Tiens, il semblerait que la Norvège n'ait pas fini de faire parler de ses groupes de metal progressif ! On se souvient de cette fabuleuse année 2013, où les groupes norvégiens à tendance progressive se sont illustrés par paquet de dix (
Leprous et
Ihsahn en tête) et créant une véritable scène nationale de plus en plus reconnue. Les sorties ont été un peu plus timides en 2014, mais le phénomène se poursuit tout de même, avec notamment
Subject Delta, Teardrown, Sarpedon,
Kraken, et le très attendu troisième album de
Triosphere.
Triosphere est donc comme son nom ne l'indique pas un quatuor, au line-up inhabituel pour un groupe de progressif, puisqu'il comprend un batteur, deux guitaristes, et une bassiste-chanteuse. À vrai dire, nos norvégiens ne jouent pas exactement du metal progressif stricto sensu. On parle alors de "power progressif" mélange hybride de power metal à l'européenne très mélodique et de metal progressif basique. Cette étiquette est un peu fourre-tout puisque de nombreux groupes se l'approprient alors que leur musique ne contient pas grand chose de progressif.
En ce qui concerne
Triosphere l'analyse diffère légèrement, puisque si le groupe ne joue pas du progressif comme on pourrait le comprendre au premier abord, à la
Dream Theater, il ne s'agit pas non plus d'un Heavy/
Power simple et basique. Chez
Triosphere il y a une certaine recherche de la mélodie et des harmonies qui lui font mériter l'adjectif progressif, mais cela est toujours fait avec une certaine retenue. À part une fois sur le premier full-lenght, les norvégiens n'ont composé aucun titre de longue durée, et on tourne autour de longueurs standards. J'écris plus haut que ce troisième album est très attendu ; en effet, le quatuor a tendance à prendre son temps pour sortir un album, quatre années en moyenne. L'opus précédent,
The Road Less Travelled (2010), est véritablement l'album qui leur a permis de percer, en partie grâce à la signature avec AFM Records ; et c'est aussi un album de très grande qualité, doté au passage d'un artwork magnifique. Sorti fin 2014, ce troisième effort sera-t-il celui de la confirmation ? Celui qui assoira définitivement leur réputation ? Ou au contraire le groupe opte-t-il pour un changement de direction ?
Un simple coup d’œil à l'artwork peut faire penser à une volonté de moderniser les choses, avec ce gris froid et lisse, mais il n'en est rien, et
Triosphere a plutôt choisi de continuer sur sa lancée, en perfectionnant sa musique. Le ton se fait peut-être plus dur, plus sérieux, et un peu moins "fou" que sur
The Road Less Travelled. Les riffs sont plus lourds, et donnent un ensemble très solide ; c'est d'ailleurs une des qualités de ce disque, ces très bons riffs, qui peuvent parfois faire penser à
Pagan's Mind histoire de rester parmi les norvégiens. Il n'y a qu'à prendre pour exemple le supersonique
Relentless, le plus technique Steal Away the Light ou encore le presque chirurgical My
Fortress.
Tant qu'à parler du jeu de guitare, autant évoquer maintenant les soli, car ils ont une grande importance dans la musique de
Triosphere. Marius "
Silver" Bergesen dévoile un très grand talent, autant lors passages solo très techniques, au bord de la démonstration (The
Sentinel, As I Call,
Relentless) que lors de moments calmes avec presqu'uniquement de la guitare (
Breathless, The
Departure). Le guitariste rythmique
Tor Ole Byberg aussi s'accorde quelques passages solo, notamment sur les deux premiers morceaux et sur Storyteller avec un long passage instrumental particulièrement technique.
Petite particularité du groupe,
Triosphere est ce qu'on appelle en anglais un "female-fronted band", ce qui n'est pas vraiment courant dans le genre
Power Progressif. Il y a bien les suédois de
Misth, les américains de
Mindmaze ou encore les autrichiens de
Siren's Cry, mais il reste encore rare de voir une femme à la tête d'une formation de ce style, et encore plus tenant à la fois le micro et la basse. C'est bien dommage quand on voit quelqu'un comme Ida Haukland et les qualités qu'elle dévoile avec
Triosphere. En plus d'être une très bonne bassiste, elle montre des capacités de chant étonnantes, allant d'une voix hargneuse (The
Heart's
Dominion,
Relentless) et puissante à un chant très doux et posé (le magnifique final
Virgin Ground). Peu chantent comme elle, et la seule concurrente que je lui vois serait la belge Magali Luyten (
Beautiful Sin,
Epysode).
Tout cela donne donc des compositions simples, sans être basiques, qui privilégient l'efficacité mais qui restent finalement sympathiques et entraînantes sans plus. My
Fortress et
Relentless en sont les exemples typiques, accrocheurs bien réalisés, mais manquant de l'étincelle qui nous ferait dire "Wouah" ! C'est pour cela que le quatuor a essayé de se surpasser sur plusieurs morceaux pour proposer des variantes plus poussées de son power progressif. En témoigne un très bon
Departure, alternant avec brio le puissant et le doux, avec un solo tout en douceur rappelant celui de
Marionette sur l'opus précédent.
Breathless joue la carte de l'émotion avec un chant vraiment très beau, en plus d'un très bon jeu de batterie, très prog. Le final de ce titre est somptueux, flirtant avec l'atmosphérique très saturé à la
Anathema. Remedy enfin se tourne vers un Heavy mélodique très entraînant, qui se termine sur de délicates notes de piano. À ce propos il est dommage que ce ne soit pas
Virgin Ground qui suivent directement, car la présence du plus lourd Storyteller entre deux passages calmes casse un peu l'émotion présente.
Bien composé, bien interprété et bien produit : ce troisième
Triosphere a tout pour plaire. Le talent de ses musiciens n'est plus à prouver, et
The Heart of the Matter pourrait bien être ce qu'on appelle dans le jargon l'album de la confirmation.
Onwards montrait des bases déjà solides,
The Road Less Travelled dévoilait tout le potentiel des norvégiens et ce millésime 2014 devrait je l'espère les imposer une fois pour toute comme une étoile montante du style. Ce qui nous fait une réussite de plus pour le compte de la scène progressive norvégienne, qui a décidément de beaux jours devant elle.
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