Jésus est-il Le Sauveur ou un imposteur? Le pire serait qu'il nous ait été envoyé par un Dieu qui se moque éperdument du sort des hommes, qui s'amuse à donner aux plus désespérés, aux plus miséreux un espoir sans retour. Comment peut-on juger mes paroles du blasphème, de la croyance ou de l'incroyance? La connaissance et la foi se livrent un combat sans pareil. Le doute et le destin sont souvent des points de bascule. On devine le désespoir dans la foi inébranlable de "
Trouble", croyant à la victoire de l'amour, du Christ dans un avenir lointain. Cependant pour l'humanité, c'est chaque jour un peu plus l'enfer. Produit et arrangé en Californie, "
The Skull" arrive dans les bacs en 1985, sous la supervision de Brian Slagel, le patron du label
Metal Blade. Malgré la stabilité du line-up depuis leur précédent et premier effort éponyme (qui sera par la suite réintitulé "
Psalm 9"), on observe un petit changement. Le premier disque était essentiellement dominé par le heavy metal, bien qu'on y décèle quelques traces de doom metal, faisant du groupe un précurseur dans le domaine aux Etats-Unis. La suite coupe quelque peu les ponts avec le heavy metal pour se laisser aller dans le plus profond désespoir. Doom metal saves.
Désolation, là est le mot que l'on avance dès les premiers pas de "Pray for the
Dead". C'est orageux, maladif, imposant, montant doucement en volume, véritable prédateur cruel ne laissant aucun répit pour sa proie. Le riffing partage quelques similitudes avec son proche et jeune compatriote d'alors "
Pentagram". Le break du milieu est comme une incantation. La voix d'Eric Wagner si aiguë d'ordinaire, devient plus posée, mais pas moins dangereuse. Cette pause ouvre pour un solo de guitare quelque peu paniqué. Nous voila prévenu, la mort traîne ses haillons là-dessous. Point de panique quand on découvre la grande régularité de "Truth Is, What Is". L'auditeur sera même surpris d'y trouver un passage au groove particulièrement sexy dans le milieu de la piste, cela avant que la rythmique s'emballe par la suite. On revient à un doom metal particulièrement désolé, pesant et pieux sur "The
Wish". Pour le rencontrer il faut passer par une entame acoustique toute gracieuse et délicate. Il s'agit ici du morceau le plus long de l'album, dépassant les 10 minutes. Nous pourrons nous délecter notamment des ambitieux solos de guitares qui nous arraisonnent une fois passés le milieu de cette piste, surtout celui de clôture allant à une vitesse folle.
"
Trouble" nous fait l'honneur de servir ses riffs rapides et acérés qui font tout le charme de leur premier album sur le redoutable "Fear No
Evil". Ils exploitent un remous constant, une attitude agressive. L’envoûtement est inlassable. Sur "
Gideon", la rythmique est plus impétueuse encore. Les riffs manifestent tout leur mordant et le chanteur suit parfaitement le mouvement imparable, tout aussi incisif. Voila donc un superbe extrait heavy metal des plus emblématiques et impitoyables de la formation américaine. La rapidité de "
Gideon" rompt avec la rigueur ténébreuse du morceau éponyme. Véritable requiem. Eric Wagner adopte sa voix la plus douce, mais également la plus désœuvrée, en rapport avec ce doom metal obscur des abysses que alors "
Trouble". On entend en fond un arpège inlassable sensé accompagner notre âme dans les tréfonds. Celle-ci avait avant succombé aux tourments hypnotiques de "Wickedness of Man". Titre aux humeurs changeantes et variées, passant d'une rythmique planante à la cavalcade. Les guitares de Rick et de Bruce y exercent tout leur talent, et expriment toute leur maestria en solo.
L'homme est un éternel pêcheur, en éternelle rédemption. Il n'aura vraisemblablement jamais la conscience tranquille. Le Paradis n'est pas prêt de se remplir, si au moins il y avait un Paradis pour les hommes. Sur cet ouvrage de "
Trouble", plusieurs fois le Seigneur est invoqué. On chante ses vertus. On le décrit fort, généreux, capable de lever tous les obstacles, d'accueillir de ses bras tout le monde. Pourtant il règne une atmosphère morbide tout le long de ce second opus, comme si le croyant se nourrissant de pain noir commençait à douter de sa propre foi. Face à l'adversité, face à la malice de notre destin, les prières se font plus nombreuses, plus intenses, plus vaines. La faucheuse guette le croyant dans son fanatisme. La croix restera ce symbole de torture et de souffrance initié par les romains contre le Christ comme contre les troupes de Spartacus, contre les sauveurs et contre les libérateurs.
Seul le doute sauve et libère. Pour ce qui concerne "
Trouble", leur foi les happe dans les profondeurs. Par cet impressionnant volume, ils affirment haut et fort leur appartenance au doom metal naissant aux Etats-Unis. "
The Skull" est un must have du doom metal américain.
16/20
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