Il est inutile de présenter Peter Tägtgren tant sa contribution à la sphère metal au sens large, aussi bien en tant que musicien que producteur, est conséquente. Cela dit, si l'homme a un côté touche-à-tout et hyperactif, on aura du mal à le qualifier de précurseur,
Hypocrisy son groupe principal ayant par exemple pratiqué au début des années 90 plusieurs styles de death metal avec à chaque fois un train de retard sur la concurrence, ce qui l'a empêché de hisser ses albums au rang de véritables classiques.
Fin 94, alors qu'
Hypocrisy vient d'opérer un premier revirement significatif en ralentissant considérablement le tempo et injectant une coloration atmosphérique à son death sur "The
Fourth Dimension", le désormais trio décide de s'aventurer dans les contrées black metal. Au vu de l'activité restreinte du groupe, baptisé "
The Abyss" (deux albums et quatre années d'existence), on peut clairement parler de side-project avec un peu de changement par rapport à
Hypocrisy ; cela dit, au niveau instrumental, Hedlund et Szöke s'occupent des guitares, le leader assurant quant à lui les parties de basse et de batterie.
"
The Other Side" est donc mis en boîte au (bien nommé)
Abyss studio de Tägtgren, qui s'occupe aussi de la production, et sort début 1995 sous couverture
Nuclear Blast. On parlait de train de retard et c'est encore un peu le cas avec ce nouveau projet, l'imposant voisin norvégien ayant déjà donné quelques petites années auparavant ses lettres de noblesse à cette deuxième vague black metal au niveau européen, avec une flopée d'albums légendaires. La scène suédoise est cependant moins riche, avec
Marduk et
Dissection comme deux seules véritables figure de proue à cette époque (sans oublier cependant les sorties de
Dark Funeral,
Throne Of Ahaz ou
The Black et en mettant
Bathory à part).
Dès les premiers titres, on comprend ce à quoi on a affaire, à savoir un black metal relativement brutal, pas si éloigné d'un "Those of the
Unlight" dans l'esprit, avec ces riffs black caractéristiques et doté d'une production claire et puissante, loin du côté crasseux du true black norvégien. "
The Other Side" bénéficie par ailleurs d'un jeu de batterie solide de Tägtgren qui blaste sans coup férir tout au long du disque et des vocaux arrachés du leader (parfois doublés de réverb), éructant qui plus est des paroles dans sa langue natale.
Afin de briser une éventuelle linéarité, le groupe inclut pas mal de breaks (je recommande celui qui précède l'outro de "Tjanare af Besten" par exemple) alors que la reprise du morceau "
Massacra" de
Hellhammer (Apocalyptic Raids, 1984) avec son côté direct et entraînant et son riffing thrashy scinde judicieusement l'album en deux. Cela dit, et malgré les 29 petites minutes au total, cette linéarité pointe tout de même le bout de son nez, la faute à des structures souvent similaires, à l'absence de soli et à un riffing direct et efficace mais pas non plus inoubliable. Il est d'ailleurs difficile de sortir des titres du lot ; on peut cependant rajouter à "Tjanare af Besten", cité précédemment, les solides "
Psychomantum" et "Sorgens Dal".
L'album ne se referme pas non plus sur sa meilleure facette avec cet instrumental ambiant bizarroïde en guise de morceau de clôture. Mais, dans l'ensemble, "
The Other Side" est un premier effort honnête et sérieux, interprété par des musiciens compétents et chevronnés. Arrivé sur une scène black metal suédoise encore relativement vierge, il reste cependant trop peu ambitieux pour s'inscrire comme un disque véritablement marquant, loin par exemple d'un "Opus Nocturne" de
Marduk sorti au même moment et devenu quant à lui une référence incontournable.
Merci pour cette chronique qui axe une nouvelle fois idéalement la qualité intrinsèque de l'oeuvre et qui situe tout aussi bien cette dernière dans son contexte. En 1995, j'étais à fond dans le blackmetal, principalement scandinave, polonais, grec ou sud américain, et j'avais effectivement trouvé ce disque de The Abyss solide mais stéréotypé, loin de la magie immersive qui opérait encore à cette époque, notamment en Norvège. ++ FABIEN.
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