Le heavy épique ricain jouit en ce moment d’un sacré regain de popularité. Ceux qui naguère passaient outre des groupes comme «
Manilla Road »,
Slough Feg », «
Twisted Tower Dire » ou encore «
Brocas Helm », se sentent obligés de suivre le mouvement. C’est aussi ainsi que l’on voit apparaître des opportunistes de toutes sortes, des changements d’orientation de la part de certains groupes, mais aussi l’apparition de véritables projets consacrés à cette fameuse vague du heavy metal épique américain. C’est un peu la même dynamique qui a joué au profit de la vague de heavy revival apparu au milieu des années 2000 qui s’est évertuée avec plus ou moins de succès à singer la NWOBHM. Et bien sûr les gros labels ont flairé le filon. Parmi les petits nouveaux, l’un d’entre eux a été signé par le mastodonte
Metal Blade et privilégie ainsi d’une large distribution dès son premier album. En fait, c’est par l’intermédiaire du chanteur de «
Primordial », Alan Averill, que «
Visigoth » est tombé dans les griffes du géant. Celui-là après écoute s’est évertué à faire rapidement connaître le projet au label qui signe ses propres réalisations.
«
Visigoth » (wisigoth, en français) a été fondé officiellement début 2010 à Salt
Lake City sous la houlette de Jake Rogers, connu pour son projet «
Gallowbraid » et sa participation dans le all-stars band de folk metal « Folklodia » sur l’album de 2008 « Odes from the
Past ». Il va s’entourer d’amis et de musiciens locaux à ce but. Une démo, puis un EP vont rapidement paraître, édités en format cassette par
Swords & Chains Records et en format vinyle par le label irlandais Sarlacc Records et le fameux Cruz Del Sur. Bien que fortement inspiré par d’anciennes formations de heavy metal, voire de doom, «
Visigoth » n’est pas à placer dans le même fuseau que «
Manilla Road » et consorts. Il s’agit bien de heavy metal épique, mais se rapproche étrangement plus de la scène suédoise que de la scène de son propre pays. C’est peut-être involontaire mais le résultat est particulièrement éloquent à travers leur album «
The Revenant King ». Une production au poil, un chant quasi théâtral, des sonorités modernes et un afflux de mélodies, ça peut vous faire changer d’un seul coup d’époque et de continent. L’œuvre apparait donc décalée par rapport aux attentes, pour autant cela ne se traduit pas par de l’originalité. Une ville est assiégée, mais il ne s’agit en fait pas de
Rome.
Remontant à la tradition des vieux albums de heavy metal, le disque débute par le morceau éponyme. La rythmique est guerrière, musclée. On se dit illico que l’on va goûter à un heavy metal corsé, bien rustique. L’arrivée du chant de J. Rogers va tout chambouler. Mélodieux, épique, il créé néanmoins un contraste saisissant avec la partie proprement musicale, si abrupte et taillée à la serpe. On imagine dès lors curieusement que Mathias Blad, l’illustre chanteur du groupe suédois «
Falconer », a été invité pour l’occasion, mais il s’agit bien de J. Rogers. Un gain de fluidité et le renfort de chœurs au niveau du refrain fera encore une fois pencher la balance du côté de la Scandinavie. Bien que la tendresse de l’entame de «
Blood Sacrifice », si bluesy, servi par un doux arpège, fasse un premier temps songer aux compositions issues des albums pré-« Crest of the
Martyrs » de «
Twisted Tower Dire », «
Visigoth » va vite se rebiffer, gagner en mélodie et en rapidité pour devenir très clairement un ersatz de «
Falconer », encore une fois sur sa partie vocale, mais également dans sa musique, allant même jusqu’à frôler du doigt le power metal européen. La seconde moitié du morceau est d’ailleurs à retenir, éblouissant de puissance et de vitalité.
C’est dans une fougue heavy speed que s’élancera le rafraichissant «
Creature of
Desire ». C’est direct, très chaleureux. Il n’y a point de subtilité à l’horizon, Il y aurait même une certaine redondance, mais ça produit tout de même son office, grâce à son énergie et à la bonne humeur véhiculée. Celui-là opère ainsi plus efficacement qu’un lourd et étriqué « Iron Brotherhood », qui montre l’étendue de sa suffisance. C’est poussif, répétitif et complètement sabordé par le bruit intempestif des cymbales, que l’on aura perçu avec aigreur tout le long de l’album. Il faudra attendre approximativement la quatrième minute pour assister à une relève et à un solo fougueux du meilleur calibre, relevant la sauce, mais ne faisant point fuir ces désagréables bruits de cymbales. Cette batterie use d’un véritable handicap, qui sera ostensible sur l’étrange « Mammoth Rider », se singularisant par un heavy metal particulièrement solide, un refrain allégé à la «
Falconer », mais aussi par une phase doom metal arrivant de nulle part sur le dernier tiers fin, faisant songer sans ambages au doom metal si sombre des derniers «
Candlemass ». On relève même une fibre stoner dans l’exercice «
Vengeance », titre qui s’élance dans un lourd galop jouissif et qui ressort un jeu bien bourré, attrayant au départ, pour finir par paraître assez redondant. On sent ainsi les multiples explorations de «
Visigoth » pour tenter de recueillir le plus de richesse possible. Cela s’avère parfois semé d’embuches.
On ne nie pas l’attachement des membres du groupe au heavy metal des années 80. Qu’il soit britannique ou bien américain, d’ailleurs. Preuve en est avec « From the
Arcane Mists of
Prophecy » dont les premiers riffs de guitare font clairement songer à « Iron Maiden ». Cependant, le morceau se dévoile plus complexe, plus torturé et ombrageux, dès sa troisième minute, incorporant ici le violoncelle pour façonner des sonorités intimidantes. Un bref passage, qui sera rattrapé par le heavy metal typé 80s, plus pâteux que ce que nous avions entendu au commencement. Il y aura heureusement un admirable solo et un final épico-atmosphérique pour parachever le morceau. «
Dungeon Master » s’inspire aussi de la NWOBHM, mais le résultat rappelle pour le coup fortement les bulgares de «
Rampart » sur l’honorable volume «
Voice of the Wilderness », couplé bien sûr à du «
Falconer » pour ce qui concerne le refrain. Mais, où se situe ce fameux «
Manilla Road » worship tant annoncé ? Même sur la reprise du titre « Necropolis » du groupe de Mark Shelton, «
Manilla Road » se retrouve éclipsé par des afflux de chœurs, une hâte et une netteté sonore qui ne le ressemblent pas. La dite reprise reste tout à fait potable, seulement, y compris un amateur de heavy mélodique préférera la version originale.
L’expérience «
Visigoth » est très intéressante, mais pas véritablement à placer dans un top. Loin d’être compartimentée aux côtés des infatigables «
Manilla Road » ou «
Twisted Tower Dire », Jake Rogers et ses compagnons ont créé un mélange audacieux entre un «
Grand Magus » nouvelle formule et «
Falconer », parfois secondé par du heavy à la mode britannique. Ce qui n’a véritablement pas grand-chose en rapport avec le heavy épique US voulu initialement. Les Wisigoths n’ont pas attaqué
Rome, ils ont pris Stockholm. Comme ce heavy américain des années 80 est encore relativement peu connu ou exploré, tout comme ce qu’a construit les groupes suédois cités préalablement, certains n’y ont vu que du feu. On pourra néanmoins convenir de la qualité, de la fraicheur et parfois aussi de la dextérité de ce groupe qui est loin de démériter nos faveurs. Il sera par contre très curieux de voir la suite de leurs aventures et d’observer les réactions des différents auditeurs, dont on leur prie gentiment de découvrir les principaux groupes qui ont constitué cette grande et vertueuse vague du heavy metal épique originaire des Etats-Unis. Le roi est mort, longue vie au roi.
14/20
Dans le style, je recommanderais plutôt Eternal Champion (chez No Remorse), dont le chanteur Jason Tarpey apparaît d’ailleurs dans le clip ci-dessous. Chacune de leurs productions à ce jour (le split avec Gatekeeper et le très bon premier album "The Armor of Ire") rappellent selon moi avec beaucoup plus d’acuité les albums de Manilla Road et autres Omen.
Merci pour la kro :)
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