Vivier inépuisable de formations deathmetal de qualité, les Etats-Unis comptent autour de New-York l’un des foyers parmi les plus prolifiques et les plus passionnants, ayant vu émerger entre la fin des 80's et le début des 90's une pelletée de groupes d’influence notoire tels qu’
Immolation,
Mortician,
Suffocation ou
Morpheus Descends. Originaire de Yonkers au nord du Bronx,
Deathrune se forme quant à lui sous l’impulsion du guitariste Chris Shaw. Les premières années se traduisent par plusieurs changements de line-up, et montrent aussi des divergences entre les musiciens, à l’image de l’opposition entre les morceaux
Eyes of
Hate et
Beneath the Cypress Groove tous deux issus de la 2ème demo-tape, le premier tombant comme un cheveu au milieu de la soupe tandis que le second trace distinctement le futur de
Deathrune.
L’affaire se précise en 94 lors de la 3ème démo,
Memories of the Exhumed, constituant à mon sens l’apogée de
Deathrune. Chris Shaw s’est entouré d’un noyau stable autour de Mike Saez (g), Dennis Gladwell (b) et Diego
Bittencourt (d), une force de composition à quatre qui permet de bâtir des morceaux parmi les plus percutants du répertoire des 'yonkers', comme
Forgotten Path ou la piste éponyme. L’enregistrement confié aux bons soins de Roger Beaujard (
Mortician) apporte une lourdeur toute particulière que l’on retrouve chez
Mortician ou
Deteriorot, un son massif qui prend ici toute son ampleur.
Immortalisée en 95, la quatrième et dernière maquette Remain Forever Entangled consolide quant à elle le répertoire, servant largement de base, avec les titres de la précédente démo, au futur album qui se dessine à grand pas. Sans être médiocre, la capture de
Jim Forbes au studio
Vortex manque en revanche de consistance, le groupe étant ainsi privé d’une partie non négligeable de sa puissance. Cette année marque enfin la dernière participation du growler Kelly Izquierdo, remplacé sans préjudice et au pied levé par le guitariste Mike Saez, qui s’empare donc en plus du micro.
En 96, à l’occasion de la capture de son premier album
Those Who Choose the Fallen,
Deathrune réitère étrangement le choix du studio
Vortex et de son ingénieur
Jim Forbes (assistant de
Wayne Dorell lors des sessions d’Here in After -2nd album d’
Immolation-), bénéficiant d’un enregistrement similaire, qui possède ainsi les mêmes faiblesses. Chris Chaw indiquera plus tard que, selon lui, le manque de punch de certains riffs proviendrait en partie de la différence d’attaque entre son jeu et celui de Mike, là où les lignes de guitares rythmiques auraient dû être confiées à un seul des deux interprètes pour plus d’efficacité (pleins pouvoirs donnés par exemple à
Jack Owen sur Tomb of the
Mutilated -3ème album de
Cannibal Corpse-).
Malgré quelques longueurs et une capture perfectible, chaque morceau de
Those Who Choose the Fallen transpire ce bon deathmetal est-américain, calé entre
Morpheus Descends et
Baphomet, un style lourd, rugueux et caverneux, bâti sur des rythmiques massives et des riffs acérés, à la senteur des cimetières. Les toutes dernières compositions sont solides comme le roc, à l’image du génial Plague March en ouverture, ou du tout aussi bon Deserted Churchyards composé durant l’absence de Chris (en vacances méritées).
Assez mécontent de l’enregistrement, sans véritable opportunité,
Deathrune entre malheureusement dans une phase de léthargie, son projet de trouver un label et de sortir son premier album tombant parallèlement aux oubliettes. Mike Saez s’embarque quant à lui avec
Incantation pour quelques années, le temps d’enregistrer deux disques avec la formation, non sans recycler quelques compositions de
Deathrune, pour citer toute la base instrumentale d’
Impetuous Rage (
Infernal Storm -4ème album d’
Incantation-), qui n’est autre que le morceau Ghostwinds issu de
Those Who Choose the Fallen.
Il faut attendre 17 ans, grâce à la bienveillance du label espagnol
Dark Blasphemies en 2013, pour que l’album oublié fasse enfin surface dans une très belle édition 2CD, agrémentée des quatre demo-tapes de la formation. Bien que modestement enregistré,
Those Who Choose the Fallen (à l’intro recomposée par Diego le batteur) ravira à coup sûr les nostalgiques du vieux deathmetal de l’état de New-York, un vrai cadeau tombé du ciel en ce qui me concerne. Les détracteurs pourront quant à eux se repentir lors de l’écoute de la terrible maquette
Memories of the Exhumed, qui montre à mon humble avis le meilleur visage de
Deathrune.
Fabien.
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