La Floride, c’est bien sûr un des états nord-américains qui vient immédiatement à l’esprit lorsque l’on évoque l’essor du deathmetal US durant la seconde partie les eighties, grâce à Death,
Morbid Angel,
Obituary et
Atheist, rapidement suivis par
Deicide,
Nocturnus,
Malevolent Creation, et toute une frange qui prendrait tant de place pour être citée dans un simple paragraphe. Formé en 1989 dans la ville de Tampa autour du guitariste & leader Jarrett Pritchard, Eulogy fait ainsi partie de ces premiers groupes de l'état ayant rapidement emboité le pas aux précurseurs, bien que sa première démo-tape
Dismal, mise en boite par Tom Morris aux célèbres Morrisound Studios, ne débarque que trois années plus tard. C’est grâce à cet enregistrement 3 titres de 1992 que notre quintet, comprenant notamment le fameux growler
Jason Avery (futur
Monstrosity) dans ses rangs, décroche un contrat avec
Cenotaph Records, petite écurie néerlandaise éphémère qui, hormis un vinyle EP pour
Gorefest,
Human Remains,
Ceremony ou
Rottrevore ainsi que le fameux mini-CD Across the
Horizon des suédois d’
Utumno, n’a guère été prolifique malgré la qualité relative de son catalogue.
Fin 1993, Eulogy se retrouve ainsi au studio Audio Lab de Tampa, lieu de prédilection de son voisin
Acheron, afin d’immortaliser quatre titres pour son MCD
The Essence, à paraître dès l'année suivante via
Cenotaph Records. La sortie du mini-album coïncide hélas avec la banqueroute du label, dans l’incapacité de rembourser l’avance sur les frais de studio, ni de distribuer le disque, dont quelques copies parviennent tout de même jusqu’à la VPC (vente par correspondance) de l’écurie française
Osmose Productions, pour notre plus grand bonheur à cette époque.
Superbement mis en image par l’illustration principale d’E.Johnson,
The Essence débute par son morceau éponyme assez inhabituel dans le paysage extrême de Floride, mélange exquis entre deathmetal en low / middle tempo et saveurs doom, nous gratifiant au passage de deux voix soprano féminines, qui s’opposent au chant guttural & profond de
Jason Avery. Dominée par une double pédale plus présente et des passages tapageurs insistants, la suite devient toutefois plus conventionnelle mais reste de bonne qualité, à l’image des morceaux Heavens
Bleed et
Consecration of
Fools idéalement calibrés. Eulogy se rapproche alors sensiblement des premiers efforts de ses voisins
Monstrosity,
Brutality ou
Resurrection du moment, tout en conservant une signature assez distinctive, un poil plus mélancolique que ses homologues précités.
Sans aucun soutien de la part d’un label désormais moribond,
The Essence peine à s’imposer en cette année 94, considérant de surcroît sa sortie tardive au sein d’une scène deathmetal US amorçant une phase de décélération. Eulogy disparaît d’ailleurs peu de temps après cet épisode infructueux et une ultime démo-tape l’année suivante, pour revenir quinze ans plus tard avec un line-up impressionnant autour de Pritchard, Avery, M.Poggione (l’as de la basse six cordes chez
Monstrosity), R.Barrett et T.Laureano, une équipe qui augure de très bonnes choses à l’avenir. Deathster, sache entre temps te satisfaire du mini-album
The Essence, à ranger désormais aux côtés de tes disques deathmetal old school, à condition de lui mettre légalement et difficilement le grappin dessus.
Fabien.
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