Les formations sud et latino-américaines oeuvrant dans le registre
Metal Symphonique, à l'instar d'
Abrasantia,
Vandroya, Enigmatica ou Elessär, commencent à être de plus en plus nombreuses à battre le pavé. Créé en 2007, le groupe vénézuélien Daidalos, venu de Caracas, s'inscrit précisément dans cette veine. Après avoir préalablement construit son projet musical sous l'égide d'une patte gothique plutôt sombre, le combo œuvre désormais dans un metal symphonique gothique corrosif, ayant dès lors densifié son instrumentation et solidifié ses arpèges. Contrairement à nombre de ses compatriotes, il s'est davantage inspiré de l'univers d'
Epica que de celui de
Nightwish. Prudent dans sa démarche, il nous octroie un modeste EP cristallisé sur un ruban auditif de seize minutes sur lequel se succèdent trois titres, simplement.
Commençons par faire les présentations. Le sextet compte en son sein : la mezzo-soprano Verónica Canelón, avec de faux airs de Simone Simons (
Epica) dans le grain de voix ; les guitaristes Victor Rondón (lead guitare) et Juan Carlos Rebolledo (guitare rythmique) ; María López, au violon et aux growls ; le bassiste Diego Angulo et le batteur Antony Plaza. Les compositions témoignent d'une technicité éprouvée pour chaque partie, de lignes mélodiques un poil ternes sans être engloutissantes, d'une opportune juxtaposition des instruments entre eux. Grâce à un travail minutieux relatif au mixage, les lignes de chant et les espaces orchestraux font jeu égal. Une qualité d'enregistrement convenable et des arrangements de bon aloi offrent un rendu digne de productions plus affûtées dans ce registre metal. On regrettera, cependant, quelques carences concernant les finitions et les enchaînements. Mais, on suit le process auditif sans encombres. Enfin, l'artwork de la pochette, au fin tracé et à l'atmosphère énigmatique, renseigne sur la logique conférée au message musical dont ce projet est porteur.
Dans l'ensemble, on observe que rares sont les moments d'accalmie, tant le groupe a requis une dynamique rythmique frondeuse, en majeure partie d'obédience symphonique gothique, tout en déployant une roborative instrumentation. Violent, magmatique, instrumentalement dense, «
Through the Shadows of Time », titre éponyme de l'opus, fouette le tympan par sa puissante rythmique et ses riffs échevelés, d'inspiration power, dans un climat diluvien d'obédience gothique, le tout naviguant sur un océan synthétique houleux. La belle fait valoir ses trémolos habilement délivrés sur quelques moments sereins à la dérobée. Mais, les refrains ne parviennent pas réellement à nous impacter, tant on s'y perd en technicité vocale et instrumentale. Un piano fou qu'on n'attendait pas s'intercale dans ce déluge orchestral, où surnage une interprète bien inspirée mais desservie par un tracé harmonique quelque peu déroutant. Ainsi, l'accroche ne s'effectue qu'imparfaitement sur un titre qui aurait gagné à alléger le convoi instrumental de quelques gammes superflues. Même mouvance pour son voisin de piste. Ainsi, des nappes synthétiques, violoneuses et un piano délicat nous enveloppent d'entrée de jeu, avant le déploiement d'une section rythmique ravageuse et une profusion de riffs acérés sur « Running Away », d'inspiration gothique symphonique, dans la lignée d'
Epica. Des grunts rocailleux assistent la belle dans ses pérégrinations oratoires sur un titre au climat tourmenté où le tracé mélodique ne se fait pas très rassurant. Un pont calme la tempête pour un temps avant de se faire balayer par une tornade percussive et par le déchaînement des éléments instrumentaux, au sein desquels le duo vocal tente de se frayer un passage. Une chute clôt on ne peut plus brutalement le chapitre.
Cependant, le combo n'a pas manqué de nous livrer quelques moments plus satinés. Ainsi, de soyeux arpèges au piano assis sur un parterre synthétique feutré aux accords hispanisants nous invitent à pénétrer au cœur d'une ballade progressive sensible à l'aune de « Deep
Ocean ». Les câlinantes ondulations de la sirène, non sans rappeler Simone Simons (
Epica) dans les montées, s'imbriquent sur des couplets qui, sans se montrer désagréables, ont du mal à capturer nos émotions, en raison d'un cheminement mélodique imprécis et peu lumineux. Sur les refrains, on aurait espéré plus d'emphase également. Néanmoins, les envolées lyriques de la mezzo-soprano ne sont pas sans mérites, le long d'une rythmique devenue progressivement plus prégnante, massive. On appréciera aussi un beau délié à la lead guitare corroborant quelques vibes déclenchées par la jeune interprète. Un break opportun permet à la cavalerie de redémarrer de plus belle pour nous immerger dans une forêt instrumentale virulente où la belle place alors sa note la plus céleste, l'ensemble s'achevant prestement.
On ressort de l'écoute de cette menue rondelle à la fois aspiré par tant d'emphase instrumentale et un peu sur la réserve concernant l'axe harmonique. Malgré les qualités indéniables de la valeureuse sirène pour faire ouïr ses fines inflexions, la sauce a parfois du mal à prendre, en raison d'un cheminement mélodique à l'esthétique peu ragoûtante sur les refrains. Arguons qu'une empreinte doom héritée de leurs premières gammes semble encore déployer quelques effets obscurcissant l'ambiance. Ce qui n'empêche que les introductions de pistes témoignent à la fois de sereines harmoniques, d'un certain sens de la justesse relative aux gammes et aux arpèges insufflés par les musiciens, et d'une cohésion groupale non à prendre en défaut. Pour le moment, on ressent un réel potentiel technique chez ce collectif. Le propos reste néanmoins à exploiter encore, sur le versant artistique et émotionnel, pour se hisser au niveau de ses homologues stylistiques de son aire géographique.
Cette première auto-production est à considérer dans son jus pour l'apprécier. Donc, elle pourra attirer une oreille attentive chez l'auditeur aspiré par l'univers metal symphonique à chant féminin, pour le plaisir de la découverte. Et ce, à condition de ne pas succomber à la tentation de la comparaison avec ses pairs et surtout avec le principal modèle identificatoire. Quelques notes parasites évacuées de leurs portées, davantage de lumière mélodique et de variété dans les joutes oratoires, sont des éléments à considérer pour que cet intéressant projet soit viable à long terme. Au regard de la détermination du groupe à chercher à en découdre dans ce registre, les efforts requis seront certainement au rendez-vous dans une prochaine offrande...
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