Les Grecs ont toujours été de fins connaisseurs en matière d’astronomie, et même des avant-gardistes, l’Histoire l’a amplement démontré. Aristarque, Eratosthène, Hipparque… autant de fins observateurs qui ont compris (et prouvé) bien avant tout le monde, avant Jésus-Christ, et surtout avant que l’Eglise ne vienne poser son satané voile obscurantiste, comment fonctionne réellement notre Univers.
Mais, trêve d’Antiquité et revenons à notre époque contemporaine. En l’an 2009 précisément, qui marque la fondation du projet
Darchon, imaginé par un certain Stavros Antarktos, originaire de Thessalonique et manifestement passionné d’astronomie. En replaçant les choses dans leur contexte,
Darchon n’est pas à proprement parler un avant-gardiste, puisque son style black ambient emprunte les chemins que
Darkspace, Paysage d’Hiver et
Burzum avaient déjà tracés avant lui. Mais sa manière de reprendre à son compte ces illustres références a très largement de quoi marquer les esprits des adeptes du genre.
Immense défi, donc, que celui de s’élever à leur niveau. Mais le Grec s'est patiemment employé à le relever dès ses premiers enregistrements officiels, soit le split "
Enshroudment of Astral Destiny" (paru en
2012 chez le label russe Kunsthauch) et l'EP "
From Unknown Vastlands of Isolation and Death" (paru en 2014 en auto-production digitale, et récemment édité en CD par le label mexicain Self Mutilations Services). Deux aperçus autant inspirés que prometteurs, qui ont montré l'indéniable talent que possède
Darchon à travailler autant son aspect black
Metal que celui, hautement mélodique et envoûtant, de ses séquences purement ambient, ces deux facettes étant traitées chacune avec grand soin et se complétant mutuellement avec une aisance frôlant l'insolence.
Deux petites expéditions qui ont idéalement pris la mesure des distances cosmologiques en vue du grand périple "
The Stygian Black Beyond", lancé cette année sous l'égide de Kunsthauch.
Un premier album qui représente, en quelque sorte, une compilation, la quasi-totalité des morceaux présents ayant été composés au fil des années et mis à disposition en ligne. Néanmoins, il est important de préciser que tous les titres ont, pour l'occasion, subi un lifting sonore ainsi qu'une remasterisation pour assurer un équilibrage et une homogénéité d'ensemble. En résulte une production excellente, toute en clarté et densité, qui permet au Grec de disposer avec "
The Stygian Black Beyond" de son meilleur enregistrement à ce jour.
Niveau influences, c'est celle de
Darkspace qui est ici la plus palpable, les segments supersoniques que recèlent "Outer
Darkness" et "Auslander Hostility" y faisant clairement penser, de même que la vertigineuse et fascinante noirceur que dégage l'ambient "Caldwell 77". On retrouve donc le même type d’atmosphère que
Darkspace, sans pour autant que
Darchon sonne comme un simple clone.
En effet, celui-ci se démarque par le regard plus méditatif qu’il porte sur le macrocosme, n’hésitant pas à lever le pied pour se caler sur des tempos médium, voire complètement mettre en sourdine l’hyperpulse rythmique au détour d’une constellation, d’une nébuleuse ou d’un amas stellaire. Ainsi, les séquences ambiantes "
Apeiron", "Crossing the Celestial
Path to Infinities and
Beyond" et "Into a Cosmic
Solitude", traversées par un piano d’expression romantique et sombre rappelant les travaux d’
Aura Negativ, évoquent l’exaltation que l’on ressent à contempler l’immensité cosmique, à se représenter les paradoxes spatio-temporels en observant ces scintillantes lumières venant d’un passé lointain.
Une variété de cadences et des structures que n’aurait pas reniées Paysage d’Hiver, à ceci près que
Darchon évoque non le froid terrestre mais celui, très lointain, des objets transneptuniens ; et on notera également un feeling Burzumien sur les guitares, en particulier durant l’hypnotique "
Selene".
Le chant, quant à lui, se veut légèrement en retrait dans le mix, sans non plus créer de déséquilibre. Les guitares, bien que puissantes, ne sont pas surexposées, tandis que les claviers, représentant le moteur créatif, se retrouvent aussi pertinemment ajustés que riches en surprises (voir par exemple les petites touches électro de "Unseen Kingdoms", bien senties).
Bien qu’effectuant sa première grande mission, la navette
Darchon s’élève déjà en maître de l'osmose black metal ambient. Et "
The Stygian Black Beyond" s’avère un périple des plus passionnants, usant avec une grande habileté doublée d’une certaine personnalité des divers composants du genre pour en dessiner une magnifique carte céleste et nous régaler avec des compositions de haute volée, qui nous laissent dans un état de béatitude extrême. Bref, l'apanage des plus grands.
Enfin, les plus aventureux qui auront entrepris un petit détour par la version collector de l’album (tirage limité à 100 exemplaires) pourront y découvrir une séquelle des plus précieuses : un petit satellite nommé "
Cosmicism" et contenant deux titres inédits.
La première partie est dans une veine digne de l'éponyme de Paysage d'Hiver, avec la production bien "raw" que les amateurs du side-project de
Darkspace connaissent bien. Onze minutes purement fantastiques, qui démarrent sur un tempo très rapide avant de dériver vers un riffing plus lent soutenu par des claviers renforçant majestueusement l'atmosphère planante et hautement émotionnelle du morceau.
La seconde verse dans l'ambient pur et, bien que courte, s'avère parfaitement complémentaire.
Le tout servi par un magnifique packaging (pas en reste non plus pour la version "régulière" tirée à 200 exemplaires), le label Kunsthauch étant spécialiste dans l’art d'orner ses parutions au moyen des plus sublimes cadres pour en faire de véritables pièces de collection.
A tous les niveaux, un défi superbement relevé par
Darchon. Haut, très haut la main, jusqu'à en toucher du doigt les sphères célestes...
Cette chronique a été rédigée en étroite collaboration avec mon bon ami Vinterdrom que je remercie fortement pour l'aide précieuse apportée durant le développement et la finition de ce texte.
Rheindarst
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