Une pochette et un livret immonde, un logo dégoulinant et illisible, une musique repoussante.
Wormphlegm sait attirer l'auditeur, il n'y a pas à dire... Voilà un moment que j'avais envie de chroniquer cet album, seulement, comme ce n'est pas le genre d'album qu'on écoute tous les jours, et rarement d'une seule traite, j'ai attendu de le glisser à nouveau dans ma platine. Je m'allonge dans le fauteuil, face aux enceintes. Attention, l'imparable cauchemar va démarrer. Cinq. Quatre. Trois. Deux. Un.
Imaginez une pièce plongée dans le noir, sans porte ni fenêtre. Imaginez un cube opaque dans lequel vous êtes allongé. Imaginez le plafond qui descend lentement, à moins que ce ne soit l'air qui s'épaississe. Quoi qu'il en soit, dans soixante et une minutes, vous serez mort, soit écrasé, soit par asphyxie. Imaginez.
Voilà à peu près l'atmosphère qui se dégage de "
Tomb of the Ancient King". Les trois titres qui le composent sont d'une lourdeur asphyxiante, une interminable et délicieuse agonie.
Il faudrait trouver une autre dénomination que "doom funéraire" pour désigner la musique de
Wormphlegm, une des plus malsaines et poisseuses qu'il m'ait été donné d'écouter. En effet, ici, on est très, très loin de
Shape Of Despair et de
Pantheist et de leurs claviers mélodieux. La musique de
Wormphlegm se situe à mi chemin entre disons...
Thergothon,
Bunkur et
Abruptum. Juste pour situer vaguement. Quelque chose qui pourrait s'appeler, au choix "suicidal/sick/insane doom", ou tout simplement "doom innommable"...
Le premier titre "Epejumalat Monet Tesse Muinen Palveltin Caucan Ja Lesse" dure tout juste une demi-heure, et roule, pendant toute la première moitié, lentement, très lentement (50/60 bpm environ) sans aucune pause, sans aucun intervalle si peu atmosphérique soit-il. Cela commence par une ligne de piano, la même note répétée inlassablement, parfaitement lugubre et mortuaire. Puis entrent les guitares, l'une grasse et lourde, un rouleau compresseur, l'autre aigüe et archi saturée improvisant un thème improbable et lascinant. Une batterie au minimum, une voix gutturale, l'autre suraigüe. Au bout de 15 minutes, on est déjà harassé et hypnotisé. C'est alors que le rythme s'accélère, presque un blast, disons un mid tempo rapide et saccadé comme le doom en a le secret. La clotûre du morceau se fait sur la note de piano initiale. Une merveille, une nécropole mise en musique.
Commence alors "
Tomb of the Ancient King", le titre éponyme, le plus court et le meilleur des trois. Une lenteur martiale et une ambiance à couper à la tronçonneuse. Un relent de putréfaction tenace et généralisée s'en échappe. Une délicate fragrance de charnier. Ce n'est plus funéraire, c'est funèbre, et en grande pompe (hum...). La guitare solo débite des lignes presque incohérentes, mais incroyablement glaçantes, à rendre fou le plus équilibré des êtres humains. On sent monter dans le ventre une sorte d'angoisse de plus en plus palpable et irrépressible. On sent littéralement les vers grouiller.
Le dernier titre, "
Return of the
Ice Age and the Tortyrant", est le morceau le plus lent et le plus insoutenable. Il requiert une écoute unique à lui seul, à mon avis, tant il est brutal dans l'abrutissement qu'il provoque, tant il est disharmonieux, dissonant et écrasant de par son tempo proche de la syncope et ses guitares assommantes. Les voix se font hurlements, à la manière d'un
Abruptum. Le réveil est douloureux. On ne sort pas de l'écoute indemne.
Le duo a également un autre projet du même calibre, du nom de
Tyranny. On se demande ce que la vie leur a fait pour qu'ils fassent cette musique, un tel condensé de haine barbare (lisez les paroles de leur première démo, c'est proprement hallucinant), de putréfaction et de mort. On peut également se demander ce que la vie a fait à ceux qui apprécient cette musique, se laissent envoûter et noyer dans cette pourriture qui suinte entre chaque note.
Un album a réserver aux inconditionnels chevronnés de doom, pas forcément funéraire d'ailleurs. Un chef d'oeuvre absolu dans le genre, un "worship album" en perspective.
Bipol@rDisorder
Complètement d'accort et merci de cette chro que je n'avais jamais lu ( bon j'interviens 10 ans trop tard mais bon.... ;-) )
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire