Message a été reçu par la formation canadienne de nous octroyer un album full length, et ce, à l'aune de ce mouvement intitulé « The Ichorite's Plague ».
Pas moins de deux années séparent cette fraîche livraison de leur introductif EP dénommé « Tears of Himmeldom ». C'est dire que le collectif nord-américain revient plus déterminé que jamais dans la course. Pour ce faire, le line-up originel a été sauvegardé, à une exception près. Aussi, créé en 2013 par le guitariste Jonah Kay et la frontwoman Jay Ivaree, le groupe a une nouvelle fois sollicité Brian Scheid à la basse ; Kylie Gallaher au violoncelle ; Matt Sotnik aux claviers, mais s'est séparé de Darren Venhuizen, à la batterie, remplacé en 2016 par Shareef Hassanien (ex-Mutual
Execution). Ce qui n'a pas été sans effet à la fois sur la maturité compositionnelle et l'atmosphère générale de l'oeuvre ; vibrant spectacle dont les 30 minutes sur lesquelles s'enchaînent les 7 impulsives et corrosives pistes s'en font l'écho.
Cela étant, le quintet canadien originaire de Kitchener est resté conforme à ses aspirations initiales, puisant toujours ses sources à la fois dans le metal symphonique gothique, dans la veine de
Delain et assimilés, et dans l'univers dark/black gothique, dans la lignée de
Tristania et
Draconian. De plus, il est également resté fidèle au schéma de la Belle et la Bête,
Monarch Woods jouant à nouveau sur les effets de contrastes oratoires pour tenter de nous rallier à sa cause. Et, à l'instar de son aîné, cet opus déploie une emphatique instrumentation, témoignant ainsi d'arrangements de bonne facture. Par ailleurs, plus qu'il ne l'a octroyé jusqu'alors, l'accent a été mis sur les finitions et la profondeur de champ acoustique. De plus, le mixage est apparu mieux équilibré entre lignes de chant et instrumentation, et les sonorités parasites se sont avérées bien plus discrètes. De quoi nous intimer d'aller y jeter une oreille attentive...
A l'image de son aîné, le groupe canadien marque ses premiers points au regard de ses pistes les plus offensives, mais dans une orientation black symphonique plus marquée que naguère. Ainsi, on retiendra les mordants et ''draconiens'' « The
Dark Strain » et « Enter Bloodroot. » pour leurs riffs crochetés, leurs growls exclusifs et judicieusement positionnés et leurs choeurs samplés. Tous deux arc-boutés sur une sanglante rythmique, ces brûlots ne lâchent pas leur proie d'un iota, et, ce faisant, nous happent tout au long de notre parcours auditif. Dans cette dynamique, si « Battling the
Possessed » impose une intarissable vivacité rythmique et un flamboyant solo de guitare, au regard de ses enchaînements flottants, ce morceau s'avère moins impactant que les deux pistes sus-mentionnées.
Par moments, la cadence ralentit d'un cran, laissant entrevoir quelques offrandes metal symphonique gothique susceptibles de retenir le chaland plus que de raison. C'est le cas de «
Justice for the
Fallen », énigmatique et orientalisant mid tempo syncopé dans la veine de
Tristania, où les graciles volutes de la belle donnent le change à des growls ombrageux, dispensés par la maîtresse de cérémonie elle-même. Dans cette énergie, on ne passera outre ni les fringants refrains de «
Lost Factor », ni les enivrants couplets de « Loyalties
Die », deux titres ''delainiens'' en l'âme. A la fois seyants, tourmentés et un poil éthérés, ces deux efforts se dotent notamment des délicates inflexions d'une déesse bien habitée et d'un élégant legato à la lead guitare. Peut-être les deux perles de l'opus.
Pour la première fois de son histoire, le combo explore les vastes espaces instrumentaux, avec une jubilatoire livraison en substance. Ainsi, des riffs en tirs en rafale inondent « Heroes Emerge », plage polyrythmique où les gimmicks guitaristiques n'ont de cesse de tournoyer et les frappes sèches d'un batteur bien inspiré de rudoyer les fûts. Lorsqu'une fine technicité instrumentale se pare de cohérentes et frissonnantes séries d'accords, sans y perdre en substrat mélodique, le spectacle proposé se révèle des plus immersifs. Bref, un exercice inédit et rondement mené, et qui sied parfaitement à nos six compères.
A l'issue de l'écoute de la rondelle, de louables progrès logistiques et techniques s'observent, le collectif canadien ayant élevé le niveau de ses exigences d'un cran depuis son premier essai. C'est vers un horizon plus volontiers black gothique que semble désormais s'orienter le jeune sextet nord-américain, sans pour autant avoir tourné le dos à l'empreinte symphonique gothique originelle. Dès lors, une identité artistique se dessine, parfaitement assumée par le combo canadien, ayant pour corollaire un set de compositions empreint de maturité et une frontwoman plus chevronnée que par le passé. Un nouveau regard qui, assurément, lui ouvrira de nouvelles perspectives.
Ayant su diversifier les ambiances et les exercices de style, la troupe devra néanmoins retravailler en profondeur ses lignes mélodiques et affiner ses séries d'accords pour espérer impacter un auditorat déjà sensibilisé aux travaux de ses maîtres inspirateurs. Bref, une œuvre honorable, au caractère affirmé et n'accusant que peu d'irrégularités, mais encore un peu taillée dans la roche et ne concédant que de très rares prises de risques. A bon entendeur...
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