"Blank features bleached and eroded by dismay
Pride capitulated before the
Relentless waves"
Ces lignes issues du morceau "
Odious Tides" explicitent bien l'univers abordé par
Dawn of
Azazel sur ce nouveau disque. La relation entre Homme et Nature dans une intemporalité mythique. Soit en opposition, soit dans un rapport de domination, soit sublimée. Le nom de l'album est révélateur de cette confrontation: "La marée de Damoclès", comme s'il s'agissait de la narration d'un récit mythologique, à l'origine réflexion sur les différentes facettes du pouvoir, transposée dans cette nature. Un environnement indomptable présenté comme sauvage, mais aussi personnifié. L'intérêt du disque est qu'il ne donne aucune clé, aucune lecture prédéfinie. Il se contente de rapprocher les deux termes, par quantités de métaphores et champs lexicaux choisis, laissant le champ libre à l'appréciation de l'auditeur.
Dawn of
Azazel au travers de ces premiers méfaits se présentait avant tout comme une entité fleurant bon le
Misery Index et le
Dying Fetus. Vous l'aurez compris, il officie dans cette combinaison redoutable qu'est Death + Hardcore. Soit un Death passablement violent, aiguisé finement et soutenu par une technique millimétrée et entrecoupé de redoutables mosh-parts et d'une voix expressive moins growlée. Ces deux composantes sont directement issues du Hardcore, tout comme certaines rythmiques plus entraînantes. Mais déjà, il suivait moins les schémas classiques du genre, avec cette acmé via des mélodies discernables, à l'instar d'un
Misery Index, ou l'association de groove et de shreds chez
Dying Fetus. Mais lui préférait être plus compact, pour plus d'intensité virulente. Le groupe avait achevé de peaufiner cette recette sur le redoutable
Sedition.
Le premier contact que l'on aura avec ce "Tides of
Damocles" c'est cette pochette. Une trombe, une spirale liquide qui menace d'engloutir un îlot rocheux, un humble roc surgit de la démence des flots et sur lequel, esseulé, se détache un pin ballotté par les vents. Tous les éléments de la musique de
Dawn of
Azazel, s'y trouvent. La furie du typhon, c'est la violence de leur propos. La solidité technique de la mise en place c'est le roc. Et cette masse liquide, menaçante mais esthétique et mouvante, nous informe que l'album propose peut-être autre chose.
Le précédent opus s'avérait tirer considérablement sur le Hardcore et restait majoritairement mid-tempo, avec un chant et une structure proches de ce second univers, et même s'il proposait nombre de riffs découpant et une solidité indéniable dans sa mise en place, il restait une déception.
Ce nouveau disque, lui, met en exergue une maturité nouvelle, un bond en avant dans la manière dont les Néo-Zélandais appréhendent leur musique. Car, non contents d'avoir rétabli l'équilibre entre les deux tendances, ils n'ont rien fait de moins que de se forger une nouvelle identité encore plus forte, les différenciant indéniablement des autres acteurs de cette scène.
La formation conserve du Hardcore cette tension, cette hargne dans les vocaux et quelques breaks, moins nombreux, mais toujours dévastateurs ("
Strike First,
Strike Hard,
Strike Often"), conférant aux titres proposés nombre de variations rythmiques délectables. L'ensemble est beaucoup moins "groovy" comme l'est
Dying Fetus sur son dernier album. Toutefois, les titres se retiennent assez facilement ("Vassaplasty"), mais ils s'avèrent moins aisément appréciables, moins immédiats.
A cette première modification qu'il radicalise sur cet opus,
Dawn of
Azazel achève de se démarquer en injectant une dimension atmosphérique non-négligeable au sein des morceaux. Le départ de l'album, avec cette façon de laisser les accords expirer pour ensuite abruptement partir sur une rythmique hachée tout en saccades, donne le ton. L'album n'est pas qu'une simple démonstration de force, un exercice destiné à permettre des lives redoutables. Il développe ainsi une manière unique de faire, à la fois au travers d'un son de guitare peaufiné à l'extrême que le groupe laisse bien souvent sonner dans un contraste réussi avec des moments plus nerveux et agressifs, mais en glissant aussi quantité de mélodies courtes et facilement mémorisables et surtout des dissonances éparses ("
Odious Tides"), dont le rendu parfois n'est pas sans évoquer un
Ulcerate en beaucoup moins abouti. Mais cette façon de mêler technique, atmosphère et agressivité pousse à rapprocher les deux groupes. Tout ceci permet désormais à
Dawn of
Azazel de se distinguer aisément de ses aînés par une classe, une maîtrise imparable et une certaine modernité compte tenu de l'étroitesse du créneau musical.
Comme toujours, l'album n'est pas exempt de défauts, notamment quelques longueurs où l'on ressent comme un empilement d'éléments, et une qualité de composition qui faiblit sur certains titres, surtout celui de 8 minutes qui clôture l'album. Preuve que le groupe n'est pas toujours à l'aise dans sa nouvelle formule.
Mais ces relâchements restent rares sur l'ensemble des 50 minutes que dure l'album. La proposition de
Dawn of
Azazel ne manquera pas d'en désarçonner plus d'un, manquant de puissance, d'énergie brute ou dévastatrice et finalement de prévisibilité, car refusant de s'inscrire dans les codes des groupes auxquels on avait l'habitude de le rattacher. Cependant, c'est au profit d'une plus grande finesse et d'une sensation toujours appréciable car de plus en plus rare, inouïe. Bien que ce ne soit sûrement pas le meilleur disque de l'année, même en Death, il reste néanmoins l'un des plus intéressants par sa singularité.
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