Et dire que j’ai fait mine de découvrir…. Quoi de plus dingue que de retrouver au sommet, quelqu’un avec qui on a aimé discuter et qu’à force on a fini par quelque peu oublier. Personnellement, je m’en veux. C’est ce qui arrive quand on lève trop souvent le nez. Saverio Giove, autrement appelé Nartum, est un personnage, fasciné par l’univers médiéval, participant même à des reconstitutions et célébrations dans le thème du Moyen-Age. Fasciné aussi par «
Summoning », dont on relevait la trace sur son court projet «
Valtyr », qui avait au départ attiré mon attention pour les travaux de cette personne. Après avoir présenté successivement les projets «
Ymir », puis «
Valtyr », Saverio se trouve un nouveau champ d’action et essaye avec âpreté de se sortir du carcan de l’ambiant épique artisanal avec «
Emyn Muil ». Il se retrouvera insidieusement confortement installé dans les chaussons de «
Summoning », au point de rendre le dernier volume du célèbre duo autrichien simplement distrayant à côté. « Turin Turambar Dagnir Glaurunga » est donc bien plus qu’un hommage. Saverio braconne dans les bois de son seigneur et nous rapporte du beau gibier.
Il est tout à fait approprié de considérer «
Emyn Muil » comme un clone de la formation autrichienne tellement on y sert les mêmes artifices, les mêmes battements et sonorités épiques. Tous ceux qui ont prêté l’oreille à une œuvre de «
Summoning » savent de quoi il en retourne, et qu’il s’agit bien plus que de la simple musique ambiante. D’ailleurs Saverio se base également sur les fictions fantastiques de J.R.R Tolkien pour sa musique. « Turin Turambar Dagnir Glaurunga » s’intéresse à l’ouvrage posthume « Les enfants de Hurin », qui est une compilation réalisée à partir des « Contes et légendes inachevés », de l’« Histoire de la Terre du Milieu » et d’écrits inachevés non-publiés, ayant déjà inspiré le « Doombound » de «
Battlelore ». « Turin Turambar Dagnir Glaurunga » développe par étapes les événements marquants de l’histoire tragique de Turin, fils de Hurin.
La première d’entre elles, « Turin Son of Hurin », nous permet d’identifier le son, les structures, caractéristiques de l’emblématique duo autrichien. L’entame planante et contemplative nous mène droit à des airs grésillants, implacables, qui ont pour effet de nous galvaniser. Le scream utilisé est particulièrement saisissant, plus puissant que celui issu de ses influences. Ce sont de véritables coups de butoir sur ce titre. Les percussions, les battements produits, sont essentiels dans l’opus. Nous en avons un très bon exemple avec « Mim’s
Betrayal », jouant de répétition, tempéré, mais nous mettant en l’attente d’un instant fatidique. «
Aura Entuluva » est aussi remarquable pour ses percussions, surtout durant son entame, illustrant une belle charge épique, avant que la guitare et le chant n’entrent en action dévastant totalement la zone de leurs sombres intentions. Ce mordant exercé communément par le chant et la guitare s’affiche pleinement sur « Death of Glaurung », où on entend les derniers soupirs d’un dragon frappé à mort par l’épée
Gurthang.
Nous trouverons un morceau consacré à cette épée. «
Gurthang » insiste sur la contemplation, sur une approche cuivrée, à la fois sobre et majestueuse. Le tonnerre et la pluie s’y invitent, comme cela a été le cas sur le très épique «
Dark Riots from
Angband ». Un titre empreint d’une bonne dose symphonique, usant de différentes humeurs, capable de rage comme d’une grande sérénité. Insatiable, riche et étincelant. Les morceaux « The Sack of
Nargothrond » et «
Hail to the Black
Sword » font moins preuve de cette divergence. Le premier cité est plaisant, guilleret, baladeur, emmené par des voix prophétiques. Le second, au contraire, fait usage de retenue et de noirceur. Le ton y est grave, l’ambiance y est morose. C’est un appel à des forces venues des ténèbres. La péripétie ainsi représentée offre là son dénouement tragique, lorsque la musique s’arrête après 7.30 minutes de déroulement, ne laissant plus que le mauvais temps, un bruit de respiration fragile et une force maléfique s’abattre, provoquant la mort du héros.
Il a été signalé le rapprochement évident de la musique d’«
Emyn Muil » à celle si identifiable de «
Summoning ». Cette affirmation est exacte pour tous les morceaux issus de l’album. L’un d’entre eux, «
Path of the
Doomed » donne véritablement l’impression d’être puisé du volume «
Oath Bound », l’une des meilleurs sorties conçue par les autrichiens. Et cela est en partie dû à sa profondeur, à ses reliefs marqués, à cette sensation de parcourir un paysage immense, luxuriant et sauvage. Le lien avec cette production assez récente ne peut être nié lorsque l’on entend en fin d’ «
Arise in Gondolin » l’air principal de «
Land of the
Dead » issu d’ «
Oath Bound ». Plagiat ? Hommage ? Le morceau proposé n’en reste pas moins appréciable, captivant, même s’il parait un peu répétitif en son début.
J’avoue avoir abusé du nom de «
Summoning » lors de cet article. Cela parce que la parenté de sa musique sur celle d’«
Emyn Muil » est aussi incontestable que celle de Hurin sur Turin. Pourtant, nous n’avons pas vraiment affaire à une pâle copie. Au moment où sort un «
Old Mornings
Dawn » tout au plus correct, Saverio Giove, qui explorait la musique comme un chasseur part en forêt, réalise un bon ouvrage de «
Summoning », tout comme son lointain confrère «
Caladan Brood » la même année. Il tient avec « Turin Turambar Dagnir Glaurunga » sa création la plus aboutie, la plus élaborée et pimpante, à ce jour, ayant pour seul principal défaut une ressemblance plus que frappante avec un géant du metal européen, un géant d’ombre et de lumière.
Protector et Silenius auraient-ils à craindre des lames de ceux qu’ils ont indirectement enfanté ? L’année 2013 vous offre la réponse.
15/20
Ce qui m'a frappé dès le départ c'est sa façon de capturer l'esprit du bouquin, vraiment convaincante. Avec cette emphase sur les accords dramatiques, les rythmes exaltants, et ces mélodies fort à propos...
Emyn Muil est plus proche de Summoning que ne l'est Caladan Brood, je pense, sans être non plus une imitation... Au risque de me répéter, il n'y a qu'un seul Summoning! Un seul à détenir cette flamme, cette profondeur, ce raffinement. Un Summoning pour les gouverner tous...
Non franchement, je ne demande pas mieux que de voir autant de groupes s'en inspirer, mais les comparaisons sont souvent un poil exagérées.
Merci pour cette chronique!
Étant un très grand admirateur de Tolkien et ce depuis longtemps, je peux vous assurer qu'on plonge immédiatement dedans. c'est incroyable comme cet album m'a fait (re)naître des visions du Narn i Chîn Húrin !
C'est haletant, toutes les mélodies, effets, bruitages sont a propos, assurément Nartum est un connaisseur et quel bel hommage à la fois au Pr Tolkien et à Summoning...
Pour un premier album c'est un coup de maître. J’attends de pied ferme son prochain tome, heu pardon, album bien sûr !
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