Nouvelle figure du metal symphonique à chant féminin,
Dream Map est un duo né en 2019 d'une idée originale du compositeur, pluri-instrumentiste et ingénieur du son hongrois Norbert Gobor (ex-
Symphonic Destiny). Prestement rejoint par Vivian Franken – parolière et chanteuse néerlandaise ayant commencé sa carrière par moult reprises, en
2012, et auteure sous le pseudo Viv
Shortie du single électro pop « For All of Us » (2016) – le duo commença alors à travailler sur ses premières compositions, avant d'enregistrer à distance les 13 titres de son introductif album studio, «
The Other Side » ; une galette généreuse de ses 73 minutes sortie quelque deux années plus tard chez DM Records.
Le combo nous octroie une œuvre metal mélodico-symphonique aux relents power, cinématique et progressif, à la fois pulsionnelle, rayonnante et enivrante, dont les influences de
Nightwish,
Delain,
Imperia,
Ancient Bards,
Amberian Dawn et
Lacuna Coil ne sauraient être éludées, bénéficiant d'arrangements instrumentaux de bon aloi. Intégralement produit, enregistré, mixé et mastérisé par Norbert Gobor, ce set de compositions jouit d'une péréquation de l'espace sonore entre lignes chant et instrumentation, de finitions passées au peigne fin et d'une belle profondeur de champ acoustique. A l'aune de ce premier effort, nos acolytes seraient-ils en mesure d'opposer une farouche résistance face à leurs si nombreux homologues ?
Ce faisant, nos compères seraient dotés de cette rare aptitude à accoucher ces séries d'accords qui font mouche et qui longtemps vous resteront gravées en mémoire, à commencer par leurs passages les plus enfiévrés. Ainsi, au regard de leurs refrains catchy mis en exergue par les chatoyantes inflexions de la sirène, c'est d'un battement de cils que s'effectuera l'accroche sur «
Black Horizon » et « Spark of
Hope », galvanisants up tempi power symphonique à mi-chemin entre
Nightwish et
Ancient Bards. On ne résistera pas davantage à la vague de submersion qui va s'abattre sur nous sous l'impact des vibes enchanteresses et des enchaînements ultra sécurisés inscrits dans l'adn du tubesque et ''delainien'' «
Avalon ». D'autre part, c'est cheveux au vent que l'on entrera dans la danse de l'offensif et néanmoins engageant «
Witchcraft ». Un hit en puissance dans la mouvance d'
Amberian Dawn (seconde mouture) qui pourrait bien faire plier l'échine à plus d'une âme rétive. Et comment ne pas se sentir porté par le ''xandrien'' «
The Prophecy » tant par sa ligne mélodique toute de nuances cousue que par ses insoupçonnées et prégnantes variations atmosphériques et rythmiques ?
Quand le convoi instrumental ralentit un tantinet sa cadence, l'inspiré duo trouve à nouveau les clés pour nous retenir, un peu malgré nous. Aussi ne mettra-t-on qu'une poignée de secondes pour se voir gagné par un headbang subreptice sous l'impact des couplets finement ciselés dont nous abreuve «
Escape from
Darkness » ; un grisant et théâtralisant mid tempo, nightwishien en l'âme, là encore mis en habits de lumière par les limpides patines de la déesse qui ne seront pas sans rappeler une certaine
Tarja à ses débuts. Dans cette veine, difficile également de se soustraire à l'invitant « Wanderer » eu égard à son refrain immersif à souhait et à ses enveloppantes nappes synthétiques que n'aurait nullement reniées leur maître inspirateur finlandais. Dans une même énergie, on retiendra encore l''imperien'' et bien-nommé «
Sirens Call » à la fois pour la soudaineté de ses montées en régime, sa touche orientalisante, la subtilité de ses harmoniques que complète le sulfureux appel de la belle. En revanche, on passera plus aisément son chemin sur le mid tempo « River of Death » qui, en dépit de sidérantes accélérations, est en proie à de tenaces linéarités mélodiques.
Lorsqu'ils nous mènent en de soyeux espaces d'expression, nos deux acolytes en profitent pour nous adresser leurs mots bleus les plus sensibles, avec, pour effet, de générer la petite larme au coin de l'oeil. Ce qu'illustre, tout d'abord, « Memories », une ''lacunacoilesque'' ballade sous-tendue par un fin picking à la guitare acoustique et de délicats arpèges au piano, et mise en habits de soie par les troublantes volutes de la maîtresse de cérémonie. Tout aussi chargé en émotions, « Golden Light » se pose telle une ballade romantique jusqu'au bout des ongles aux airs d'un slow qui emballe ; glissant le long d'une radieuse rivière mélodique et encensé par les caresses oratoires de son interprète, dont le filet de voix s'apparenterait ici à Judith Rijnveld (
Kingfisher Sky), l'instant privilégié pourrait bien faire quelques émules parmi les férus de moments intimistes. Enfin, sous couvert d'une poignante gradation du corps instrumental et oratoire que vient agrémenter un somptueux solo de guitare, la ballade atmosphérique progressive «
Eternity » se fait aussi hypnotique que pétrie d'élégance.
Mais ce serait à l'aune de sa dantesque pièce power symphonico-progressive et opératique en trois actes ("
Dark Desire", "Everlasting Love" et "
Journey’s
End" successivement) venant clôturer l'album que le combo serait au faîte de son art. Ainsi, le titre éponyme de l'opus, «
The Other Side », se pose tel une fresque déroulant ses quelque quinze minutes d'un spectacle épique et romanesque, où les coups de théâtre sont loin de manquer à l'appel et octroyant des arrangements instrumentaux d'excellente facture. A la confluence de
Nightwish,
Imperia et
Amberian Dawn, cette solaire offrande à l'inaliénable tapping et à la juste alternance entre péripéties et moments d'apaisement, se voit encensée par les fluides patines de la princesse, elles-mêmes escortées par une muraille de choeurs samplés. Sans doute le masterpiece de la luxuriante rondelle.
Si les sources d'influence impriment de leur marque le plupart des arpèges d'accords de la corpulente galette, le duo n'a toutefois manqué ni d'allant ni de panache, celui-ci nous livrant une œuvre certes convenue mais des plus solaires et impactantes, et jouissant d'une production d'ensemble ne concédant que de rares sonorités résiduelles. Varié quant à ses exercices de style et sur le plan rythmique, le méfait l'est en revanche bien moins eu égard à ses ambiances et son assise oratoire, la belle monopolisant le micro de bout en bout de notre périple. Il conviendrait également que nos acolytes consentent à l'une ou l'autre prise de risque, condition si ne qua non pour espérer magnétiser un tympan déjà sensibilisé aux vibes de leurs maîtres inspirateurs et surtout se démarquer de ses homologues générationnels, toujours plus nombreux à se bousculer au portillon.
Cet introductif effort dévoilant cependant la féconde inspiration mélodique de ses auteurs ainsi qu'une technicité instrumentale et vocale difficiles à prendre en défaut, le mal n'est pas grave. Nos valeureux gladiateurs ont encore bien le temps d'affûter leurs armes pour les rendre plus efficaces encore qu'elles ne le sont. Arguons qu'à la lumière de ce premier et galvanisant set de partitions, le combo aurait dores et déjà les cartes en mains pour lui ouvrir plus largement et sans tarder le champ de son auditorat. Du moins, on ne peut que le lui souhaiter...
Note : 15,5/20
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