Un titre d'album, c'est important, et quand je vois un de plus de trois mots, ça passe à la trappe dans mon vieux cerveau fatigué, et j'arrive jamais à m'en souvenir. Alors "
The End Will Show Us How", par exemple, ça devient "
The End je sais plus quoi", et il faut que Mark
Tremonti lui-même explique le titre dans une interview pour que je comprenne : en gros, ce qu'on fait dans la vie, c'est la fin qui nous dit si c'était une bonne chose ou pas, bref c'est à la fin du bal qu'on compte les bouses, ou quelque chose comme ça... Mais arrêtons de digresser, un nouvel album de
Tremonti, vous avez envie qu'on en parle, c'est bien normal.
Mark
Tremonti a une activité débordante, entre
Alter Bridge, la reformation de
Creed, son propre groupe
Tremonti, avec autant de tournées intercalées pour chacun de ses projets, sans compter ses one shots aussi incongrus que réussis "Mark
Tremonti Sings Frank Sinatra" et "Mark
Tremonti's Christmas Classics New and Old", démontrant ses étonnantes capacités vocales .
Et tous ces projets se chevauchent en permanence, comme ces derniers temps : alors qu'il est en promo pour son nouvel album solo, il vient de finir une série de concerts avec
Creed, et il est en plein travail avec Miles Kennedy sur le prochain album d'
Alter Bridge. Il faut dire que "
The End Will Show Us How", nouvel album studio de
Tremonti, est déjà prêt depuis près d'un an, et que Mark n'est pas du genre à rester les bras ballants en attendant que ça se décante. Sa carrière solo n'est pas en reste puisqu'il en est à son sixième album, avec pour l'aider dans cette tâche Eric Friedman (guitares),
Tanner Keegan (basse) et Ryan Bennett (batterie).
"
The End Will Show Us How" est paru le 10 janvier 2025 chez
Napalm Records. Comme pour ses précédents disques et ceux d'
Alter Bridge, c'est Michael "Elvis" Baskette qui a produit la galette, avec lequel il a une totale confiance pour les choix artistiques, au premier chef le choix des compositions qui figureront sur le disque. Ces dernières étaient déjà totalement écrites avant de rentrer en studio, à l'exception des soli.
Parlons donc de la production chromée d'Elvis Baskette , puisque c'est elle qui impressionne en premier lieu : elle emballe parfaitement tous les instruments, propulsée par les pulsations grondantes d'un énaurme kick, et de la basse, explosant avec suavité dans les ramifications aériennes des guitares. Ce cru 2025 est foncièrement heavy, ancré dans un midi tempo groove où la double grosse caisse balance quelques mitrailles. Mark a le chic pour trouver des riffs tordus à souhait, façon
Soundgarden, comme celui de "Just Too Much", et autres parpaings abrupts et gonflés de gros chugs massifs ("One More Time"). Quasiment chacun des douze morceaux du disque a son gros riff moteur qui tue. Les chansons sont de structures simples et efficaces, et à défaut d'être complexes, c'est l'entrelacement des mélodies des guitares et de la voix qui donne une impression de sophistication qui ne supporte pas de défaut.
C'est lorsque la tension est la plus présente que
Tremonti fait des merveilles, dès le titre d'ouverture "The Mother,
Earth, and I", avec ses couplets vocaux pris d'angoisse et ses refrains lancinants. On est souvent sur les terres du grunge avec par exemple un "Tomorrow
Will Fail" à mi-chemin entre
Soundgarden (le trimbre de la voix de Mark se rapproche ici carrément de celui de Chris Cornell) et de
Smashing Pumpkins pour ces guitares aux bends ondoyants.
Étonnamment, pour un album solo, la voix n'est pas tant mise en avant que ça dans le mix, et cela conforte
Tremonti comme groupe à part entière. Cela n'empêche que les lignes de chant de Mark sont prenantes, et qu'avec une telle voix, il serait dommage de ne pas utiliser pleinement ses indéniables qualités de songwriter !
"It's Not Over" fournit une pause mélancolique d'arpèges qui laissent toute la place à la voix de Mark pour s'épanouir (plus en avant, du coup), et termine avec une puissance lumineuse où les power chords sont soulignés par de discrètes cloches solennelles, comme un rêve américain ? Cependant, toujours dans une veine plus calme et nuancée, je trouve que le morceau titre "
The End Will Show Us How" manque de sêve et se révèle en dessous des autres.
Avec son sixième opus,
Tremonti délivre avec la régularité qui lui est coutumière un bel et long (56 minutes !) album de metal alternatif plombé, mâtiné de grunge, et douze chansons (presque) toutes aussi réussies les unes que les autres. C'est dans sa quête de perfection et du juste dosage des éléments que Mark
Tremonti s'illustre, au risque d'être trop propre, particulièrement sur des titres comme "Now
That I've Made It", en dépit du regain de lourdeur sur l'ensemble de sa musique. Dans cet univers perfectionniste, on a quand même quelques surprises, comme ce breakdown soudain (pléonasme) au milieu de "All' the Wicked Things", et des soli vraiment jouissifs. Reste l'optimisme indécrottable du bon gars gagne toujours à la fin, un happy end écrit d'avance !
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