La scène mélodeath s'est orientée ces dernières années vers des horizons variés, intégrant des éléments gothiques, symphoniques ou cherchant à afficher sa modernité (quitte à lorgner parfois vers le metalcore) au grand désespoir des puristes. Cependant quelques formations entendent bien raviver la flamme de l'authenticité et pratiquer un mélodeath dans le respect de la tradition. Ce fut notamment le cas des italiens de
Lahmia, jeune formation surprise de l'an dernier avec son excellent "Into
The Abyss" ou de
Sons Of Aeon cette année.
C'est aussi le cas de Bloody Pride. Ce quatuor, emmené par son guitariste/chanteur Philippe Stebler nous vient de Strasbourg et nous livre son premier album après quatre années d'existence. Un album auto-produit, intitulé "Unleash Your Wrath" et flanqué d'un artwork sobre, dont les tons grisonnants et le sang rouge vif correspondent tout à fait aux ambiances véhiculées par le disque.
La musique venons-y. Le mélodeath pratiqué par Bloody Pride s'appuie d'abord sur une assise rythmique très solide, notamment grâce à la performance de haut vol du batteur. Thomas Merck dynamise très brillamment la musique du combo, alternant entre double-pédale, blasts et passages tout en lourdeur ("
Revenge Is No Crime"). Ajoutons à cela que la basse de Timothée Pfau demeure bien audible tout au long de l'album (ce qui constitue un plus non négligeable).
Sur ce socle rythmique viennent s'insérer les riffs de la paire de gratteux Stebler/Grasser. Le riffing est incontestablement la force de cet opus, globalement acéré et agressif dans un esprit résolument suédois (on pense notamment à
At The Gates), parfois particulièrement entraînant (comme le riff du break au cœur de "
No Sense For
Life" qui mettra vos cervicales à rude épreuve) et surtout mélancolique (j'y reviendrai). Quelques plans m'ont d'ailleurs fait penser aux travaux de leurs compatriotes de
Destinity. Le niveau technique est excellent et cela transpire notamment dans les soli, qui en plus d'afficher une grande technicité possèdent un feeling remarquable (inutile de tous les citer mais le break de "The Bloodrider" où les gratteux font pleurer leurs instruments en est le meilleur exemple).
Je parlais par ailleurs d'un aspect mélancolique dans la musique de Bloody Pride, c'est en effet l'originalité principale du combo. Cette ambiance de tristesse (mais en aucun cas de mièvrerie) plane en effet sur tout l'album, particulièrement dans la coloration des riffs ("The Bloodrider", le refrain d' "Atrocious
Remembrance"). C'est d'ailleurs à "Grateful
Death" que revient la palme de morceau le plus poignant de l'album, titre qui n'aurait pas fait tâche sur le premier
Wintersun.
Les dix titres s'enchaînent avec une parfaite maîtrise jusqu'au final "Unleash Your Wrath", le quatuor ne manquant parallèlement que d'un soupçon de folie ou d'une paire d' hymnes fédérateurs pour emporter complètement l'auditeur. Mais ne nous trompons pas sur la qualité de ce premier album, résolument très élevée. Gageons aussi qu'il permettra à Bloody Pride de s'ouvrir les portes du succès et d'une reconnaissance pleinement méritée.
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