Par un tour de passe-passe qui m'échappe encore, il semblerait donc que les dieux nordiques ne soient finalement que des extra-terrestres s'amusant tranquillement entre les sphères de notre univers. Vous ne me croyez pas? Et pourtant, comment expliquer autrement l'évolution thématique de groupes comme
Enslaved,
Borknagar et aujourd'hui
Ocean Chief? L'influence des héros de chez Marvel Comics, vous croyez?
Soyons sérieux trente secondes, car
Ocean Chief l'ont toujours été. Voilà un groupe suédois, formé comme beaucoup d'autres vers le début des années 2000 (donc dans le flux et le reflux du raz de marée initié par
Reverend Bizarre) et dont la thématique était donc jusqu'à présent classique pour un groupe scandinave : les dieux et les traditions de son pays. Rien de bien méchant, les ballades épiques contant les exploits de
Thor,
Odin et les autres se prêtant bien à un certain type de
Doom bien épique. Sauf qu'
Ocean Chief joue plus dans la cour du mélange
Doom traditionnel/
Sludge/Stoner. On est donc, dans l'idée, plus proche des visions trippantes que devait avoir un shaman mâchonnant de l'amanite phalloïde que du bourrin guerrier à la
Cold Embrace ou
Doomsword. Et force est de reconnaître que jusqu'à ce jour,
Ocean Chief se débrouillait très bien dans sa niche et récoltait un succès d'estime underground bien mérité.
"
Universums Härd" change la donne thématique, et nous quittons le
Valhalla pour le nuagede
Magellan. Personnellement, je préfère. Non pas que j'ai quelque chose contre les barbus ivrognes qui se mettent sur la gueule à coup de marteau en tant que concept, c'est juste que la musique d'
Ocean Chief a toujours eu un certain aspect... disons "cosmique", et que j'apprécie de voir la thématique faire finalement le lien avec la musique.
La première chose qui frappe est justement que cette évolution de thématique s'est accompagnée d'une évolution de son. On reste dans le mélange
Doom/
Sludge/Stoner, mais celui-ci sonne plus moderne : exit les références parfois un peu encombrantes à
Electric Wizard, et bonjour le riff piqué au Melvins dès l'ouverture du morceau éponyme. Et le chant aussi, au point qu'on a parfois l'impression que c'est
King Buzzo lui-même qui est venu pousser la chansonnette. Mais non, bien que l'on puisse pointer du doigt quelques emprunts un peu flagrants, rien qui ne gène réellement l'écoute. Et puis, pour une fois qu'un groupe assume son amour pour "
Stoner Witch", "Houdini" et "Bullhead", je ne vais pas m'en plaindre. Par ailleurs,
Ocean Chief s'était déjà démarqué de la masses dès le départ en incluant dans leur line-up un claviériste à plein temps. Pour la première fois, celui-ci est employé pour autre chose que simplement faire l'habituelle figuration consistant à sampler des pans entiers de la musique de "
Conan Le Barbare" pour faire épique. Johan Pettersson se lâche, alternant grandes orgues et passages Ambient (on frôlerait presque le New Age si les guitares n'étaient pas là pour nous rappeler qu'ici c'est interdit aux hippies), faisant de son instrument autant un contrepoint salvateur qu'un complément judicieux aux riffs monolithiques de Björn Andersson et Christian Sandberg.
Les 10 minutes bien tassées de la chanson "
Universums Härd" ne sont en fait qu'un sympathique amuse-gueule pour la suite. Car
Ocean Chief a décidé de s'intéresser au delà de leurs frontières, et de mixer ce qui se fait ailleurs avec leur propre tambouille. Il est clair que l'auditeur va être surpris en entendant le style de certains morceaux, mélangeant allègrement
Mastodon,
Crowbar et le
Black Sabbath de "Volume 4". Et pourtant, la sauce prends à chaque instant. Collant des riffs incroyablement psychédéliques sur des mid-tempo suffisamment lourds pour broyer un diamant, le groupe arrive à se démarquer de la concurrence (trop occupée à essayer de copier les classiques), notamment dans les morceaux strictement instrumentaux.
Seulement voilà, si l'envie pour le groupe d'exploser les barrières du genre est palpable, si l'on sent à chaque coin de riff leur plaisir à tout casser pour mieux reconstruire, il faut malheureusement bien avouer que la production ne suit pas tellement. C'est correct, là où l'on s'attendrait... non, on espérait se faire violer les tympans à chaque note. L'autre point faible sont les guitares. Certes, comme déjà mentionné, elles délivrent leur dose de lourdeur, de psychédélisme et d'explosions d'étoiles. Seulement, elles le font de manière beaucoup trop prévisible. Sur un canevas à peu près similaire (le mélange lourdeur+psychédélisme), un groupe comme
Esoteric a prouvé depuis longtemsp que l'on pouvait innover et surprendre l'auditeur.
Ocean Chief ne souhaite pas aller aussi loin, et du coup les musiciens semblent se restreindre dans leur volonté de vous faire exploser les galaxies dans les neurones. Cette restriction (volontaire?) est le seul point véritablement négatif qui m'empêche de mettre une note plus haute à l'album.
Voilà un disque qui bouscule les codes du genre, par des musiciens qui n'en ont franchement rien à foutre de ce que vous pouvez bien penser au final, qui se font d'abord plaisir en vous faisant plaisir, mais qui hésite encore à donner un grand coup de pied pour franchir la toute dernière porte. Mais ne nous plaignons pas : avec "
Universums Härd", vient déjà d'accomplir un petit pas pour eux mais un grand pas jouissif pour le
Doom.
Pour le prochain album, je n'attends rien de moins qu'un grand saut qui les propulsera définitivement au firmament.
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