Nouvelle figure du heavy mélodique à chant féminin, ce quartet étasunien originaire d' Erié, Pennsylvanie, entend légitimement, comme tant de ses pairs, essaimer ses riffs au-delà des frontières par trop limitatives de sa terre nord-américaine natale. Conscient des risques courus à trop vouloir brûler les étapes pour tenter de faire entendre sa voix, ce combo né en 2021 d'une idée originale de la chanteuse et claviériste Amy Gould prendra précisément la mesure des enjeux avant de se lancer dans la bataille.
Ainsi, le groupe concentrera près de deux années durant ses efforts en studio avant de nous livrer ses trois premiers singles, «
Fallen », «
Listen to Me » et «
Broken », auxquels en succédera un quatrième, «
Love Bomb », en février 2024. Ayant fait l'objet d'une remastérisation, ces quatre pistes feront partie intégrante du corpus de leur introductif et présent album full length, «
Unresolved », signé, lui, chez le discret label étasunien DI Records ; en plus des dix morceaux originaux, deux plages bonus nous sont octroyées, dont la version Radio Edit de «
Love Bomb ». Cela étant, les 64 généreuses minutes du ruban auditif de la galette constitueraient-elles une arme suffisamment effilée pour faire du jeune collectif un sérieux espoir de ce si couru environnement metal ?
Dans ce dessein, Amy a prestement requis les talents du bassiste Scott Hagerty, suivi de Rick Knapp aux guitares et de Michael Calabrese à la batterie et aux percussions. De cette étroite collaboration naît un propos rock'n'metal mélodique aux relents hard rock, dont les sources d'influence vont de
Beyond The Black à
Metallica, en passant par
Halestorm,
Bif Naked,
Ela,
Pat Benatar et
Imperia. Aussi frondeuses et solaires que délicates, ces douze pistes offrent un original patchwork stylistique tout en témoignant d'une technicité instrumentale dores et déjà maîtrisée, de lignes mélodiques, certes, un tantinet empruntées mais d'une efficacité redoutable, et d'une signature vocale aisément identifiable et des plus chatoyantes. Produit, enregistré et partiellement mixé aux BFE Studios, ce set de compositions n'accuse par l'once d'une sonorité résiduelle ; mixé et mastérisé au Lore Entertainment, l'opus dévoile parallèlement une saisissante profondeur de champ acoustique. S'il n'a pas plaint sa peine en studio, le combo n'est resté en retrait ni des planches ni de l'espace médiatique ce laps de temps durant, loin s'en faut...
Au fil du temps, le groupe a solidifié sa fanbase en raison notamment de prestations live remarquées sur la scène metal américaine durant ses deux premières années, d'une indéfectible présence en ligne, et de ses clips, aussi nombreux que singuliers. Aussi, plusieurs distinctions lui ont été décernées en 2024, dont : ''The Best Local Band
Platinum Award" et "Best
Live Entertainment Gold Award" à Erie. Cette même année, le single «
Broken » fut reconnu comme meilleur morceau, et Amy Gold, meilleure interprète, par l'''International Singer Songwriters Association'' ; «
Fallen », pour sa part, a atteint la sixième place du top 100 des chansons de l'année sur WHYP-LP 98.9 à Corry, Pennsylvanie, en 2024. Une belle carte de visite, s'il en est, incitative à une exploration fouillée des entrailles du vaisseau amiral...
L'essentiel de la traversée s'effectue sur une cadence effrénée, la troupe trouvant alors, et sans ambages, les clés pour nous retenir plus que de raison. Ce qu'attestent, tout d'abord, « Brigade » et «
Parasite », frondeurs manifestes heavy mélodique aux riffs acérés adossés à une frondeuse rythmique, à la confluence de
Halestorm et
Imperia ; investis d'entraînantes gammes pianistiques, pourvus d'un refrain catchy mis en exergue par les corpulentes inflexions de la sirène et agrémentés d'un fringant legato à la lead guitare, les deux ''tubesques'' efforts ne se quitteront qu'à regret. Mais le magicien aurait encore d'autres dans sa manche en réserve...
Dans une même dynamique mais évoluant dans une veine hard rock, d'autres plages dévoilent également quelques séquences d'accords aptes à nous aspirer d'un battement d'ailes dans la tourmente. A commencer par le percutant «
Love Bomb » ; à mi-chemin entre
Pat Benatar et
Bif Naked, le corrosif méfait livre un refrain, certes, convenu mais des plus fédérateurs tout en générant une énergie aisément communicative. N'ayant de nous asséner de virulents coups de boutoir sans pour autant y perdre de leur substrat mélodique, et non sans renvoyer à
Ela, les saillants « Set Me Free » et « Make Me
Bleed », quant à eux, pousseront assurément le chaland à un headbang bien senti et quasi ininterrompu. Dans cette dynamique, enfin, on ne saurait davantage éluder le torrentiel et opulent «
Listen to Me », qui au fil des 7:43 minutes d'un parcours on ne peut plus époumonant, happera le tympan du chaland tant pour ses riffs crochetés et les grisantes attaques de sa vrombissante basse que de son sidérant solo de guitare.
Au moment où le rythme de leurs frappes se fait plus mesuré, nos acolytes parviennent non moins à nous assigner à résidence. Ainsi, dans la mouvance conjointe de
Pat Benatar et d'
Ela, le mid tempo progressif « Where Love Resides » aspirera le pavillon au regard de ses riffs invariablement épais, des sémillants gimmicks échappés de sa guitare délicieusement saturée, et des magnétiques serpes oratoires d'une interprète bien habitée. Dans cette énergie, on retiendra également l'énigmatique mid tempo «
Wake the Monster » eu égard à son atmosphère crépusculaire, un brin anxiogène, et à ses deux soli de guitare bien inspirés. Mais là n'est pas l'argument ultime de nos belligérants pour tenter de nous rallier à leur cause...
Quand ils nous mènent en des espaces tamisés, nos compères se muent alors en de véritables bourreaux des cœurs en bataille. Ce qu'illustre, en premier lieu, «
Fallen », ballade romantique jusqu'au bout des ongles et aux airs d'un slow qui emballe, que n'auraient sans doute reniée ni
Beyond The Black ni
Imperia ; sous-tendu par des arpèges pianistiques d'une confondante délicatesse, glissant le long d'une radieuse rivière mélodique sur laquelle se greffent les troublantes modulations de la maîtresse de cérémonie, et enorgueilli d'un fringant solo de guitare à mi-morceau décoché, l'instant privilégié comblera à n'en pas douter les plus exigeantes des attentes de l'aficionado de moments intimistes. On pourra non moins se voir happé par l'infiltrant cheminement d'harmoniques que nous invite à suivre «
Broken » ; Encensée à son tour par les enivrantes ondulations de la déesse et recelant un fuligineux solo de guitare, cette power ballade dans le sillage coalisé de
Halestorm et
Imperia disposerait d'armes d'une efficacité suffisante pour faire plier l'échine à plus d'une âme rétive. La version acoustique de «
Parasite », enfin, transforme le truculent effort en une ballade d'une sensibilité à fleur de peau ; alors dispensée en un émouvant piano/voix, cette alternative feutrée poussera assurément à y revenir dès la chute finale amorcée.
A l'issue d'une traversée en eaux volontiers tumultueuses, force est d'observer que nos quatre corsaires s'en sortent avec les honneurs. Variant ses phases rythmiques comme ses ambiances, le groupe diversifie parallèlement ses exercices de style, pour un résultat tenant toutes ses promesses. Nullement contrarié par l'une ou l'autre sonorité parasite ni par une quelconque zone de remplissage, le propos se suit de bout en bout sans encombre. Pour se sustenter, d'aucuns auraient sans doute espéré davantage de prises de risques ainsi qu'un soupçon d'originalité supplémentaire accolé aux mélodies dispensées, au demeurant plutôt engageantes. Il conviendrait encore que la troupe s'affranchisse de l'empreinte parfois sclérosante de leurs maîtres inspirateurs afin de conférer davantage d'épaisseur artistique à leur projet. Quoi qu'il en soit, à l'aune d'une œuvre ne manquant ni d'allant ni de caractère, le combo étasunien détiendrait là une arme suffisamment efficace pour se hisser dès lors parmi sérieux espoirs de son espace metal d'affiliation. Pour une immersion prolongée dans le chaudron bouillonnant...
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