Après un essai prometteur en forme de split-LP (avec
Endless Shiver) sous le nom de
Lost Soul, A Few Seasons Later nous livre aujourd'hui son premier véritable opus. "The Last Season of a Thought" propose au fil de ses 6 titres, un metal progressif de fort belle facture qui devrait séduire les amateurs de
Dream Theater ou de
Pain of
Salvation, deux influences majeures du groupe.
AFSL réussit le tour de force de nous régaler d'une musique progressive, complexe, technique tout en restant incroyablement mélodique et accessible – 3 écoutes et vous sifflotez les refrains sous la douche. Mais le plus remarquable est sans doute la maturité des compositions : pas de remplissage, pas de démonstration stérile de virtuosité. Les solos impressionnants, la polyrythmie, les breaks inattendus, les crescendos explosifs sont au service des morceaux. Enfin, les diverses influences du groupe sont parfaitement assimilées ; il y a incontestablement un son A Few Seasons Later.
Les quatre musiciens de AFSL sont des instrumentistes remarquables. Ainsi Philippe Charny, au chant, possède une superbe palette vocale : voix claire chargée d'émotion avec des accents soul, voix de tête dans un registre plus heavy qu'il peut pousser à loisir vers de puissants hurlements parfaitement contrôlés ou vers un growl mesuré, sa tessiture étant trop haute pour descendre dans le growl caractéristique du death.
Benoît Peille tient la basse de fort belle manière. Aussi à l'aise dans le soutien rythmique de la batterie que dans le dialogue avec la guitare, il crée son propre espace qu'il décore de quelques slaps ou de breaks magistraux. Benoît a quitté le groupe à l'issue de cet album et il ne fait aucun doute que cela aura une incidence sur le son AFSL.
La guitare est assurée de main de maître par Pierre Danel. Technicien hors pair, il a surtout un toucher exceptionnel, une intelligence musicale qui le retient de tomber dans la démonstration stérile. A cet égard, il me rappelle
Uli Jon Roth, période
Electric Sun, tandis qu'au niveau du style, c'est plus à
John Petrucci qu'il peut faire penser. Pierre est aussi le compositeur principal du groupe.
Enfin, last but not least, Guillaume Salsedo est derrière les fûts. Son jeu caractérisé par un travail axé sur les syncopes et les contre-temps est époustouflant, et surtout, fait partie intégrante du son AFSL au même titre que celui de Neil Peart pour
Rush ou celui de Phil Collins pour les vieux Genesis.
Les morceaux ont une construction typique du metal progressif, à savoir une profusion de breaks, de ponts et de riffs qui évoluent au fil du temps. Les paysages sonores sont vastes même au sein d'un morceau : de l'atmosphérique comme l'intro de "
Road Of All Damned" en forme d'hommage à David Gilmour, au funk-metal de l'intro de "Dance Into The
Hellish Spiral" que ne renierait pas un Living Colors, en passant par de bons petits brulots qui évoquent
Dream Theater,
In Flames,
Opeth ou même
Meshuggah. A noter aussi quelques OVNI : sur "The Last Season of a Thought", un break de flamenco emmené par la basse et rattrapé par un magnifique solo de guitare qui ramène tout le monde vers le dernier refrain ; ou l'instrumental "Dance Into The
Hellish Spiral" qui témoigne que polyrythmie peut rimer avec mélodie. Enfin je ne me lasse pas du mini-solo de "I Pledge", mélange de Stevie Ray Vaughan et de Eddie
Van Halen, qui nous laisse en plan comme coincés dans un grand-huit après la première descente.
Certes, tout n'est pas parfait, l'anglais est parfois approximatif au niveau des paroles ou de la prononciation de Phil. La production, tout à fait honorable pour un album autoproduit, sans gros moyen, met les guitares trop en retrait par rapport à la voix et à la batterie. Les chœurs déboulent parfois trop forts ou sont trop envahissants (final de "
Road of All Damned"). Enfin les cymbales se perdent un peu dans les guitares. Mais rien de rédhibitoire.
Pour conclure, je place ce premier album à côté de premiers albums prestigieux tels que le 1er
Van Halen, "
Kill'em All" de
Metallica ou "Script For A
Jester Tears" de Marillion, albums que le privilège de l'age m'a permis d'écouter à leur sortie. Je ne sais pas si A Few Seasons Later deviendra aussi grand que leurs 3 ainés mais c'est tout le mal que je leur souhaite.
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