Entre approximativement 1996 et 2002, le Black
Metal était le truc à la mode. C'était la période où les groupes se la jouaient le plus mélodique possible afin de pouvoir plaire au plus grand nombre, obtenir des couvertures de magazines et se taper des gothopouffes dans les backstages. C'était l'époque où se ballader avec un livre de Anne Rice à la main était un indicateur sûr que ce soir on aller choper (quoi, on ne le sait pas... Mais choper quand même !). C'est l'époque où Shagrath fait le mannequin pour le magasin Goth allemand X-Tra X (et
Dimmu Borgir se fait sponsoriser par la marque de chaussures espagnole New Rocks) et où Dani
Filth est le nouveau Byron. C'est l'époque des claviers à foison, des faux vampires en chemise à jabot, des voix féminines, du Black
Metal au Wave Gothik Treffen et des groupes Goth au Wacken Open Air.
C'est l'époque bénie du label Last Episode Records.
Le nom ne vous dit rien ? Pourtant, ce label allemand aujourd'hui disparu s'était à l'époque spécialisé dans le Black Symphonique, de préférence teuton et de préférence des groupes dont strictement aucun label (même le plus Underground) n'avait voulu. Autant dire que chacune de leur sorties faisait hurler de terreur les puristes et se tordre de rire ceux qui n'arrivaient pas à prendre le BM au sérieux (à leur décharge, c'était effectivement quelque chose de difficile à faire quand on voyait ce que le label était capable de sortir en CD). Soyons indulgents, car le label fût capable de quelques coups d'éclats assez incroyable, comme d'oser sortir le "Nechrist" de
Nokturnal Mortum en
Europe. Mais derrière, Last Episode Records reste surtout connu pour un catalogue constitué de seconds couteaux honnêtes mais pas indispensables (genre, le premier album de
Mystic Circle) mélangés à des merdes innommables dont on se demande qu'est ce qui a pu justifier de les voir presser en CD (genre, tout le reste de la discographie de
Mystic Circle).
Dans les nombreuses catastrophes musicales sorties par le label, il y eu donc les 3 premiers albums du groupe allemand
Dunkelgrafen. "
Triumph Des Fleisches" est le dernier disque que les allemands sortiront chez Last Episode, et c'est le plus tolérable. Ce qui ne veut pas dire grand chose, compte tenu de la qualité assez basse du machin. Déjà l'artwork fait bien saigner les yeux, on sent que le petit frère du claviériste s'est bien amusé avec les crayons de couleur. C'est franchement la seule explication que je peux trouver qui justifie ce... Bon, désolé mais je n'arrive pas à qualifier cette chose de 'dessin'. Je n'arrive même pas à imaginer que le gars qui l'a commise ait pu être content du résultat. Ni même qu'il se soit fait payer pour ce boulot. Limite, que lui-même ait payé pour qu'on lui prenne le truc pour en faire un artwork. Et encore, j'espère qu'il a refilé au moins 10 000 € parce que je sais que c'est ce que je demanderais moi pour accepter de me couvrir de ridicule en utilisant ce machin comme couverture de mon album.
Au niveau musical,
Dunkelgrafen faisait partie de cette horde typiquement germanique de groupes à claviers mais qui essayaient à tout pris de le cacher, parce que bon... C'est bien pour s'envoyer de la bavaroise Dârk dans les chiottes, mais c'est pas top au niveau crédibilité dans la scène de l'époque. Donc l'instrument était bien là, mais imperturbablement sous-mixé dès que l'on abordait un morceau n'étant ni intro ni outro.
Bon, à la rigueur pourquoi pas ? On a tous notre secret honteux, et avoir un claviériste dans le groupe n'est pas le pire, à partir du moment où il n'est pas envahissant. Le problème c'est que l'ensemble des autres instruments sont AUSSI sous-mixés. En résulte un espèce de gloubi-boulga sonore dans lequel on reconnait par moments une guitare (mais tintin pour la différencier de la basse). Même là on pourrait encore être tolérant avec le groupe si il était capable de pondre des riffs accrocheurs, des trucs qui donnent envie de bouger la tête.
Vous n'y croyez pas ?
Vous avez entièrement raison.
Si l'on excepte la mélodie assez sympa de "Sklavengott" et le refrain correct sans plus de "Entsagung", l'album se caractérise par un impressionnant monolithisme : rythmique rythmique rythmique ! Les solos ? Connais pas. De toute façon, ça doit servir à rien sinon on en aurait mis.
Alors pourquoi cet album obtient-il quand même une note supérieure à zéro ? Parce qu'au milieu de ce qui ressemble fort à une explosion en plein vol,
Dunkelgrafen à UNE idée, UNE SEULE ! Et non seulement c'est une BONNE idée, mais en plus le groupe l'utilise de manière EXCELLENTE ! Cette idée, c'est tout simplement d'avoir deux vocalistes, chacun avec un chant bien Black (voire un peu
Death pour l'un) mais qui sonnent différemment l'un de l'autre. Les deux chants sont utilisés à part égale sur chaque morceau, et jouent parfaitement l'alternance en se renvoyant parfaitement la balle au niveau des répons. On pouvait craindre que l'un d'entre eux ne serve que comme support, ou pour des choeurs, mais ce n'est pas le cas. Histoire de rigoler un coup, l'un des chanteurs est aussi le claviériste du groupe... Comme quoi, il ne faut pas désespérer. Surtout que l'intro et l'outro sont très correctes, bien que mal produites. Mais de toute façon, la production est à chier sur l'ensemble de l'album, donc on finit par ne plus y faire gaffe.
Dans les points permettant de revoir cet album sous un jour positif, on peut aussi noter que la seule chose plus mauvaise que
Dunkelgrafen sur disque restait quand même
Dunkelgrafen sur scène. Pour les avoir subi au Under
The Black Sun en 2000 (dur à croire que ce jour-là la tête d'affiche était
Judas Iscariot, pour l'un de ses seuls concerts européens), je peux vous dire que ça en avait fait dessaoûler plus d'un... Qui s'étaient immédiatement replongés dans l'ivresse sauvage dans le but de comater avant d'en entendre plus.
C'est la découverte que je possédais encore ce disque (que je croyais avoir réussi à vendre il y a des années) ainsi qu'une pointe de nostalgie qui m'ont poussé à lui redonner une chance.
Eh bien laissez moi vous dire que la nostalgie, ça fait parfois faire de belles conneries. Réécouter cet album en était une.
ha ha ha merci pour cette chronique!!!
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