Dans les années 90 et début 2000 apparaissait un courant nouveau pour les musiques extrêmes. Las de proférer uniquement la violence et la brutalité bon nombre de nouvelles formations ont vu en la mixité et la diversité de leur art un renouveau qui pourrait établir un ordre novateur et sain pour des genres extrêmement bâtards et pourtant à ce moment là, un poil redondant. Ainsi les plus célèbres d'entre eux ont fini suffisamment connus et appréciés pour exister, aujourd'hui encore, presque vingt années plus tard, tel les
Anathema, les
Opeth, ou les plus récent, comme
Alcest, Solstafir, etc...
Le Black
Metal a plus fait les frais que les autres genres de cette « reconversion » musicale. Cependant, en tendant à s'accrocher à des valeurs nouvelles, la grosse majorité de ces formations n'a pas renié son penchant nostalgique envers les meurtriers et grands bruleurs d'église qui ont fait la magique décennie des 90's. Ainsi en incluant la mélodie et les belles harmonies au son, aux compositions torturées, aux blast beats et autres touches du BM, ces groupes se sont forgés une identité qui est devenue une marque de fabrique reconnue pour certains d'entre eux.
Sagas, dont je vais parler à présentn, est une formation allemande qui a réalisé et sorti son premier EP «
Traumwanderer » en avril de cette année 2014 qui finit, lentement.
L'adjectif lent, est d'ailleurs celui que je ne peux qu'utiliser pour qualifier mon processus d'accroche à cet album. Cela fait maintenant un mois et demi que je le torture et le saigne, et je n'arrive toujours pas à ressortir d'élément qui me permet de décider définitivement si, oui ou non,
Traumwanderer est un bon disque.
La première chose que l'on constate en entamant la première écoute, est que l'on a affaire à ce genre de groupe qui décide de privilégier les ambiances lumineuses au détriment de l'aspect abyssal du black metal, à la manière d'
Alcest par exemple. Seulement voilà, même si la mélodie est doucereuse à la limite de l'enivrement pour celui qui se laisse porter, apparaît rapidement l'élément qui perturbe tout en un quart de secondes: la voix de Christian Freiberger, vocaliste de la formation.
Son chant est rauque, agressif, supporté par une langue qui ne se laisse pas forcément apprécier pour sa douceur – ils chantent en allemand – et me pousserait plus vers une sorte d'état transitoire instable et colérique, que nuageux et léger. Premier gros point noir.
En effet, la première chose que j'ai pensé en jetant mon oreille sur l'EP, c'est cette scission violente entre la mélodie et la voix. On dirait un album d'
Alcest chanté par le clan Möbus d'
Absurd. Assez déroutant, perturbant et même parfois gênant, tant on aurait préféré un autre type de chant pour accompagner, car cette voix violente et agressive ne se fond pas assez dans le tout, et est totalement à part et n'apporte rien de concret au reste des compositions, si ce n'est cet état d'incompréhension constant.
La production est moderne. Propre et soignée, laissant apparaître tous les instruments en leur accordant une place qui permet d'apprécier la vue d'ensemble.
D'ailleurs, Sagas a fait le choix de jouer la quasi majorité de ses lignes rythmiques avec un son de guitare clair et non distordu, pour faire (peut-être?) un peu opposition à la violence de la voix.
Le tout ressort sans fioriture et sans attrait grandiloquent, malgré les bonnes idées (et il y en a de très bonnes, comme la mise en avant de la basse sur un passage de « Königsmord », certains riffs mélodiques assez forts). On ne ressent pas complètement les émotions claires, mais on ne ressent pas non plus la brutalité et la violence du style, malgré les martèlements de la double pédale et quelques entrées plutôt catchy.
En conclusion, Sagas est un groupe encore indécis. Les idées sont là, mais pas exploitées suffisamment, pas poussées à leur paroxysme, ce qui les place à la fois au centre d'une scène « à la mode » tout en les démarquant vers une tranche de ces groupes pas forcément intéressante. Il n'y a pas grand chose à quoi se raccrocher, on ne ressent pas assez de passion.
Cependant, il faut noter que Sagas est encore un jeune groupe, puisque fondé début 2013. On espère entendre d'eux un prochain effort plus travaillé et plus puissant. Et peut-être avec un type de chant différent. Aussi.
N.
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