Certains ici se rappelleront de
Torturer grâce au split sorti avec
Misanthrope, en 1991. Les Chiliens de
Torturer existent encore et ont, depuis, tracé leur route, après un silence de dix ans, dans un anonymat certain, du moins dans nos contrées. Le double album, sorti chez
Australis Records, ambitieux sur la forme (on pense à la doublette
Omega White / Alpha Noir de
Moonspell dans l'idée), propose un album de pur thrash /deathmetal pour les 8 premiers morceaux (le percutant "Matando
Angeles" en vidéo ci-dessous permettra de se faire une idée du bastonnage en règle en vigueur), et une sorte de heavy/dark plus malsain pour le deuxième disque. Le tout enveloppé dans un Digipack avec paroles et photos des musiciens, agrémenté de Photoshops convenues.
Pour le premier CD,
Torturer alterne ses morceaux vociférés tantôt en espagnol et en anglais, avec une égale aisance chez Francisco Cautin, également bassiste. On pense à
Protector (le terrible "
Death Smells
Silence"), ou aux Australiens de
Herratik, soit un thrash à la lisière du death (l'ombre d'
Altars Of Madness rôde sur le début de "Screaming From The Deep Sea" avant un pont en arpèges de toute beauté au milieu du titre), rythmique, furieux et sauvage, pas dénué de breaks intéressants, voire de soli subtils. Martin Valenzuela manie parfaitement son kit et ses cymbales (le bon "Fighting For All", heavy et propice au headbanging le plus furieux). Les vocaux de Cautin, gutturaux sans verser dans le deathmetal pur et dur, satisferont les fans à la frontière du thrash et du death, comme ils se pratiquaient à la fin des 80's (
Protector, le
Sepultura d'avant 1990). Alternant titres rapides et furieux avec quelques parties plus posées, voire acoustiques,
Torturer rend justice à ses origines Sud-américaines rendant son thrash/death féroce et agressif. Les titres composés par Sébastian Morales et Cautin sont enveloppés d'une aura malsaine bien restituée, et sauront plaire aux fans de thrash/death simple, mais pas simpliste, et efficace. Une belle surprise de 35 minutes !
Le second disque, plus heavy, est constitué de titres uniquement écrits dans la langue de la patrie d'origine de Tom Araya, versant plus volontiers dans des riffs posés et des parties acoustiques plus présentes, avec 4 interludes instrumentaux sur 8, lents et funèbres, ("Ascension", "Sepultum", proches d'un
Icon -
Paradise Lost), renforçant l'ambiance voulue. Bien que ne rechignant pas à accélérer lorsque les nécessités de séquencement s'en font sentir ("Destructores De La Vida" ou "Mente Asesina", plus lourds, mais renvoyant au premier CD dans le style pratiqué),
Torturer aborde également le dark-metal proche d'un
Moonspell ("Desperate!" longue litanie de plus de 8 minutes déclamatoire agrémentée de boucles répétitives). Cassant ainsi le style plus barbare du premier disque,
Torturer présente une facette différente, qui pourra surprendre de prime abord. Les deux styles n'étant pas forcément très proches, c'est une démarche courageuse et plutôt ambitieuse de la part d'un groupe que l'on devine doué (la paire Garcès/Morales ne fait pas semblant du tout) tout au long de 41 minutes qui pourront paraître longuettes toutefois de ce second disque.
Si l'on peut être dubitatif devant ce double CD, ambitieux sur le fond et la forme pour ce style de groupe, chaque CD peut être pris séparément, et sera à considérer pour ce qu'il est. Soit un pur album de thrash/death barbare pour le premier, fort réussi, et aux accents fin 80's. Et un album de Heavy/
Dark-
Metal souvent déclamatoire et pas désagréable proche des premiers
Moonspell ou
Paradise Lost en moins léché, toutefois. Le tout formant un pavé, finalement hétéroclite et difficile à avaler d'une traite, tant les styles sont peu complémentaires. Un peu le handicap de l'exercice, en fin de compte.
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