En 2006, Alex Anxionna, batteur de l'excellent groupe de cyber metal suisse
Sybreed, quitte le navire pour divergences artistiques. En 2007,
Sybreed sort
Antares, son album le plus populaire à ce jour. Alex, quant à lui, fonde un nouveau groupe dans la même mouvance que le précédent.
Le premier effort du combo, alors appelé Etna, sort cette même année. Il s'agit d'un EP auto-produit contenant quatre morceaux également présents, mais remixés, sur
The Monochromatic Era.
Avant de parler de l'album en lui-même, on va rappeler un peu ce qu'est le cyber metal : popularisé par le culte "Demanufacture" de
Fear Factory, le cyber metal a pour principale caractéristique de s’inspirer d'univers de science-fiction comme celui de Philip K. Dick. Pour coller aux sujets généralement pessimistes et apocalyptiques, le cyber metal - et en particulier celui de
Breach The Void - se distingue par des guitares syncopées dans le style de
Meshuggah, des mélodies aux chants claires évoquant
Soilwork et l'utilisation de sonorités électroniques pour donner à la musique un aspect synthétique et froid. Concernant le chant, il est parfois trafiqué et déshumanisé au maximum. Les formations comme
Sybreed,
Breach The Void ou
The Interbeing ont pour habitude d'intercaler couplets criés et synthétisés, à des refrains claires et mélodiques.
Le premier constat qui s'impose est que l'ombre de
Sybreed n'est pas loin. Certains effets électroniques utilisés par les deux groupes se ressemblent comme deux gouttes d'eau. Idem pour les rythmiques. Comparez "EC-10" (la septième piste de l'album) à "
Rusted" (extrait de "Slave Design", premier opus de
Sybreed), la similitude est frappante. Pourtant, une fois l'album terminé, quelque chose semble à coup sûr différent.
En effet, la structure des morceaux de
Breach The Void est clairement plus classique que chez
Sybreed. On est sur un mode couplet/refrain/couplet/refrain/pont/refrain, structure la plus populaire qui soit, donc pas forcément la plus appréciée dans la sphère métal. L'autre grande différence entre les deux groupes concerne la place attribuée aux chants clairs. Ici, la césure entre les passages criés et la voix claire est directement identifiable. La structure des morceaux en couplet/refrain aide également à cette distinction. La lecture des pistes s'en trouve ainsi encore plus simple. En résulte un ensemble beaucoup plus facile à assimiler dès la première écoute. On retient le tout beaucoup plus facilement et l'album semble plus fluide. La formation de Mr. Anxionna se veut donc beaucoup plus accessible et on perçoit la raison de son départ de chez
Sybreed. On sent la volonté des membres du groupe de prendre l'auditeur par la main pour l'emmener dans leur univers, là ou des groupes comme
Sybreed ou
Hord demande un effort d'adaptation.
En ce qui concerne l'univers de
Breach The Void, les amateurs de cyber metal nageront en terrain connu. Des hommes mécanisés, des machines humanisées, une ambiance de fin du monde créée par des riffs techniques tout en restant parfaitement lisible. Cependant, la place importante accordée aux chants clairs apporte une touche mélancolique à la musique qui n'est pas forcément présente dans les autres formations du genre. Une fin du monde nuancé par des passages tantôt touchants (les refrains de "Spiral" et "EC-10") tantôt carrément planants (les ponts de "Digital Structure" et "Customized
Genotype"). L'univers contrasté de
Breach The Void rattrape ainsi la simplicité musicale de l'ensemble. A ce titre, "Digital Structure" me semble être le morceau le plus représentatif du concept de
The Monochromatic Era, un habile mélange de violence pure et de passages planants et lyriques.
Si la violence et la complexité technique comptent moins pour vous que l'ambiance et l'émotion sur un album, alors ce Monochromatic Era pourrait, comme ce fut mon cas, devenir une véritable référence. Si le groupe s'éloigne davantage de ses références tout en poursuivant dans cette voie, il pourrait devenir un excellent compromis entre la bestialité synthétique et technique d'un
Sybreed et la beauté torturée et mécanisée d'un
Fear Factory.
Je me réécoutais cet album sur Spotify, j'aime toujours autant Customized Genotype
Dommage que le groupe ait splitté et n'ait jamais transformé cet essai.
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