Mes pas, qui donc les conduisit
Sur le sentier le long des vagues
Où ruisselle sur une tombe
Le feu lunaire des lis d’eau
Ces quelques vers empruntés au poète irlandais George William Russell rendent bien le ton mystique et cosmique de ce monument du stoner doom qu’est
Tumuli Shroomaroom. Ce deuxième et dernier full-length de la bande galloise
Acrimony développe un univers dans lequel l’incandescence psychédélique des Doors et l’intensité de
Leaf Hound percutent de plein fouet les masses sonores des Melvins et de
Kyuss. En résulte une explosion musicale dont les échos se répercutent aujourd’hui chez un
Ufomammut, un
Earthless ou un Om et expédie
Acrimony au panthéon des incontournables du genre aux côtés de
Sleep et
Electric Wizard.
Dès les premières secondes, l’auditeur entame un voyage astral durant lequel il se brûlera l’esprit au contact des étoiles, rencontrera cernunnos le dieu cornu, psalmodiera des incantations en compagnie des druides, goûtera la sagesse immémoriale de ses ancêtres et réintégrera une soixantaine de minutes terrestres plus tard son corps grossièrement matériel, parce qu’après avoir côtoyé les astres, c’est bien à contre-cœur qu’on reprend le petit train-train de la vie quotidienne…
Tumuli Shroomaroom est un disque cohérent du début à la fin et dont l’intensité va crescendo. "
Hymns to the Stone", premier titre de la galette, donne un bon avant goût de ce qui nous attend : un stoner aux riffs monolithiques mâtiné de space rock, quelque part entre
Orange Goblin et
Monster Magnet, traversé de vocaux chamaniques et exploitant répétitions et montées en puissance pachydermiques. On pourrait croire que la bande galloise dévoile toutes ses cartes dès le début de la partie. Grossière erreur, car à partir de l’acoustique "Turn the Page", qui fait office de rampe de lancement en quelque sorte,
Acrimony nous entraîne insidieusement dans son monde et sans s’en rendre compte on finit à poil et totalement stone.
Acrimony a gagné la partie mais on a quand même un sourire béat, heureux d’avoir joué.
Basées sur une section rythmique inébranlable, les compositions de
Tumuli Shroomaroom délivrent un groove incantatoire jouissif et agissent directement sur le système nerveux. Ici la dénomination « doom cosmique » prend véritablement tout son sens car, sur des titres comme "Heavy Feather" ou "Find the
Path", la lourdeur se marie admirablement bien avec une dimension psychédélique empruntée aux années 70, offrant ainsi un terreau fertile dans lequel saura puiser un
Ufomammut notamment.
Outre le côté psychédélique généreusement distillé par des wah-wah et des solos discrets mais essentiels, cet opus se distingue encore aujourd’hui du reste de la scène d'obédience stoner grâce sa dimension chamanique. En effet, au travers de percussions d’une rare efficacité et aux accents tribales, de divers samples chamaniques et de l’intervention inattendue d’un didgéridoo, une dimension initiatique, voire sacrée, se dégage des compositions et va en s’accentuant à mesure que le disque avance. Le bien nommé "Firedance" qui clôt l’album en est une parfaite illustration. Avec ce titre on retourne en des temps immémoriaux où le sorcier entrait en transe afin de communiquer avec les divinités partout à l'oeuvre dans la nature.
Une autre grande qualité de ce disque réside dans la capacité du groupe a balancer, avec flegme et assurance, des riffs en béton armé efficaces tout en réussissant à en extraire une grande fluidité mélodique. Un véritable tour de force qui rend leur musique à la fois monolithique et mouvante. Par exemple le crescendo tellurique de "Motherslug (the Mother of all Slugs)" massif et répétitif jusqu’à l’hallucination mais qui parvient quand même à captiver à chaque nouvelle écoute. Un miracle auditif en somme.
A la fois lourde et planante, la musique délivrée par
Acrimony ouvre à l’auditeur les portes d’une réalité parallèle habitée de vapeurs ensorcelantes derrière lesquelles dansent des visions étranges.
Tumuli Shroomaroom, un disque à la personnalité unique, brûlante, psychotrope, animiste. Les années passent mais n'entament en rien l'aura de fraîcheur subtile et vivace d'un album dans lequel il est toujours agréable de se replonger. Un classique dont l’écoute est hautement recommandée.
Merci à toi
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