En 2006, les progressistes niçois d’
Anthropia publièrent leur premier album
The Ereyn Chronicles – part 1 The
Journey Of Beginnings » après avoir été signés par le label spécialisé du
Metal Progressif
Magna Carta.
À un album d’exception doit répondre un article d’exception, qui se voudra le plus complet possible.
Cet album de dix titres s’inscrit dans un concept purement Héroic Fantasy, sur un fond de quête et une histoire intégralement sortie de l’imagination ingénieuse de Quentin Borderie, mise ensuite en musique par le leader du groupe, Hugues Lefebvre, qui signe les paroles, ainsi que le chant principal, la guitare, les claviers ainsi que divers arrangements. Les autres membres sont Yann Mouhad à la guitare, Julien Negro à la basse, Damien Rainaud à la batterie, ainsi enfin d’autres personnes dont Marive-Eve Orango pour les chants féminins.
Cet album est conceptualisé en totalité, d’abord par une sobre mais intéressante cover illustrant un petit personnage confronté à un œil géant enfermé dans un palantir, sorte de pierre précieuse de voyance en forme de globe. Cette illustration nous rappelle à l’évidence la confrontation de Frodon à l’œil de
Sauron dans l’adaptation cinématographique du chef d’œuvre de Tolkien qu’est le Seigneur des Anneaux.
De même, le récit imaginaire, d’ailleurs très bien résumé à l’intérieur du livret, alimentera les paroles et la musique qui s’inscriront dans cette ambiance épique, aventurière, riche de plusieurs péripéties.
Le récit nous conte l’histoire d’un jeune héros, Amryl, inexpérimenté, feu-follet, qui pour sauver son peuple du Royaume de Ereyn, en proie à l'invasion du royaume voisin Empyr, va connaître dans son périple maintes mésaventures pour trouver et consulter un
Oracle dont nul ne sait où il se trouve. Il croisera nombres d’ennemis plus ou moins repoussants, comme un monstre mi-lion mi-serpent, une sorcière, des démons, des dragons. Il aura également des compagnons à l’instar de la Communauté de l’Anneau, avec un ami protecteur qui le sauvera plusieurs fois, des nains. Enfin, le récit de cette première partie se clôture sur l’errance d’Amryl dans un désert, dont on lui avait dit qu’il s’agissait d’un désert de pierres précieuses, mais se révélant être un réel désert.
Afin de raconter cette quête,
Anthropia nous compose une musique progressive très riche, forte de beaucoup d’influences, notamment du Heavy
Metal et du Speed
Metal.
En effet, chaque morceau sera différent, unique, reflétant chacun une ambiance propre, comme un fragment de l’histoire, d’où qu’on parlera de dix chapitres.
L’album s’ouvre sur Welcome to Ereyn, qui nous introduit succinctement sur l’objet de la quête à savoir trouver l’
Oracle.
L’ouverture est très déclarative, menée par des voix puissantes de type opéra.
Question of Honour est le titre dans lequel Amryl est sommé, intronisé pour accomplir la quête. Ainsi, la musique est ici variée, avec des passages accélérés évoquant l’urgence d’agir, puis de passages plus lents, torturés, pour signifier les interrogations du héros, qui va accepter de voyager dangereusement hors du royaume rural qu’il n’a jamais quitté.
Très speed, le style se rapproche de ceux des grosses cylindrées du Heavy-Progressif que sont SymphonyX,
Dream Theater Helloween ou
Angra, avec des guitares très appliquées parfois saturées secondées par une batterie très présentes, et des claviers irréprochables de profondeur. Le morceau se digère bien, et on en arrive au chapitre III.
Lords of a World nous en apprend plus sur la menace qui pèse sur Ereyn, soit les intimidations d’Empyr, et son chef, l'empereur Myrrac.
Après une ouverture mélodique magnifique à la
Patrick Rondat, on tombe dans l’ambiance sombre de la guerre, avec des guitares plus agressives, plus chaotiques le tout sur un rythme tragique, pouvant rappeler quelque peu celui du titre
The Eyes of Medusa de SymphonyX.
Through the Sleeping Seaweed est le morceau intégralement instrumental de l’album, s’attachant à la traversée en bateau par Amryl et ses compagnons d’un océan, épisode riche en histoires, avec la naissance de dissensions dans le groupe, l’attaque du frêle esquif par des dragons, et la perte de conscience d’Amryl en raison d’une algue toxique.
La musique y est encore une fois tortueuse, avec de magnifiques soli de guitares qui se calquent sur un rythme encore une fois infernal.
Forgotten est ensuite le tube de l’album, à la fois riche et crucial dans le déroulement du récit, et surtout un grand morceau de musique, le meilleur à mon goût de l’album. En effet, bien qu’étant drogué par l’algue, Amryl arrive au pays des Nains. Il y restera quelques mois, et apprendra les secrets de l’
Argent auprès des Dieux du Feu. Puis il forgera une épée solide (sans doute une cousine à Narsil, l’épée dont Isildur se sert pour couper la main de
Sauron pour prendre l’anneau unique dans le Seigneur des Anneaux) selon les traditions oubliées des forgeurs nains, d’où le titre
Forgotten.
Après une intro acoustique suave et réconfortante, par laquelle on imagine le jeune héros vivant paisiblement avec les nains, à s’enhardir, à découvrir ce nouveau monde, on retombe dans la quête par un rythme sonnant très Heavy, au point de s’apparenter à un style repérable entre mille. Ce style, c’est celui de
Megadeth, oui
Megadeth, adopté sur l’album Youthanasia, et en l’espèce notamment sur le titre Train of Consequences. Non je n’ai pas bu, ici les notes et la rythmique y sont quasiment les mêmes du moins agrémenté du clavier bien sur, et ce morceau Heavy Speed se révèle fort en émotion. Loin de moi l’idée de parler de copiage, ce morceau est très fort en intensité, avec une grande variation des rythmes.
Lion Snake est un morceau très lourd à digérer, contant le combat de Amryl avec un monstre mi-lion, mi-serpent, qui, dans la musique est entrecoupé par des interventions de diverses voix, et de soli comme s’il en pleuvait.
Where the Secret
Lies s’ouvre sur des soli fulgurants à la
Patrick Rondat, inspirés par la musique classique, suivis de séquences diverses s’enchainant plus ou moins naturellement.
The Walk Among the
Ruins est quant à lui un petit prélude d’une minute dans lequel nous sommes conditionnés par le récital dramatique d’une voix féminine et un clavier très cristallin.
In the
Maze of a
Nightmare est alors un gros morceau de neuf minutes d’un niveau relativement soutenu, pouvant rappeler divers groupes par moment comme
Gamma Ray sur leur chef-d’œuvre No World Order, ou encore
Kamelot sur
Ghost Opera. L’ensemble est plutôt agréable même si les passages plus lents souffrent d’une liaison difficile avec les séquences rapides.
The
Desert of Jewels est le dixième et dernier chapitre de l’album, long comme son prédécesseur, de dix minutes cette fois. Dans cette dernière brique à ce glorieux temple musical, on alterne encore une fois entre passages acoustiques, et passages speed, nous évoquant par moment des divinations que sont
Edguy,
Symphony X, voire un petit peu Marilion sur les passages lents, avec cette douce voix claire plus que déclarative. Ainsi, on termine l’album sur une petite ballade dans le désert, avec l’incertitude quant au sort du héros, livré à lui-même, perdu.
Peut-être ne le saurons-nous jamais, puisque la promesse inscrite dans le livret du disque d’une suite des chroniques d’Ereyn n’arrivera finalement pas dans l’immédiat. En effet, le second album de
Anthropia, prévu en cette fin d’année 2008 se nommera
The Chain Reaction et rompra avec l’histoire engagée ici, avec à la clé un changement radical de style, et aussi l'arrivée d'une nouvelle chanteuse, soit la délicieuse Nathalie Olmi, la voix du groupe In Vitraux.
En conclusion, et en remerciant ceux qui auront eu la patience et la passion de lire ces lignes jusqu’à leur terme, voyons en cet album plus que correct une aventure épique et musicale, forte de nombreuses et variées influences, qui en font une bonne galette de Heavy-Progressif.
A découvrir. 16/20.
D'un point de vue plus personnel, celui de simple lecteur, je n'aime pas toujours qu'on me décrive dans les moindres détails TOUT ce que je vais trouvé sur un album, de la pochette au moindre morceau. Il est évident que tu es très enthousiaste concernant ce disque et le plaisir de la découverte qui a été le tien, me sera quelques peu gâchés après la lecture de ta chro. Comment être surpris lorsqu'on connait le scénario, les acteurs, la trame, les rebondissements...et surtout à quoi bon y aller? Mais encore une fois, ce paragraphe n'est qu'une remarque à titre purement personnel.
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