-vous autant que les enchaînements inter pistes. Ainsi, peu de notes résiduelles viennent parasiter l'écoute de cette émoustillante offrande. Entrons maintenant dans l'antre de la bête...
Là où le propos s'avère le plus incitatif à l'adhésion concerne les titres ayant su jouer des contrastes d'ambiance, tout en étant calés dans une mouvance symphonique atmosphérique progressive. Premier constat : un gemme est né à l'instar de « Hang Me High ». Cette piste symphonique atmosphérique racée, à l'impact mélodique inévitable, sait jouer des contrastes rythmiques et climatiques comme personne, délivrant ainsi des couplets tortueux, rapidement enchaînés à des refrains catchy à souhait. Bref, une réelle splendeur aux arpèges empruntés à Blackfield, aux relents mélodiques de Karnataka, évoluant au fil de l'heureuse agrégation des éléments instrumentaux. Soufflant instant qui laisse éclater quelques arpèges au violon et fermer la marche par le maître instrument à touches, pianissimo... Par ailleurs, un beau picking à la guitare acoustique d'inspiration brit pop nous introduit sur « Thimble », titre metal atmosphérique mélodique déployant son arsenal de couplets/refrains, là encore, difficile à prendre en défaut. Tant la souplesse rythmique et la délicate atmosphère éthérée que les tribulations vocales de la déesse ne sont pas étrangères à la délectation de cette plage, imparable moment s'il en est. Un flamboyant solo de guitare nous assigne définitivement à résidence sur un titre au graduel échelonnement orchestral, le voyage s'achevant dans un apaisant dégradé de l'intensité sonore. Que dire de l'entraînant et smart « Shame, Spin & Click », usant d'un confondant jeu polyrythmique, d'un riffing en touche et de subtiles et inattendues variations de tonalité ? Ce faisant, il nous mène à de mélodieux refrains d'obédience pop/rock qu'on entonnerait à tue-tête, alternant avec d'enjoués couplets et de jolis ponts techniques assortis de touches jazzy. Bref, une bombe de saveurs nous explose à l'oreille sur un titre taillé pour les charts.
Dans une même logique, mais avec un poil moins d'emphase, d'autres morceaux n'ont pas manqué de retenir l'attention. A commencer par l'ultime « Dear Mr. Steele », prenant des allures de fresque symphonique progressive, Et la sauce prend, une fois encore, à l'abord des refrains comme sur les passages instrumentaux évolutifs. L'art de savoir conjuguer les contrastes y est poussé à son paroxysme. Des effets de réverbération et d'écho, profitant aux angéliques impulsions dans les médiums de la belle, ajoutent à la densité du relief acoustique, les éléments se superposant peu à peu de façon cohérente et avenante dans la trame de la truculente plage. La flamboyance progressive se fait jour corrélativement au magnétisme d'une ambiance souriante. Enfin, la bourdonnante lead guitare assise sur des nappes synthétiques enveloppantes nous attirent sur « Absurdoscope », titre power symphonique mélodique laissant un bel effet d'écho vocal nous happer, à la façon d'
Amberian Dawn, seconde mouture. La chevauchée fantastique s'effectue sereinement, même si l'on y perd un peu en flamboyance mélodique ce qu'on y gagne en vivacité percussive, la sirène contribuant à rendre cet instant non moins magique que ses voisins de bobine. Au saisissant solo de guitare de relayer la douce pour un voyage au paradis des sens, avant la déferlante reprise sur le refrain par la maîtresse de ces lieux, le tout se clôturant presto.
Mais, le combo réserve d'autres surprises encore, livrant alors quelques frasques atmosphériques avec un filet folk couplé à des gammes pop/rock de bon aloi. Ainsi, le syncopé et envoûtant « Flamer » à l'ambiance folk, à la façon de Karnataka, laisse échapper d'éblouissants refrains habilement mis en lumière par l'inspirée sirène, à laquelle il s'avère illusoire de résister. Complexe techniquement, offrant un vivifiant solo de guitare, le fringant morceau n'en demeure pas moins incitatif à la remise en selle. Quant à son voisin, « Moths », au rythme endiablé à la saveur hispanisante, il ne rate pas non plus son effet, la suave empreinte vocale d'Ines nous amenant irrémédiablement à remettre le couvert. D'originales harmoniques, des accords fort bien posés et un puissant solo de guitare nous poussent à infiltrer cette région plus que de raison. Dans cette veine, quelques touches orientalisantes ouvrent la marche sur « Of Matters
Dark and
Grey », ravissante et sensible piste metal symphonique atmosphérique progressive, aux faux airs de doucereuse ballade. Volent alors les notes à la fois acidulées et bien tenues de l'inspirée interprète. Des perles de pluie au piano et un riffing en retenue imprègnent l'espace sonore, avant que l'instrumentation générale ne se déploie avec majesté, le long d'un cheminement harmonique raffiné, pas trop aseptisé pour autant. Un ondulant violon s'insinue, alors que quelques variations de tonalité s'insurgent à leur tour, comme pour feindre de nous perdre, mais ce n'est là qu'illusion. L'ensemble du message musical un poil folk est mené de main de maître, pour finir crescendo.
Dans le sillage simultané du symphonisme mélodique d'
Amberian Dawn et de l'univers folk rock de Karnataka, avec une patte atmosphérique progressive, le combo finlandais s'en sort avec les honneurs. Au fil des écoutes, on se rend compte de l'impressionnant et minutieux travail en studio et de la qualité d'écriture des portées où s'enchaînent nombre de séries de notes, taillées au scalpel. Mélodiquement poignant, rythmiquement magnétique, vocalement émouvant, avec un soupçon d'originalité et de diversité, le projet prend désormais une tournure favorable à l'accessit du groupe parmi les groupes montants de cette scène metal à chant féminin. Le pari ne semblait pas gagné, et pourtant, nos acolytes s'étant attelés à la tache, trois ans durant, nous ont offert un édifiant résultat, ayant pu dépasser les espérances d'un auditorat encore frileux. Une fois la prise auditive effective, on se surprend à ne plus lâcher la rondelle d'un iota, le plaisir des sens étant invariablement au bout du chemin. Sur un mode résolument personnel, d'obédience atmosphérique symphonique, ces titres à l'esthétique mélodique rayonnante sauront ravir plus d'un tympan déjà sensibilisé au metal symphonique, mélodique, atmosphérique à chant féminin. Bref, un groupe à n'omettre sous aucun prétexte dans toute cd-thèque de cette trempe stylistique qui se respecte...
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