Les évènements de la vie façonnent qui l'on est et il est peu dire que la vie n'a pas été tendre avec Mick Mars. Même s'il est vrai également que ce dernier lui a bien rendu.
Je ne ferais pas l'affront de présenter le légendaire guitariste de Mötley Crüe, membre du combo californien pendant 40 ans et responsable de ses riffs et solo d'anthologie, autant par leur aspect rugueux et sale que par une accessibilité faussement simpliste. En comparaison de ses comparses qui ont tous oeuvrés en solo à un moment (
Vince Neil pendant son renvoi, Nikki Sixx à côté avec son projet Sixx AM ou
Tommy Lee dans d'autres genres musicaux), Mick Mars n'a jamais branché sa guitare ailleurs que dans le Crüe, malgré un disque solo qui réapparait comme une chimère depuis plus de quinze ans. Les évènements se sont accélérés avec son renvoi et remplacement par
John 5 (que Mars avoue adoré et dit de lui "qu'il est la personne parfaite pour le remplacer, bien qu'il soit trop bon pour jouer mes riffs") pour finalement aboutir désormais à la sortie de ce premier périple solo, logiquement intitulé "
The Other Side of Mars".
Pour s'éloigner au maximum de son groupe de toujours et des inévitables rapprochement que tous pourraient faire, exit les démos avec John Corabi et place à un line up créé pour l'occasion. Avec Paul Taylor à la composition (claviers), Ray Luzier (
Korn) et Chris Collier au duo batterie / basse et surtout, un étonnant duo de chanteur, le guitariste de 72 ans s'est donné le moyen d'un résultat autre qu'un album totem pour combler un égo que l'homme n'a jamais vraiment eu en comparaison de ses comparses.
Blessé par la maladie depuis de nombreuses années, si l'on pouvait croire l'homme fatigué, il n'en semble rien face à ce disque résolument moderne dans la forme et old school dans le fond. Propulsé par une production énorme de son ami allemand Michael Wagener (Accept,
Skid Row ...), l'album sonne gros, actuel et le rendu étonnamment lourd et heavy ne laisse jamais transparaitre les 72 ans d'un musicien qui pourrait juste attendre autour de son immense collection de guitare. Le choix de Jacob Bunton au poste de chanteur, relativement inconnu du grand public, est un doute qui s'envole très vite à l'écoute radicale de "Loyal to the Lie", véritable déflagration envers les anciens membres du Crüe, qui surprend par sa noirceur et sa virulence. Le refrain est efficace, le riff s'il n'invente rien fait bien plus parler la poudre que tout ce qu'a fait Mötley depuis deux décennies et évoque étrangement le rendu très heavy d'un "Generation Swine" que Mick a pourtant toujours dit détesté.
Soyons clair, le but de l'album n'est pas de réinventer la poudre mais de montrer une autre facette du musicien qui a toujours été dans l'ombre de Nikki côté composition. On ne pensait pas forcément entendre une telle mélancolie sortir d'un "Alone" prenant aux tripes par son interprétation et sa sincérité brute. Ni d'un piano-voix bouleversant comme "Memories", évoquant plus subrepticement l'émotion d'un Sixx AM sur le fabuleux "The Heroin Diaries", ouvrant parfaitement un "Right Side of the
Wrong" (jolie oxymore) massif et hymnique qui pourrait facilement propulser une belle énergie en live (si live il devait y avoir, ce qui est une autre histoire). Ce qui surprend surtout, c'est la précision de son jeu (même si l'on parle de studio) et l'amplitude des lignes de guitares là où son renvoi était normalement dû au fait que l'homme n'était plus capable de jouer convenablement.
Il faut aussi dire un mot sur la trouvaille Brion Gamboa, chanteur sur deux morceaux, inconnu de tous et conseillé par le producteur car Mick trouvait que Jacob n'interprétait pas "Killing
Breed" et "Undone" comme il l'entendait. Le premier témoigne d'un riff pachydermique et lent, presque grungy et plus proche du son de Seattle que
Los Angeles dans lequel le vocaliste insuffle une plus grande profondeur par son timbre rauque et littéralement cassé. "Undone" restera mon coup de cœur personnel, tant Mick décrit ce sentiment de vide et de désespoir qui l'a si souvent envahi, par un mid tempo d'une intensité rare, accompagné de lignes de violons déchirantes et d'un refrain qui arrache les tripes. Le chanteur y est exceptionnel pendant que les nombreux soli, simples mais très évocateurs, démontrent un vrai travail d'artiste, de compositeur et d’interprète bien loin de titres comme "Girls Girls Girls" ou "Same O' Situation" (des classiques glam). On pourrait également citer un plus hard moderne "Broken on the
Inside" (et son cri pour lancer le titre) qui se termine dans un petit délire numérique ou encore l'instrumental "LA Noir" qui permet aux racines bluesy de Mars de ressurgir pour le final.
"
The Other Side of Mars" est une réussite presque inattendue, plus subtile qu'il n'y parait et une parfaite réponse à un Mötlëy qui, il faut l'avouer, a multiplié les scandales depuis sa reformation (suite à "The Dirt") et les performances live plus que médiocres (le Hellfest et tant d'autres ...). Une preuve que, comme Nikki Sixx à la formation de Sixx AM, ces musiciens savent évoluer sans l'ombre parfois embarrassante du monstre qu'ils ont crées et surtout retrouver l'inspiration sans les carcans qui les enferment depuis tant d'années. Une belle preuve de résilience.
Une très belle chronique comme à l'accoutumé Eternalis. Je n'ai pas encore eu le temps de poser une oreille sur cet album solo du monsieur et, en toute franchise, je ne pensais pas forcément le faire vu que je n'en attendais rien du tout. Mais ta chronique m'a donné bien envie de m'y atteler. Merci à toi !
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